« Coda » : Le joyau de la fantasy épique sorti pile au mauvais moment

Les modes changent, le public aussi : à présent, la mode est aux antihéros désillusionnés à la Rick Sanchez, et la fantasy post-apocalyptique semble sur la bonne voie pour conquérir le marché du livre. Des univers contre-idéalisés, des personnages pessimistes et endurcis, un humour féroce et une ambiance cynique, tout ça ne choque plus personne, et c'est même de bon ton : après la mouvance grimdark, plus moyen pour le lecteur de merveilleux de croire au conte de fées. La réalité nous est décrite dans sa crasse, sa laideur et son absurdité, déformée par le prisme de l'imagination qui permet d'y matérialiser des questionnements éthiques et moraux de façon plus directe que n'importe quel drame. Et tout ça peut très vite me laisser de marbre : viols, torture et boucheries héroïques se révèlent bien vite tout aussi pénibles que la naïveté d'un auteur jeunesse. Seulement quand c'est bien fait et qu'il y a de l'humour dedans, nous pouvons assister à de véritables pépites sorties droit du cœur, pleines de rage de vivre et de cheminements sincères. Coda en fait partie.

« Magie brute » : Castagne à gogo entre clope et pinard

Larry Correia est un auteur un peu délaissé en France : officiant dans des genres avant-gardistes, davantage à droite que la plupart des lecteurs et éditeurs (il s'est d'ailleurs à l'origine du courant de tristes sires — dans tous les sens du terme — que sont les Sad Puppies), il a néanmoins vu sa trilogie Les chroniques du Grimnoir se faire publier par L'Atalante, un des rares exemples de littérature dieselpunk (le reste du sous-genre existant principalement autour d'artworks, de jeux de rôle ou de bandes dessinées). Le premier tome Magie brute a eu son petit succès de niche, et se voit désormais considéré comme une référence même par des lecteurs pas franchement libertariens. Et pour cause : il sait s'y faire, le bougre.

« Planètes » : See you space dustman…

Alors que l'éditeur WordPress s'enlaidit d'une nouvelle police pour taper ces lignes, il faut bien avouer que l'humeur chez moi n'est pourtant pas à la grogne. Difficile en effet de ne pas se sentir ému après la lecture de Planètes de Makoto Yukimura, qui s'inscrit dans cette "hard-SF d'auteur" à la Ad Astra. Fresque de plus de mille pages, elle retrace le quotidien d'un groupe d'éboueurs de l'espace, à une fin de XXIe siècle où le système solaire est en pleine colonisation. Si j'avais mes dents de vampire et que j'étais déguisé en grand méchant chroniqueur de Télérama, je dirais que Yuri, Fi et Hachimaki remplissent l'archétype du clochard céleste : leur métier est à la fois ingrat et pourtant leur permet de s'élever vers l'infini ; or c'est justement ce mélange entre trivial et sublime, quotidien et extraordinaire, qui fait la sève de cette BD.

« Le Dictateur vs « Block 109 » : Guérir l’horreur du nazisme

Avant d'être les déités abstraites qu'invoquent votre tonton nationaliste et votre cousin végane sous la houlette de Saint-Godwin lors du dîner du Réveillon, les nazis étaient les militaires et les politiciens qui ont causé le plus de crimes contre l'Humanité : génocides, invasions malgré les traités de paix, expériences biologiques non encadrées... Leur credo aujourd'hui s'est dilué un peu partout dans les groupes d'extrême-droite, allant du néo-nazisme puriste à un nationalisme plus épuré (et c'est ainsi que les médias de notre beau pays se questionnent stérilement sur si le RN n'y fait pas des références cachées au lieu de se pencher sur les problèmes concrets de leur programme...). La monstruosité a culminé durant la Seconde guerre mondiale, un charmant petit conflit réputé pour être le plus meurtrier qui ait jamais été ; seulement voilà, les nazis ne sont pas nés à partir de rien. Un homme, Hitler, les a tous fédérés, les a menés au combat et dirigé toutes leurs atrocités ; qu'est-ce qu'on aurait pu faire pour l'arrêter ? La fiction n'a eu de cesse de l'imaginer ; je vous propose d'en analyser deux œuvres.

« Batman année 100 » : Bruce Wayne et son dentier

Gotham City, 2039. Fraîchement sorti de l'oubli, Batman court sur les toits poursuivi par des chiens. Accusé d'un meurtre dont on découvre rapidement qu'il n'y est pour rien, il subit les foudres du Federal Police Department, une institution fascisée en concurrence avec le Gotham Central. Le capitaine Jim, le petit-fils du commissaire Gordon, tente d'enquêter sur cette affaire malgré la pression grandissante de ses supérieurs...

