« La douleur » : Petite critique à la Yossarian

Il est rare que je chronique mes livres de fac, il faut qu'ils soient ou bien très bons, ou bien très singuliers, ou bien les deux. La principale raison est que la littérature blanche n'étant pas ma tasse de thé, je ne m'estime pas spécialement apte à la juger (cela dit, quand j'entends "Patrick Modiano", je sors mon revolver quand même). Il est malgré tout des livres parmi elle qui marquent, et La Douleur en est un.

« L’épée brisée » : Quel souffle !

J'avais jusqu'ici encensé Poul Anderson sur mon blog, cette fois je rajoute un cierge ; auteur aux multiples facettes, s'étant illustré dans la hard-SF, le space opera, le time opera, et, comme on va le voir maintenant, la swords and sorcery, il publie L'épée brisée en 1954, soit la même année que Le Seigneur des Anneaux. Durant les invasions vikings, Imric le roi des elfes vole un bébé humain dans le désir d'avoir un fils ; l'enfant devient Skafloc, vaillant guerrier lors de la guerre contre les trolls. Pourtant, cette dernière tourne en eau de boudin, et il part faire forger à nouveau une épée que lui ont offert les dieux à sa naissance. Une épée que l'on dit redoutable, mais aussi maudite afin de ne pas rendre son possesseur surpuissant. Et qui finit, tôt ou tard, par se retourner contre lui. Sans compter que Skafloc a un ennemi dans l'ombre, presque un frère qui le haït pourtant, et les destinées des deux hommes sont irrémédiablement liées...

« La bête », tome 1 : Spirou chez les Dardenne

Être un éditeur pratiquant le capitalisme à l'américaine n'a pas que de mauvais côtés : tenez, moi par exemple, qui fais écrire la moitié de mes articles par mon jeune frère Nathan payé à coups de triques, ou plutôt non, Dupuis qui possède le seul (ou tout du moins le seul connu) héros dont la publication suit le même fonctionnement que celle des comics outre-Manche : Spirou. C'est bien simple : les droits allant à l'éditeur plutôt qu'au dessinateur, celui-ci peut à la mort, au renvoi ou à la démission de ce dernier poursuivre la série sans avoir de problèmes avec lui ou ses descendants. D'où un nombre astronomique d'auteurs et de tomes se succédant au gré des ventes, sortant des rotatives avec l'ardeur d'un des cinq russes sur six pensant que sa roulette n'est pas dangereuse (n'abîmez pas trop cette blague, c'est un ami qui me l'a prêtée). Le principal défaut de ce système, vous l'aurez deviné, est que beaucoup d'albums ne signifie pas beaucoup d'albums de qualité. Mais la principal avantage en revanche, est que pour gagner plus de public ou se dissocier de l'auteur précédent, on finit par gagner une énorme diversité.

« Les trois mousquetaires » : Amour, gloire et baston

Palsambleu mortecouille, mais ce blog ne connaît plus l'appel de l'aventure ! Un peu de romantisme, ventre-saint-gris ! Non, encore une fois, pas le romantisme cucul-la-praline à la Guillaume Musso, le vrai romantisme du XIXe siècle, celui de Hugo, Balzac, dont la prof de français vous parlait pendant que vous admiriez sa svelte poitrine ! Et direction la Renaissance ; qu'il me tarde d'enfoncer des portes, de corriger les gueux et trousser des servantes !

« Jardins de poussière » : Mon cerveau s’est fait Ken

Après la grosse beigne que fut La Ménagerie de Papier, il fallait s'attendre à tomber sur un Ken Liu plus vénère que jamais à nous balancer des questionnements métaphysiques plein la tronche dans un déluge d'émotions et de gigantisme. Et c'est bien sûr le cas avec Jardins de poussière, certes pas dénué de défauts, mais qui se fait incontestablement dans la littérature SF actuelle une place de choix... bien à raison.

« L’Aleph » : L’Edgar Poe latino

C'est un drame en France : d'une part l'Imaginaire est méprisé (et dès lors qu'un livre fait trop de vues, il est recatégorisé en classiques) alors qu'il n'est pas forcément hostile ou éloigné de la littérature blanche ; d'une autre en bons gros chauvins on jette par la fenêtre tout ce qui n'est pas Imaginaire ou De-Notre-Mère-Patrie-America (et plus largement tout ce qui est littérature). (...) Et c'est pour ça aussi que je vous recommande (pour l'instant) le label L'Imaginaire Gallimard, qui tente de lever ces deux injustices en proposant non seulement des ouvrages du monde entier mais aussi de la littérature de genre lavée plus blanc que blanc façon Aux Forges de Vulcain.

« Les Indes Fourbes » : Que l’on écoute son histoire avec force ripaille !

Alain Ayroles est le seul artiste à me faire aimer la Renaissance. Depuis une vingtaine d'années, notre énergumène écume la BD française avec des BD rendant hommage au passé, s'étendant du XVe au XVIIIe siècle, avec Garulfo, s'inspirant sensiblement de la toute fin du Moyen Âge pour créer un décor de conte de fées, à De Capes et de Crocs, un feuilleton rétrofuturiste de 12 tomes par lequel il a réussi à se faire connaître au grand public en reprenant les codes des récits de capes et d'épées. (...)

Alors fatalement, après une œuvre aussi monumentale vient forcément la question : comment se renouveler ? Voilà-t'y pas qu'il décide de s'associer avec Guarnido, dessinateur de Blacksad, pour créer une suite à un classique tombé dans l'oubli des romans picaresques espagnols parodiant ceux de chevalerie : El Buscón, narrant la vie de l'escroc notoire Pablos de Ségovie, qui à la fin du livre s'en allait à la conquête des Amériques, faire fortune en honnête explorateur. À quelques entorses près, comme il se doit.

« L’Appel des Qurante » : La documentation ne fait pas tout

Ouloulou, c'est qu'avec tout mes space ops et compagnie, j'ai pas beaucoup regardé ce qui est sorti cette année en fantasy française. L'occasion pour moi de se plonger dans le cycle de La rose de Djam par Sandrine Alexie, spécialiste des cultures arabes, qui signe son incursion dans la fantasy historique en mettant en scène l'équivalent de notre Graal dans le monde musulman, une coupe surnommée la Rose, dans laquelle se cacheraient tous les secrets du monde. Bon, je vous avoue, si je l'ai choisi, c'est surtout parce que ça me faisait penser aux Lions d'Al-Rassan avec un peu plus d'epic.

« A Plague Tale » : Y’a-t-il un dératiseur dans la salle ?

C'est donc l'histoire d'Amicia, qui elle et son frère Hugo, voient leurs parents se faire tuer pour des raisons mystérieuses, et sont donc contraints d'errer dans la France de la Peste Noire poursuivis par l'Inquisition... Déjà avec un pitch pareil, on sent qu'il va y avoir du bon et du moins bon. Le secret caché par les parents, les fanatiques tout-puissants d'un Moyen Âge ténébreux, un mystérieux ennemi, ça s'est déjà vu trop souvent. L'histoire est également assez prévisible par moments ou mettant en scène des archétypes auxquels le spectateur est habitué (ce dernier point n'est pas forcément mauvais, comme on va le voir par la suite). Sans intérêt, me diriez-vous ? Bien au contraire !