« La douleur » : Petite critique à la Yossarian

Il est rare que je chronique mes livres de fac, il faut qu'ils soient ou bien très bons, ou bien très singuliers, ou bien les deux. La principale raison est que la littérature blanche n'étant pas ma tasse de thé, je ne m'estime pas spécialement apte à la juger (cela dit, quand j'entends "Patrick Modiano", je sors mon revolver quand même). Il est malgré tout des livres parmi elle qui marquent, et La Douleur en est un.

« Le Dictateur vs « Block 109 » : Guérir l’horreur du nazisme

Avant d'être les déités abstraites qu'invoquent votre tonton nationaliste et votre cousin végane sous la houlette de Saint-Godwin lors du dîner du Réveillon, les nazis étaient les militaires et les politiciens qui ont causé le plus de crimes contre l'Humanité : génocides, invasions malgré les traités de paix, expériences biologiques non encadrées... Leur credo aujourd'hui s'est dilué un peu partout dans les groupes d'extrême-droite, allant du néo-nazisme puriste à un nationalisme plus épuré (et c'est ainsi que les médias de notre beau pays se questionnent stérilement sur si le RN n'y fait pas des références cachées au lieu de se pencher sur les problèmes concrets de leur programme...). La monstruosité a culminé durant la Seconde guerre mondiale, un charmant petit conflit réputé pour être le plus meurtrier qui ait jamais été ; seulement voilà, les nazis ne sont pas nés à partir de rien. Un homme, Hitler, les a tous fédérés, les a menés au combat et dirigé toutes leurs atrocités ; qu'est-ce qu'on aurait pu faire pour l'arrêter ? La fiction n'a eu de cesse de l'imaginer ; je vous propose d'en analyser deux œuvres.

« La bête », tome 1 : Spirou chez les Dardenne

Être un éditeur pratiquant le capitalisme à l'américaine n'a pas que de mauvais côtés : tenez, moi par exemple, qui fais écrire la moitié de mes articles par mon jeune frère Nathan payé à coups de triques, ou plutôt non, Dupuis qui possède le seul (ou tout du moins le seul connu) héros dont la publication suit le même fonctionnement que celle des comics outre-Manche : Spirou. C'est bien simple : les droits allant à l'éditeur plutôt qu'au dessinateur, celui-ci peut à la mort, au renvoi ou à la démission de ce dernier poursuivre la série sans avoir de problèmes avec lui ou ses descendants. D'où un nombre astronomique d'auteurs et de tomes se succédant au gré des ventes, sortant des rotatives avec l'ardeur d'un des cinq russes sur six pensant que sa roulette n'est pas dangereuse (n'abîmez pas trop cette blague, c'est un ami qui me l'a prêtée). Le principal défaut de ce système, vous l'aurez deviné, est que beaucoup d'albums ne signifie pas beaucoup d'albums de qualité. Mais la principal avantage en revanche, est que pour gagner plus de public ou se dissocier de l'auteur précédent, on finit par gagner une énorme diversité.

« Le Plongeon » : Un EHPAD, des fesses, de l’amour et des rides !*

Ça fait bien longtemps que je n’ai plus aucune confiance dans les maisons de retraite, qu’on nous fait maintenant appeler « EHPAD » et que j’appelle plus volontiers « sanitarium », « mouroir » ou « prison pour vieux » : le fait est qu’avec un personnel constamment débordé, des locaux semblables à ceux d’hôpitaux soit à peu près aussi agréables qu’un couloir de la mort, des endroits où c’est bien souvent votre famille ingrate qui vous enferme pour ne plus vous subir durant les dîners de famille, j’ai l’impression qu’on se sent vieillir et perdre sa santé aussi bien que la boule bien plus vite. Me faites pas dire ce que j’ai pas dit : garder ses aïeux chez soi, c’est pas souvent meilleur, au Japon c’est la tradition mais ça crée des situations familiales compliquées. Au final, c’est toujours la même question qui revient : qu’est-ce qu’on fait de nos vieux ? On les parque dans un coin où il ne risque rien de leur arriver ? ou on les laisse faire ce qu’ils veulent, quitte à ce qu’il leur arrive des accidents ? Et dans nos sociétés matérialistes où porter le dentier n’a plus rien de sacré, on choisit bien souvent l’option 2.

