« Coda » : Le joyau de la fantasy épique sorti pile au mauvais moment

Les modes changent, le public aussi : à présent, la mode est aux antihéros désillusionnés à la Rick Sanchez, et la fantasy post-apocalyptique semble sur la bonne voie pour conquérir le marché du livre. Des univers contre-idéalisés, des personnages pessimistes et endurcis, un humour féroce et une ambiance cynique, tout ça ne choque plus personne, et c'est même de bon ton : après la mouvance grimdark, plus moyen pour le lecteur de merveilleux de croire au conte de fées. La réalité nous est décrite dans sa crasse, sa laideur et son absurdité, déformée par le prisme de l'imagination qui permet d'y matérialiser des questionnements éthiques et moraux de façon plus directe que n'importe quel drame. Et tout ça peut très vite me laisser de marbre : viols, torture et boucheries héroïques se révèlent bien vite tout aussi pénibles que la naïveté d'un auteur jeunesse. Seulement quand c'est bien fait et qu'il y a de l'humour dedans, nous pouvons assister à de véritables pépites sorties droit du cœur, pleines de rage de vivre et de cheminements sincères. Coda en fait partie.

« L’empire ultime » : Bolchegeek fantasy

Brandon Sanderson est un écrivain... qui partage pas mal de points communs avec moi en fait : passionné de SFFF, croyant pas mal tourmenté, très intéressé par les questionnements sociaux, c'est en 2006 qu'il sort le premier tome de Fils-de-brume, une trilogie déjà considérée comme un classique de la fantasy même envers ses critiques les plus sévères (l'antre terrible des forums d'Atramenta). Un ouvrage qui précède de peu le krach boursier de 2008, donc, date à partir de laquelle selon le camarade Alfaric, la fantasy anglo-saxonne, déjà souvent à gauche, s'est mise à critiquer de plus en plus vertement le capitalisme ; on ne s'étonnera donc pas complètement que si ce tome 1 reprend le schéma classique "jeune héroïne naïve se dresse contre empereur injuste grâce à ses pouvoirs insoupçonnés", on y retrouve quelques éléments bien inspirés de... la lutte des classes !

TUGPÉUA #21

Je suis de retour avec ce cher format principalement dédié aux découvertes musicales, avec des musiques de tous les genres, par moments pour une fois très engagées, notamment dans ce que j'affectionne sans doute un peu trop dans mes idéaux politiques, en bonne vermine anarcho-communiste. Mais je vous rassure, pas de prosélytisme de leur idéologie, et pour les plus réfractaires, il y aura également du blues, des voyages temporels et de la fantasy militaire pour enfants !

« Les Profondeurs d’Omnihilo » : Rétrospective

Le mois d'août s'étire comme une vieille chaussette et les vacances touchent à leur fin. Quoi de mieux pour vous gâcher votre pré-rentrée que de vous raconter une des plus grosses déceptions de ma préadolecence ? Comme refaire mes vieilles critiques brutes de décoffrage Babelio avec un peu plus d'arguments, de structure et d'idées au clair devient une tradition sur mon blog (...), j'ai donc décidé de revenir brièvement sur Les Profondeurs d'Omnihilo, BD jeunesse apparue dans l'indifférence générale durant les années 2000, publiée à BD Kids et parue auparavant en feuilleton dans Moi, je lis.

Les chroniques de Krondor : Rétrospective

Le mois d'août, c'est un peu celui où on a tout à dire et rien à raconter. Aussi, afin d'avoir un bon petit stock d'articles écrits à l'avance pour enfin disparaître dans un camping du Bois-de-Boulogne (je vous assure que ma famille a vraiment décidé de crécher là-bas), j'ai choisi d'en écrire un petit à l'arrache constituant en quelque sorte une réponse au Prieuré de l'Oranger. Parmi les points positifs, j'indiquais notamment qu'il s'agissait d'une high fantasy politique faisant du neuf avec du vieux en choisissant d'hybrider les codes du med-fan classique avec la fantasy orientale. Néanmoins, il ne faut pas pour autant penser qu'il s'agit du seul roman à s'être lancé dans l'exercice. En Sixième-Cinquième, je commençais en effet mon entrée dans le lectorat de fantasy adulte avec entre autres une saga bien plus vieille, très imparfaite, mais à mon sens bien plus extrême dans ce mélange des sous-genres et bien plus réussie. Un classique oublié en-dehors de certains rôlistes hardcore, qu'il serait bon de déterrer.

