Faut qu’on en parle #28 : L’artiste de l’œuvre

Il était difficile de critiquer J'accuse à sa sortie tant son réalisateur avait à côté fait des trucs pas fameux-fameux moralement, alors comme on aime bien foutre le caca à Paris on lui avait offert des Césars à la pelle. Motif des responsables : "il faut séparer l'artiste de l'œuvre". Réplique des militants : "n'importe qui ayant déjà fait de l'analyse au moins une fois dans sa vie sait que c'est un contresens absolu". Pourtant, cette expression un peu passe-partout, on l'entendait chez des personnes sérieuses avant l'affaire Polanski, à l'instar de Maxwell, chroniqueur de metal qui allait même bien plus loin en en séparant le propos. J'accuse est-il tout pourri parce que son réalisateur est pourri ? Le voir signifie-t-il forcément encourager un violeur ? On y répond en essayant d'analyser ce qui se cache derrière ces six mots abstraits.

« Gens déplacés » : C’est la faute à personne

Ça faisait un bon bout de temps que j'en rêvais, mes parents me l'ont offert à Noël : le tome 1 de l'intégrale des nouvelles hors-cycle de Jack Vance. Un écrivain de soft-SF et de science-fantasy qui s'il est un de mes préférés reste encore un grand inconnu de ce blog, faute que nous allons rectifier tout de suite : imaginez-vous la figure d'un voyageur, avide de récits d'aventures, dépeignant des mondes crépusculaires et exotiques, jamais à court d'originalité tout en entretenant soigneusement les bons vieux tropes de l'espace et des inventions technologiques ou magiques à gogo. Vous voyez ce qui me plaît chez le bonhomme ? Qu'on l'adore ou qu'on se désintéresse de lui, on a tôt fait de lui coller l'étiquette du baroudeur intergalactique (l'auteur ayant effectivement voyagé aux quatre coins du monde tout au long de sa vie), amoral, farcesque, épris de récits baroques quasi-dénués de tout lien avec le réel. Pourtant, il ressort de l'intégrale qu'une novelette (ou nouvelle longue) sort profondément du lot en s'intéressant à un contexte n'ayant rien à voir avec l'espace et se focalisant sur un futur éloigné de l'époque dont elle a été écrite de quelques années seulement. Un texte tellement à part qu'il méritait un article à lui seul tant il y a de choses à dire dessus.

« Doutes » : Droitesse et bravitude

Se vouloir cinéphile, ce n'est pas seulement regarder des bons films. C'est aussi regarder les mauvais pour savoir ce qu'il ne faut surtout pas faire. Et aujourd'hui mes petits scribouminus, penchons-nous sur ce qui s'avère sans doute le pire drame français jamais cauchemardé dans les salles obscures décidément bien ténébreuses, Doutes : Chronique du sentiment politique. Nanar encensé, il s'est pourtant avéré pour moi barbant au possible, au point que j'ai dû regarder ses 1h23 en quatre fois. Mais je ressors grandi de l'expérience, car nous avons avons là le condensé absolu de tout ce qu'il faut fuir quand on veut faire du cinéma dans l'Hexagone, mais aussi de la politique, de la cuisine, ou toute activité liée de près ou de loin au monde des lettres.

Je vous l’avais promise, la voilà…

... la fameuse novelette sur une utopie d'extrême-gauche post-effondrement que j'avais teasée dans cet article. Le tout étant de raconter son fonctionnement, ses questionnements, et enfin une possibilité d'être détruite à son tour ; évidemment par moments le texte avec tout ça va un peu dans des directions différentes, c'est pourquoi il s'agit peut-être du brouillon pour un futur roman.

Faut qu’on en parle #24 : Virez Polanski, pas ses films

J'ai pas envie d'écrire certains articles. Souvent parce qu'ils me semblent évidents, ou parce que c'est pour rectifier un malentendu qui a pris des proportions énormes. Enfin, maintenant que le cirque c'est calmé, je vais pouvoir essayer de poser les documents sur la table et de comprendre un peu ce qui se passe depuis quelques temps : apparemment, il n'y a plus moyen d'apprécier une œuvre parce que son auteur était une ordure. Voire même l'ordure en question n'a plus le droit de rien créer du tout. À partir du moment où nous sommes dans cette démarche, notre culture perd un pan considérable d'elle-même.

