« Coda » : Le joyau de la fantasy épique sorti pile au mauvais moment

Les modes changent, le public aussi : à présent, la mode est aux antihéros désillusionnés à la Rick Sanchez, et la fantasy post-apocalyptique semble sur la bonne voie pour conquérir le marché du livre. Des univers contre-idéalisés, des personnages pessimistes et endurcis, un humour féroce et une ambiance cynique, tout ça ne choque plus personne, et c'est même de bon ton : après la mouvance grimdark, plus moyen pour le lecteur de merveilleux de croire au conte de fées. La réalité nous est décrite dans sa crasse, sa laideur et son absurdité, déformée par le prisme de l'imagination qui permet d'y matérialiser des questionnements éthiques et moraux de façon plus directe que n'importe quel drame. Et tout ça peut très vite me laisser de marbre : viols, torture et boucheries héroïques se révèlent bien vite tout aussi pénibles que la naïveté d'un auteur jeunesse. Seulement quand c'est bien fait et qu'il y a de l'humour dedans, nous pouvons assister à de véritables pépites sorties droit du cœur, pleines de rage de vivre et de cheminements sincères. Coda en fait partie.

« Magie brute » : Castagne à gogo entre clope et pinard

Larry Correia est un auteur un peu délaissé en France : officiant dans des genres avant-gardistes, davantage à droite que la plupart des lecteurs et éditeurs (il s'est d'ailleurs à l'origine du courant de tristes sires — dans tous les sens du terme — que sont les Sad Puppies), il a néanmoins vu sa trilogie Les chroniques du Grimnoir se faire publier par L'Atalante, un des rares exemples de littérature dieselpunk (le reste du sous-genre existant principalement autour d'artworks, de jeux de rôle ou de bandes dessinées). Le premier tome Magie brute a eu son petit succès de niche, et se voit désormais considéré comme une référence même par des lecteurs pas franchement libertariens. Et pour cause : il sait s'y faire, le bougre.

« La douleur » : Petite critique à la Yossarian

Il est rare que je chronique mes livres de fac, il faut qu'ils soient ou bien très bons, ou bien très singuliers, ou bien les deux. La principale raison est que la littérature blanche n'étant pas ma tasse de thé, je ne m'estime pas spécialement apte à la juger (cela dit, quand j'entends "Patrick Modiano", je sors mon revolver quand même). Il est malgré tout des livres parmi elle qui marquent, et La Douleur en est un.

« Le Dictateur vs « Block 109 » : Guérir l’horreur du nazisme

Avant d'être les déités abstraites qu'invoquent votre tonton nationaliste et votre cousin végane sous la houlette de Saint-Godwin lors du dîner du Réveillon, les nazis étaient les militaires et les politiciens qui ont causé le plus de crimes contre l'Humanité : génocides, invasions malgré les traités de paix, expériences biologiques non encadrées... Leur credo aujourd'hui s'est dilué un peu partout dans les groupes d'extrême-droite, allant du néo-nazisme puriste à un nationalisme plus épuré (et c'est ainsi que les médias de notre beau pays se questionnent stérilement sur si le RN n'y fait pas des références cachées au lieu de se pencher sur les problèmes concrets de leur programme...). La monstruosité a culminé durant la Seconde guerre mondiale, un charmant petit conflit réputé pour être le plus meurtrier qui ait jamais été ; seulement voilà, les nazis ne sont pas nés à partir de rien. Un homme, Hitler, les a tous fédérés, les a menés au combat et dirigé toutes leurs atrocités ; qu'est-ce qu'on aurait pu faire pour l'arrêter ? La fiction n'a eu de cesse de l'imaginer ; je vous propose d'en analyser deux œuvres.

« Mélancolique rodéo » : Ça ne s’invente pas

Jean-Michel Jarre est un grand musicien. C'est à lui que nous devons Equinoxe, Oxygene, Zoolook (...), bref, que des grands trucs, quoi. L'idée était donc séduisante de se procurer son autobio fraîchement sortie, mais comme le format liseuse était quatre fois moins cher que celui papier, j'ai pour une fois privilégié l'achat en numérique. Il semblerait que le prix ait doublé depuis, mais le résultat ne s'est pas fait attendre : pour 5€ seulement, j'ai eu droit à une série d'émotions fortes rarement égalées en ce qui me concerne dans la non-fiction, avec l'histoire vraie la plus incroyable que j'aie découverte depuis Jodorowsky's Dune (et oui, là aussi il y a Salvador Dalí).

« L’épée brisée » : Quel souffle !

