« Trait pour trait » : Heureux tropiques

Difficile d'évoquer l'œuvre de Stéphanie Ledoux en toute objectivité, ou même de trouver les mots pour désigner son travail unique en son genre. À la base scientifique venue pour étudier la faune exotique, elle est devenue avec le temps peintre, voyageuse et (je pense qu'on peut le dire) ethnographe. Depuis quelques années, elle dresse le portrait des cultures les plus reculées du globe, avec son style inimitable quand nous autres L en sommes encore à chercher des explications de démarche picturale pour les teubs qu'on a dessinées sur le bureau du prof d'arpla.

« Gens déplacés » : C’est la faute à personne

Ça faisait un bon bout de temps que j'en rêvais, mes parents me l'ont offert à Noël : le tome 1 de l'intégrale des nouvelles hors-cycle de Jack Vance. Un écrivain de soft-SF et de science-fantasy qui s'il est un de mes préférés reste encore un grand inconnu de ce blog, faute que nous allons rectifier tout de suite : imaginez-vous la figure d'un voyageur, avide de récits d'aventures, dépeignant des mondes crépusculaires et exotiques, jamais à court d'originalité tout en entretenant soigneusement les bons vieux tropes de l'espace et des inventions technologiques ou magiques à gogo. Vous voyez ce qui me plaît chez le bonhomme ? Qu'on l'adore ou qu'on se désintéresse de lui, on a tôt fait de lui coller l'étiquette du baroudeur intergalactique (l'auteur ayant effectivement voyagé aux quatre coins du monde tout au long de sa vie), amoral, farcesque, épris de récits baroques quasi-dénués de tout lien avec le réel. Pourtant, il ressort de l'intégrale qu'une novelette (ou nouvelle longue) sort profondément du lot en s'intéressant à un contexte n'ayant rien à voir avec l'espace et se focalisant sur un futur éloigné de l'époque dont elle a été écrite de quelques années seulement. Un texte tellement à part qu'il méritait un article à lui seul tant il y a de choses à dire dessus.

« Hypérion » : Une réputation à faire Père Duré

Il est temps de se mettre à jour, les enfants. En effet, vous connaissez mon penchant chez les auteurs et sous-genres à commencer par des œuvres tout à fait mineures voire oubliables pour finir sur les classiques, et je me dois de rectifier le tir en réparant ma culture qui ressemble à certes un énorme gruyère, mais un gruyère quand même. À commencer par LE classique du NSO (New Space Opera pour les connaisseurs) : Le cycle d'Hypérion, inauguré par le diptyque Les Cantos d'Hypérion et son cultissime premier volume Hypérion, longtemps resté scindé en deux volumes dans la langue de Benalla. On risque de rabâcher des choses déjà dites, de faire simplement dans la recommandation... mais essayons quand même !

« Jardins de poussière » : Mon cerveau s’est fait Ken

Après la grosse beigne que fut La Ménagerie de Papier, il fallait s'attendre à tomber sur un Ken Liu plus vénère que jamais à nous balancer des questionnements métaphysiques plein la tronche dans un déluge d'émotions et de gigantisme. Et c'est bien sûr le cas avec Jardins de poussière, certes pas dénué de défauts, mais qui se fait incontestablement dans la littérature SF actuelle une place de choix... bien à raison.

« Kings of the wyld » : Very bad troupe

Où finit un hommage, où commence la parodie ? Le pastiche semble osciller entre ces deux rives, mais est-il simplement comme on pourrait le croire une simple aventure plus légère ou un simple jeu au mieux taquin, au pire putaclic sur la nostalgie d'une œuvre aimée par le lecteur ? Ou pourrait-il s'agir au contraire d'un moyen sous-estimé, qui pourrait nous donner de farouches épopées avec du sang, des larmes, des trahisons, du spectaculaire, des guitares qui crachent des flammes et des valeurs familiales ?

« Rejoignez-nous » : Le fer vert

Dommage que la fessée soit interdite, Emmanuelle Ménard en mériterait une bonne. De même que Carlos Ghosn, Laurent Alexandre et tant d'autres industrialo-politiques qui sont un peu nos chouchous du moment. Mais si cet article s'inscrit très clairement dans la ligne écologique contre une certaine aristocratie aveugle et bien-pensante, il n'est pas pour autant question tout comme s'en revendique le livre dont il est question ici de s'engager ouvertement pour un bord politique particulier, du moins autre que l'idée qu'on a un monde à sauver et que ce serait quand même pas mal qu'après 2050, il y ait encore des ours polaires, des pandas et accessoirement des êtres humains. Personne ne s'appelle Thanos, ici ? Bon, je continue.

« La porte des abysses » : Hard light lovecraftian science-fantasy policière (et en plus, c’est marrant)

Vous vous souvenez ? C'était y'a quelques années de ça. Les découpages de livres en France, c'est la foire à la saucisse, alors du coup il y avait eu cette trilogie découpée en cinq volumes ; c'est alors qu'une jeune maison d'éditions passablement ambitieuse (...) décidait de lui rendre le nombre de volumes qui lui était dû avec des illustrations attirant fortement l'attention des chalands. Dont moi.

« L’escadre frêle » : C’est génial, qu’est-ce que vous voulez que je dise de plus ?

On l'attendait la bave aux lèvres, et c'est le Damasio que je retiendrais de cette année, plutôt que la hype sur Les Furtifs aussi démesurée que la bêtise d'un 20 heures. ENFIN, L'escadre frêle est sortie. ENFIN, la suite de l'adaptation de La Horde du Contrevent en BD qui a selon moi surpassé l'œuvre du maître. Et comme le prouve la parution des versions black & chrome des deux tomes, malgré L ' I N C R O Y A B L E   T E M P S   À   A T T E N D R E   L A   S U I T E, ça s'annonce bien bien bien bien bien.

« La stratégie Ender » : L’art d’être une ordure

Parmi les grands maîtres de la SFF étasunienne, il en est deux, Orson Scott Card et Brandon Sanderson, de confession mormone dans un milieu majoritairement athée ; on les accuse parfois de prosélytisme en dépit de la qualité de leur travail, mais force est de constater qu'ils ont compris, contrairement aux auteurs français, que l'Imaginaire par-delà le simple fait d'exposer sa foi peut également développer des raisonnements autour de la philosophie dont elle est empreinte et n'est pas forcément le seul thème à aborder. (...) C'est par ce questionnement éthique permanent mis face à la dureté de la réalité qu'est né ce qui est considéré comme son plus grand chef-d'œuvre, le tome 1 de la saga Ender, autour de laquelle tout un méta-cycle s'est développé. Un classique du new space opera et de la SF militaire, et qui renouvelle le thème de l'invasion extraterrestre...