« Rejoignez-nous » : Le fer vert

Dommage que la fessée soit interdite, Emmanuelle Ménard en mériterait une bonne. De même que Carlos Ghosn, Laurent Alexandre et tant d'autres industrialo-politiques qui sont un peu nos chouchous du moment. Mais si cet article s'inscrit très clairement dans la ligne écologique contre une certaine aristocratie aveugle et bien-pensante, il n'est pas pour autant question tout comme s'en revendique le livre dont il est question ici de s'engager ouvertement pour un bord politique particulier, du moins autre que l'idée qu'on a un monde à sauver et que ce serait quand même pas mal qu'après 2050, il y ait encore des ours polaires, des pandas et accessoirement des êtres humains. Personne ne s'appelle Thanos, ici ? Bon, je continue.

Faut qu’on en parle #23 : Le système veut-il nous rendre incultes ?

La Réforme Blanquer est en place : une catastrophe administrative de plus, visant à simplifier les programmes pour la énième fois, et à complexifier en aval toutes les études supérieures de manière à y comprendre à peu près autant que dans un entretien avec un expert-comptable ; en plus de ne pas tenir ses promesses (adieu latin et compagnie, qu'on nous promouvait ardemment ; adieu toutes les options facultatives trop coûteuses pour la machine libérale ; adieu la vie, adieu l'amour, adieu toutes les femmes), en plus du fait que les mesures seront de toute manière pour la moitié révoquées par le gouvernement suivant (un pas en avant, trois en arrière), elle tombe dans l'impasse précédemment déjà évoquée : le problème n'est pas ce qu'il y a dans les programmes, le problème est comment ils sont enseignés. Voilà pour le monde enfant. Ailleurs, les quelques bonnes œuvres mainstreams se font ont broyer dans le court-bouillon bests-sellers / disques de platine / télé-poubelle. Ce n'est pas les idéaux de Montesquieu que veut la plèbe, ce n'est pas les raisonnements de Borges ni même le désir d'évasion de Jack Vance, c'est regarder Hanouna en slip sur le canapé. D'un prolétariat cultivé, nous sommes passés à une société de consommateurs promouvant une culture ultracalibrée régie par NRJ, Radio Scoop, M6, W9, TF1, ect. Voilà pour le monde adulte.

Faut qu’on en parle #21 : La montée des fashlangues

Le bon journaliste le sait, il faut savoir manier la langue. Tout article, même se voulant le plus neutre possible, préférera toujours accorder davantage de lignes à telle position plutôt qu'une autre, tranchera plus ou moins en conclusion, émaillera le tout de micro-trottoirs ou de tentatives d'humour pas toujours innocents. Même le choix du sujet est un choix politique : si on parlait vraiment de tout ce qui va mal dans le monde, m'est avis que TF1 porterait un avis un peu plus attentif à l'Afrique... mais passons.

Faut qu’on en parle #20 : La portée politique des œuvres (2/2) TOUT est politique

Bon ; la dernière fois, j'avais parlé de pourquoi selon moi n'importe quelle œuvre pouvait avoir une portée politique. Pourtant, il semblerait que la plupart des œuvres mainstreams actuelles tentent justement de s'en émanciper, de n'apporter aucun autre message que le divertissement qu'elles ont à apporter, afin de fédérer un maximum de monde. La symbolique du montage ou de l'éclairage, les thématiques en-dehors de l'amour-qui-dure-toujours, les scènes trop subversives, hop, tout ça, aux oubliettes. Et force est de constater que ça marche. (...) Ne cherchez pas de message, il n'y en a pas. Tout est lissé, aseptisé, destiné à ne laisser aucune prise aux détracteurs sur le plan politique...

Faut qu’on en parle #19 : La portée politique des œuvres (1/2) La propagande, c’est toujours l’autre camp ?

Bon, ça va faire une semaine que j'ai rien posté sur mon blog, autant retomber une fois de plus dans un sujet qui flirte dangereusement avec ce dont je ne veux pas vous parler, à savoir le monde merveilleux de Nicolas Sarkozy. Mais c'est pour la bonne cause, me diriez-vous, et il y a une culture politique, oui monsieur. Il y a les énormes ramifications du communisme, il y a l'imagerie militariste, il y a la symbolique des couleurs sur les tracts et les logos, et enfin, il y a les œuvres à portée politique : articles de journaux, films engagés, street art, ect.