J'avais jusqu'ici encensé Poul Anderson sur mon blog, cette fois je rajoute un cierge ; auteur aux multiples facettes, s'étant illustré dans la hard-SF, le space opera, le time opera, et, comme on va le voir maintenant, la swords and sorcery, il publie L'épée brisée en 1954, soit la même année que Le Seigneur des Anneaux. Durant les invasions vikings, Imric le roi des elfes vole un bébé humain dans le désir d'avoir un fils ; l'enfant devient Skafloc, vaillant guerrier lors de la guerre contre les trolls. Pourtant, cette dernière tourne en eau de boudin, et il part faire forger à nouveau une épée que lui ont offert les dieux à sa naissance. Une épée que l'on dit redoutable, mais aussi maudite afin de ne pas rendre son possesseur surpuissant. Et qui finit, tôt ou tard, par se retourner contre lui. Sans compter que Skafloc a un ennemi dans l'ombre, presque un frère qui le haït pourtant, et les destinées des deux hommes sont irrémédiablement liées...

« Sandman Overture » : La drogue, c’est trop bien, dis-le à tes copains*

Petite critique en mode coup de cœur, que je sortirai peut-être un mercredi en plus de celle hebdomadaire de samedi. Si comme moi vous êtes attirés par les comics indés mais avez rarement l'occasion d'y consacrer votre budget, alors vous avez peut-être comme moi reluqué longuement les étagères à l'entrée de la librairie Des Bulles et des Hommes de Saint-Étienne. Et vous serez alors tombés sur les sept épais volumes de Sandman, série dirigée par Neil Gaiman, célèbre dans les milieux SFFF pour son obsession envers les mythologies du monde entier. Vous vous serez dits : Y'a d'quoi lire, mais j'connais pas encore bien l'auteur, je sais pas si j'vais apprécier. Et puis nom d'un chien, j'ai déjà craqué tous mes sous de la semaine ?! Je mange pourtant la même salade en entrée depuis huit jours ! Hum... De quoi parlions-nous, déjà ?

« Tau Zero » : Point zéro-G

Il y a des années de ça, quand j'étais tout gamin, j'avais décidé me jeter dans une quête perdue d'avance, une tentative encore plus désespérée que de faire taire un tonton raciste le soir du Réveillon : écrire une nouvelle de hard-SF. Autant vous dire que pour le turbo-filière L que j'étais, incapable de résoudre une addition sans remuer les lèvres et bardé d'acolytes fins connaisseurs de ganja, je me faisais atomiser mon cousin passionné d'astrophysique en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "détonateur à neutrons". J'imaginais pourtant cette histoire d'astronautes allant à une vitesse extraordinaire, tant et si bien qu'ils verraient l'Univers grandir puis se rétracter autour d'eux, traversant les éons dans un océan de gigantisme. Cette histoire, elle existe déjà, c'est Tau Zéro de Poul Anderson.

« Vigilance » : La situation devient Glock

Trump a le Covid, mais ça n'empêche pas ses copains de faire les zouaves. Et Le Bélial' sent la situation s'envenimer, c'est pourquoi il traduit dans Une Heure-Lumière Vigilance de Robert Jackson Bennett, un texte de plus de 150 pages, dont on pourrait se demander à ce stade-là s'il s'agit effectivement encore d'une novella ou d'un roman. Qu'importe, puisque la collection ne prétend rien faire d'autre que du "roman court". Un mot tout de même sur la couverture d'Aurélien Police : pour une fois je la trouve un peu décevante, car elle reprend une idée au final assez proche de celle d'Arslan. Mais passons sur ces petits détails triviaux, qu'est-ce que c'est, Vigilance ? Eh bien, il s'agit sans doute de la meilleure dystopie chroniquée sur ce blog après Brazil, et qui a de grosses, grosses chances de figurer dans le top de fin d'année. Un récit adulte, noir et ultraviolent, mais d'une pertinence rare sur les dérives de l'Amérique actuelle.

« L’homme qui mit fin à l’Histoire » : Pourquoi j’aime plus les cours d’histoire-géo

À l'heure où je vous parle, des génocides sont en cours comme celui des ouïghours. Le devoir de mémoire d'autres peuples est mis à mal comme les Tutsis et les Huttus, avec des controverses telles que l'idée qu'une fois libéré le peuple persécuté se soit mis à persécuter à son tour son bourreau. Qui peut me dire combien de guerres ont lieu en ce moment dans le tiers-monde, officiellement ou officieusement ? Que sait-on exactement de la situation actuelle de l'Europe de l'Est dans des pays tels que la Moldavie, quelles sont exactement les ethnies indigènes menacées par Bolsonaro ?