« L’appel des illustres » : Un peint dans la gueule

En ce qui me concerne, j'ai toujours préféré Venise à Florence, mais force est de constater que cette ville n'en a pas moins joué un rôle autant sinon plus important dans l'histoire de l'Italie. Cité de tous les arts, de tous les complots, elle ne cesse d'intriguer, et donc d'inspirer nombre de romans. Ce n'est pas Romain Delplancq qui me contredira avec ce Renaissance-fantastique qui inaugure le tome 1 du diptyque Le sang des princes. À première vue, on dirait de la fantasy politique européenne sans grande originalité, à un détail près : ici, l'art n'est pas juste pour faire joli sur le fond vert, mais possède une des places centrales au sein du récit. On s'est souvent penchés sur comment la magie pourraient modifier la guerre, voire la vie de tous les jours, mais honnêtement, combien de personnes ont réfléchi à l'impact culturel qu'elle pourrait avoir ? Et quand bien même cette première question n'est finalement pas abordée dans le livre, quel pouvoir obtiendraient les habitants d'un monde secondaire qui détiendraient dans les arts un savoir-faire méconnu des autres peuples ? Autant vous dire que j'étais chaud dès le moment où la camarade Boudicca en posta sa critique : ce bouquin n'annonçait que du bon !

« Rivages » : Wander fantasy

Il y a des livres comme ça où vous vous laissez tenter. Pas pare que ce sont des classiques ou qu'ils s'annoncent comme les prochains visionnaires, mais parce que vous pensez que vous pourrez reconnaître en eux quelque chose que vous cherchez personnellement. Dès la couverture, vous sentez qu'il se dégagera une certaine ambiance, quelque chose de pas forcément complexe ou épique comme vous en avez l'habitude, mais un désir plus difficile à définir, à combler aussi ; sans doute quelque chose de plus contemplatif. Alors vous décidez de vous l'acheter en format papier, vous attendez le meilleur moment de l'année pour le lire. Vous ne lisez pas les chroniques de vos camarades sur Internet, vous ne lisez même pas la quatrième de couverture car la phrase d'accroche a suffi à capter votre attention : "Le Seigneur des Anneaux est assurément le livre préféré des Ents. Mais Rivages pourrait bien lui aussi les séduire..." Une formule de vente faussement modeste, pas très originale dans son comparatif, mais qui l'est bien plus dans l'élément qu'il prend de l'ouvrage de référence, renvoyant à l'univers forestier plutôt que celui pseudo-médiéval comme de coutume. Alors vous le gardez dans un coin de votre chambre. Vous marchez le plus loin possible dans la forêt avant de l'ouvrir. Vous décidez de lui donner une chance.

« Сказочное путешествие мистера Бильбо Беггинса Хоббита » : Quз diaвlз suis-jз allз fairз daиs cзттз galзrз ?

Youtube a ça de magique que l'on peut y trouver sans difficulté certains films tellement ignobles qu'on ne peut se les procurer nulle part ailleurs. Du navetonnesque Super Garfield qui constitue un catalogue de tout ce qu'il ne faut pas faire dans un film pour enfants au nanar cultissime L'Homme-Puma, les mauvais films pullulent et à défaut d'être bons s'avèrent souvent fascinants. Dont cette adaptation du Hobbit tombée dans l'oubli tournée en 1985 dans... l'URSS.

« Le prieuré de l’oranger » : Barbecue is coming

Crénom d'une pipe de poil de nouille, il faut vraiment que les médias arrêtent ça. La comparaison à GoT en première de couverture, encore, je veux bien, mais comparer systématiquement un bouquin à "Tolkien, Robin Hobb et G.R.R.R. Martin", non seulement c'est à la portée du premier mercantiliste venu, mais en plus ça revient à dire que la littérature blanche s'arrête à Camus, le polar à James Ellroy et le cinéma italien à Rocco Siffredi. Ainsi on décrédibilise un peu plus la fantasy, et donc ce pauvre petit Prieuré de l'Oranger qui n'avait rien demandé à personne. Acheté parce qu'il était appétissant (près de 1000 pages, le bougre) et sur les conseils de l'Ours Inculte, je pensais prendre un sacré pied loin de tous les poncifs du genre. La vérité sera plus nuancée... même si le résultat s'avère très satisfaisant.

« Jardins de poussière » : Mon cerveau s’est fait Ken

Après la grosse beigne que fut La Ménagerie de Papier, il fallait s'attendre à tomber sur un Ken Liu plus vénère que jamais à nous balancer des questionnements métaphysiques plein la tronche dans un déluge d'émotions et de gigantisme. Et c'est bien sûr le cas avec Jardins de poussière, certes pas dénué de défauts, mais qui se fait incontestablement dans la littérature SF actuelle une place de choix... bien à raison.