« Dans la forêt » : I will survive

On vous l'avait bien dit, ça devait arriver : on s'est mangé l'effondrement et Nell et Eva doivent survivre. Adolescentes élevées à la Captain Fantastic, elle vont devoir apprendre à se débrouiller seules, dans une maison au fin fond des bois, où personne ne devrait pouvoir les attaquer... ni les sauver.

« Nouvelles 1945-1954 » : Jack Vance overdose

Chose promise chose due, je me suis mis à lire le feu aux fesses l'intégrale des nouvelles hors cycle de Vance à une vitesse de croisière de 100 pages par jour atteignant parfois le pic des 150 (chose qui ne m'était pas arrivée depuis des années). Il faut dire qu'un tome 1 de plus de 1050 pages (je rappelle uniquement pour les nouvelles hors cycle) témoignait de son énorme productivité. Dès le lendemain de la Seconde guerre mondiale, il se fit en effet connaître dans les pulps en publiant ces nombreux textes ; alors patine du temps oblige, quelques défauts finissent par apparaître : un goût exubérant pour les péripéties primant parfois sur le désir de construire un récit aux règles bien établies qui puisse jouer avec, ou bien des psychologies assez simples, surtout chez les persos féminins (sérieux, maintenant j'ai l'impression de dire ça à chaque article...). Autant de défauts qui avaient fait du dernier tiers du Monde vert une grosse purgeasse bien purulente ; mais Vance manie a priori mieux la SF pulp qu'Aldiss, bien que ses fix-ups à lui ne soient pas non plus dénués de défauts (on citera l'amusant mais tout de même très long et parfois assez embarrassant Cugel l'Astucieux), et de toute manière, là on est sur de la forme courte en one-shot, donc difficile d'avoir le temps de se lasser. Du reste, les textes en eux-même ruissellent de qualité...

« Gens déplacés » : C’est la faute à personne

Ça faisait un bon bout de temps que j'en rêvais, mes parents me l'ont offert à Noël : le tome 1 de l'intégrale des nouvelles hors-cycle de Jack Vance. Un écrivain de soft-SF et de science-fantasy qui s'il est un de mes préférés reste encore un grand inconnu de ce blog, faute que nous allons rectifier tout de suite : imaginez-vous la figure d'un voyageur, avide de récits d'aventures, dépeignant des mondes crépusculaires et exotiques, jamais à court d'originalité tout en entretenant soigneusement les bons vieux tropes de l'espace et des inventions technologiques ou magiques à gogo. Vous voyez ce qui me plaît chez le bonhomme ? Qu'on l'adore ou qu'on se désintéresse de lui, on a tôt fait de lui coller l'étiquette du baroudeur intergalactique (l'auteur ayant effectivement voyagé aux quatre coins du monde tout au long de sa vie), amoral, farcesque, épris de récits baroques quasi-dénués de tout lien avec le réel. Pourtant, il ressort de l'intégrale qu'une novelette (ou nouvelle longue) sort profondément du lot en s'intéressant à un contexte n'ayant rien à voir avec l'espace et se focalisant sur un futur éloigné de l'époque dont elle a été écrite de quelques années seulement. Un texte tellement à part qu'il méritait un article à lui seul tant il y a de choses à dire dessus.

« Jardins de poussière » : Mon cerveau s’est fait Ken

Après la grosse beigne que fut La Ménagerie de Papier, il fallait s'attendre à tomber sur un Ken Liu plus vénère que jamais à nous balancer des questionnements métaphysiques plein la tronche dans un déluge d'émotions et de gigantisme. Et c'est bien sûr le cas avec Jardins de poussière, certes pas dénué de défauts, mais qui se fait incontestablement dans la littérature SF actuelle une place de choix... bien à raison.

« Préférences système » : La SF façon film français

Vous connaissez le mantra : d'un côté il y a ceux qui disent que les films français, c'est forcément de la m****, et donc qu'il faut surtout pas que les producteurs français quittent leurs bonnes vieilles comédies bas de plafond pour se mettre à faire du cinéma de genre. Et puis il y a ceux qui pensent que le problème vient de l'œuvre en elle-même plutôt que du groupe ethnique de ses concepteurs, et donc qu'un film français n'est théoriquement pas obligé de se placer sous la trinité Kev Adams / Jeff Tuche / Christian Clavier. Je pense la seconde hypothèse un peu plus vraisemblable...

