Bonsoir les enfants, pour conclure l’année, que diriez-vous de l’histoire en cinq tomes des amours d’Astrée par Honoré d’Urfé ? Mais pourquoi vous grimpez au lustre ? Bon, j’ai compris, on va vous parler d’une autre Astrée. Et quoi de mieux qu’une Astrée… de hard-SF ?

Astrée est une jeune fille qui vit solitaire au beau milieu de nulle part. Vient un jour un jeune faune qui lui demande de lui apprendre le savoir des humains. Mais c’est de la fantasy à l’eau de rose, me diriez-vous ! Remboursez nos invitations ! Sauf qu’Astrée vit depuis des centaines de millions d’années, qu’il s’agit d’une des dernières humaines, et que le faune, Polémas, est une des espèces sapientes qui succèdera à l’humain dans un futur infiniment lointain (le temps que la Terre se remette de quelques apocalypses comme celle que nous sommes en train de déclencher).

Astrée est convaincue que le savoir et le pouvoir ne servent à rien, sinon à la désillusion. Mais Polémas veut en savoir plus : quel est le meilleur moyen de vivre ? Comment établir une civilisation durable ? Tous deux partent à la recherche d’une réponse dans le vaste univers, où ils vont faire des rencontres de plus en plus démentielles : des habitants de planètes gazeuses, des bébêtes lovecraftiennes, une sphère de Dyson qui parle, et pour finir, des créatures toutes-puissantes en prise avec des conflits aussi vieux que l’Univers.

La nuit du faune est un roman brillant. Elle pourrait se contenter d’être juste une hard-SF extrêmement dense et riche poussant à fond les différents potards du sense of wonder, d’y ajouter quelques trouvailles d’une originalité quasi-visionnaire, de mâtiner son récit de quelques éléments de l’imagerie du merveilleux pour rendre le tout moins hermétique, mais non. Elle a décidé aussi de faire de la grande littérature.

En effet, nos deux héros sont deux personnages complexes, en quête de sens et se méfiant des réponses faciles. On accorde du temps à soigner leur psychologie, à parfois même les rendre attachants, ce qui ne court pas les rues dans la SF dure. Le style utilise un vocabulaire particulièrement riche mais (presque) toujours dans un but bien spécifique, et ne tombe jamais malgré son érudition dans la préciosité. Enfin, il y a l’aspect philosophique. Romain Lucazeau le déclare dans ses (laconiques) interviews : pour lui, un roman sans philosophie ne vaut pas grand-chose, destiné à n’être qu’une poussière (de particule ?) dans le vent. Et Nietzsche est à l’honneur : qui de mieux que le plus poète des grands penseurs pour une SF aussi littéraire ?

Avec autant de partis pris, il est probable que La nuit du faune ne plaise pas à tout le monde : forcément, j’ai mes petits désaccords, même si je suis infiniment moins calé en philo. Mais si vous êtes prof de Lettres au lycée ou en université, ce roman est la voie royale pour découvrir la science-fiction. Oui, encore plus de Matrix 1. L’aspect hard-SF est habilement glissé dans le récit sans jamais faire de lourds déballages d’explication (à part vers la fin où ça devient plus technique), et la réflexion profonde est alliée à un grand spectacle de tous les instants. Romain Lucazeau a misé gros, et rapporté encore plus : c’est à la fois une hard-SF blockbuster qui parvient à garder une âme là où Egan et Baxter peinent parfois, et de la philo-fiction nietzschéenne sans les débordements d’un Damasio.

La nuit du faune est 250 pages d’émerveillement sans un seul bout de gras. J’avais déjà fait de très chouettes découvertes en SFFF française grâce à Albin Michel Imaginaire (La fleur de Dieu et Rivages), mais cette maison d’éditions s’annonce désormais comme celle la plus à suivre dans tout l’Hexagone en termes de qualité. Elle et le Bélial, bien entendu. Mais attendez, Gilles Dumay est un membre actif des deux. Se pourrait-il que… Mais oui, tout est lié ! C’est un complot pour m’empêcher d’avoir du temps pour lire les livres de la fac ! Mais je dénoncerai cette manigance au grand jour, dès que j’aurai les preuves suffisantes ! Ne tombez pas dans le même piège que moi, cela pourrait considérablement augmenter votre culture…

Un faune se déflore aussi chez : Apophis, FeydRautha, Nicolas Winter, Célindanaé, le Chroniqueur, …

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