TUGPÉUA #22

Papa Noël s'en va acheter quelques milliards d'attestations de visites à domicile, et la fin d'année s'annonce pour moi aussi un brin hardcore. Il me reste encore des milliers de pages à lire pour la fac et pour le blog, sans parler des disques à écouter, des émissions radio à préparer, des films et séries à voir dans la mesure du possible, du théâtre que je n'aurais pas évoqué de l'année... ah, oui, et les cadeaux, ce truc sur lequel on se penche toujours le 23 décembre. Le bon côté des choses étant que je ne devrais en principe pas trop à avoir à bouger de chez moi (rire sarcastique), tentons à présent de combler un peu notre retard en proposant à nouveau deux articles par semaines, à commencer par celui-ci.

« Le patient » : Dexter va chez Boule à zéro

C'est toujours le même frisson quand on ouvre un Thimothé Le Boucher, qu'il s'agisse de la finesse et de l'épure du trait en même temps de sa précision et de sa mise en couleurs (bien que certaines cases de l'édition papier de Ces jours qui disparaissent me semblaient un peu vides), des protagonistes uniques dans l'humour et le naturel qu'ils dégagent, ou bien du scénario très simple à la base qui se complexifie jusqu'à devenir un mindfuck improbable. Seulement voilà, comment faire pour repartir après une œuvre magistrale qui a fini top 1 dans les livres 2019 d'un grand blog prestigieux ? Eh bien, on fait quelque chose de plus long, de plus protéiforme et d'à peine moins bien.

« La Haine » vs « Les Misérables » : Deux gestions complémentaires du malaise des banlieues

Je vous ai névrosés du confinement par Delikatessen, du corona par L'armée des 12 singes ; ne pas vous faire angoisser sur le malaise des banlieues après les évènements de Villeneuve-la-Garenne aurait été une impardonnable faute de mauvais goût. Aujourd'hui, accrochez-vous à vos Xanax, nous entamons une nouvelle rubrique du blog consacrée à l'analyse comparative, se penchant pour son premier numéro sur La Haine et Les Misérables.

« Doutes » : Droitesse et bravitude

Se vouloir cinéphile, ce n'est pas seulement regarder des bons films. C'est aussi regarder les mauvais pour savoir ce qu'il ne faut surtout pas faire. Et aujourd'hui mes petits scribouminus, penchons-nous sur ce qui s'avère sans doute le pire drame français jamais cauchemardé dans les salles obscures décidément bien ténébreuses, Doutes : Chronique du sentiment politique. Nanar encensé, il s'est pourtant avéré pour moi barbant au possible, au point que j'ai dû regarder ses 1h23 en quatre fois. Mais je ressors grandi de l'expérience, car nous avons avons là le condensé absolu de tout ce qu'il faut fuir quand on veut faire du cinéma dans l'Hexagone, mais aussi de la politique, de la cuisine, ou toute activité liée de près ou de loin au monde des lettres.

« L’Aleph » : L’Edgar Poe latino

C'est un drame en France : d'une part l'Imaginaire est méprisé (et dès lors qu'un livre fait trop de vues, il est recatégorisé en classiques) alors qu'il n'est pas forcément hostile ou éloigné de la littérature blanche ; d'une autre en bons gros chauvins on jette par la fenêtre tout ce qui n'est pas Imaginaire ou De-Notre-Mère-Patrie-America (et plus largement tout ce qui est littérature). (...) Et c'est pour ça aussi que je vous recommande (pour l'instant) le label L'Imaginaire Gallimard, qui tente de lever ces deux injustices en proposant non seulement des ouvrages du monde entier mais aussi de la littérature de genre lavée plus blanc que blanc façon Aux Forges de Vulcain.