« La sphère » : Les atomes ont le melon

Ça se passe quelques parts aux US, dans un laboratoire de physique nucléaire dans lequel je préférerais pour ma part encore celui du professeur Igorovitch qu'y mettre un pied. Les scientifiques sont au bout du rouleau car pressés comme des citrons entre leur passion et le foutoir administratif, des machins sont déglingues et on doit courir dans tous les sens pour les expériences, Alicia Butterworth doit tout gérer alors qu'elle fait pas officiellement partie du personnel, qu'elle est femme, qu'elle est noire, que la couverture du bouquin spoile salement le twist, quand soudain arrive... un truc.

CETTE NOUVELLE SE PÉRIME BIENTÔT 🙀߷💔

Je sais ce que vous vous dites : les IA qui écrivent des histoires, des tas de gens ont déjà eu l'idée et c'est en train de se créer ; il y en a même plus que ce que je pensais au moment où j'écrivais ce texte. Moi, ce que je voulais tenter, c'était justement me pencher sur leur fonctionnement. Un langage mathématique permettant d'écrire des histoires m'a semblé toute mon enfance la meilleure manière de réconcilier littérature et sciences, bien que dans ma totale inaptitude à l'arithmétique il se soit toujours soldé par des échecs cuisants. Cependant à réfléchir aux conséquences à long terme, on pourrait facilement en déduire de nouvelles aliénations de l'homme face à la machine, et la nouvelle m'a échappé pour mener son existence propre. Je ne sais pas trop quoi penser du résultat final : il me plaît beaucoup mais n'est pas sans défauts. Ce qui se voulait à la base de la hard-SF transhumaniste s'est révélé au final avant tout un récit intime, d'abord humoristique, puis allant s'assombrissant. Il y a sans doute des maladresses dans les fusils de Tcheckov, un vague déjà-vu, trop de réfs, et le système mathématique n'est qu'esquissé ; toutefois, il s'agit du texte le plus convaincant parmi ceux que j'ai écrits cet été. N'hésitez pas à me faire des remarques dessus et me dire s'il mérite d'être retravaillé et comment, car après tout, ça forge de la culture :

« Boxap 13-07 » : Le problème des dystopies actuelles

Ça faisait bien longtemps que rien dans les opérations Masse Critique ne m'intéressait. J'ai fait savoir à l'administration que mes goûts avaient quelque peu évolué depuis l'âge où j'ai lu la plupart des livres que j'ai chroniqués sur Babelio (comprenez : quand j'étais jeune, innocent, et encore plus beau que maintenant), alors comprenez, quand ils m'ont envoyé celui-là, j'ai pas voulu décliner et les embêter davantage. Boxap 13-07 ? Boârf, c'est toujours un progrès par rapport à Enfants vs zombies et cookies dans l'espace. Et quand bien même le livre serait mauvais que ça me permettrait d'exprimer un peu dans mes critiques pourquoi je ne lis en temps normal jamais de dystopies.

« Ad Astra » : Beau à en pleurer

Si vous suivez un tant soit peu l'actu du cinéma, vous savez forcément que la SF d'auteurs revient à la mode (et je parle bien de drames futuristes, parce que maintenant Transformers 5 est considéré comme un film d'auteur). Jurassic Park, Blade Runner et Alien se sont ainsi retrouvés avec de nouveaux rejetons dans leur bercail, de manière plus ou moins réussie (Prometheus, Blade Runner 2049...), avec à côté de ça des films n'appartenant pas à une franchise préexistante tels que Inception ou Premier Contact ; mais là où cette nouvelle vague fait fort, c'est qu'elle accorde une place toute particulière à des blockbusters... de hard-SF. Du jamais-vu depuis 2001, si l'on excepte sa suite tombée dans l'oubli.

« Axiomatique » : Le secret des S pour apprendre leurs cours

On compare parfois Greg Egan à Ken Liu parce qu'ils font de la SF, ce qui est absurde selon moi car cela reviendrait à comparer Hugo et Zola parce qu'ils font de la littérature du XIXe. Liu est à fond dans les rapports humains, Egan dans les concepts abstraits et mindfucks. Ce qui lui vaut du coup d'être considéré comme un auteur minéral, glacé, aux personnages sans âme, au style froid et inexistant et aux écrits incompréhensibles au commun des mortels. Je pensais donc tenter ce recueil en toute connaissance de cause, ne sachant pas si j'allais continuer jusqu'au bout. Mais force m'est de constater une chose, c'est que la réputation, c'est comme les slips, les enfants : ce qu'on vous colle aux fesses n'est pas forcément ce qui vous reflète le mieux.