« L’épée brisée » : Quel souffle !

J'avais jusqu'ici encensé Poul Anderson sur mon blog, cette fois je rajoute un cierge ; auteur aux multiples facettes, s'étant illustré dans la hard-SF, le space opera, le time opera, et, comme on va le voir maintenant, la swords and sorcery, il publie L'épée brisée en 1954, soit la même année que Le Seigneur des Anneaux. Durant les invasions vikings, Imric le roi des elfes vole un bébé humain dans le désir d'avoir un fils ; l'enfant devient Skafloc, vaillant guerrier lors de la guerre contre les trolls. Pourtant, cette dernière tourne en eau de boudin, et il part faire forger à nouveau une épée que lui ont offert les dieux à sa naissance. Une épée que l'on dit redoutable, mais aussi maudite afin de ne pas rendre son possesseur surpuissant. Et qui finit, tôt ou tard, par se retourner contre lui. Sans compter que Skafloc a un ennemi dans l'ombre, presque un frère qui le haït pourtant, et les destinées des deux hommes sont irrémédiablement liées...

« Sandman Overture » : La drogue, c’est trop bien, dis-le à tes copains*

Petite critique en mode coup de cœur, que je sortirai peut-être un mercredi en plus de celle hebdomadaire de samedi. Si comme moi vous êtes attirés par les comics indés mais avez rarement l'occasion d'y consacrer votre budget, alors vous avez peut-être comme moi reluqué longuement les étagères à l'entrée de la librairie Des Bulles et des Hommes de Saint-Étienne. Et vous serez alors tombés sur les sept épais volumes de Sandman, série dirigée par Neil Gaiman, célèbre dans les milieux SFFF pour son obsession envers les mythologies du monde entier. Vous vous serez dits : Y'a d'quoi lire, mais j'connais pas encore bien l'auteur, je sais pas si j'vais apprécier. Et puis nom d'un chien, j'ai déjà craqué tous mes sous de la semaine ?! Je mange pourtant la même salade en entrée depuis huit jours ! Hum... De quoi parlions-nous, déjà ?

Star Trek TAS : Grandeur et décadence des scénaristes stakhanovistes

Entre la très renommée The Next Generation et la non moins importante The Original Series, il est une série Star Trek que l'on a tendance à oublier et dont l'influence continue pourtant de se faire ressentir : après l'échec cuisant du projet Star Trek : Phase II, Gene Roddenberry accepte à contrecœur d'offrir à TOS une sorte de saison 4 sous forme d'animation, qui finira coupée en deux saisons de taille très inégale ; telle est la genèse de The Animated Series. Pas de scénario marquant, un public plutôt restreint, voilà ce qui explique qu'il s'agit de la série de loin la plus courte de toute la franchise. À noter que même la diffusion Netflix est je-m'en-foutiste : la saison 2 vient avant la saison 1 et plusieurs titres sont confondus entre eux !

Joyeux Noël ! #3 (3/3)

Résumé : András, l'apprenti du prestigieux réalisateur clandestin Rafel Mendlá, décide de percer ses secrets et pénétrer dans son local à accessoires qui semble cacher de féroces lutins et un secret qui lui conférerait son mystérieux pouvoir évocateur. Mais la guerre fait rage, le gouvernement devient oppressant, Serdžo a peut-être dénoncé l'emplacement du studio, et surtout, András ne sait toujours pas si c'est lui qui a trahi Bruce. Monsieur Boîte-à-caca, dernier spectateur de se palpitant feuilleton, se trémousse en transpirant sur son siège ; après tout, c'est pour sa culture...

« Citoyen+ » : La start-app nation

Dans un futur désagréablement proche, un gouvernement découvre une manière de dominer le peuple pour le moins alléchante : grâce à une application, vous gagnez des points de bonne conduite qui vous permettent d’accéder à des privilèges dans vos assurances, votre paye, vos réductions… Ainsi, plus de crime, plus de malbouffe, tout le monde mange cinq fruits et légumes par jour et reçoit un nonosse dès qu’il a bien fait ses devoirs. Seulement voilà, outre le fait que l’appli n’est pas systématiquement au point (et vous invite à faire votre footing sous la pluie), vous n’avez plus de vie privée : vous êtes tracé en permanence, le moindre de vos faits et gestes est enregistré et collecté dans une base de données (et non je ne ferais pas de blagues sur #TousAntiCovid, j’ai déjà rempli mon quota ici). Inquiétant, me diriez-vous ? Pourtant, vous n’avez rien à cacher ! (Excepté la fois où vous vous êtes mis tout nus dans les bois et où vous avez fait un câlin à un arbre, et la fois où vous avez fait une remarque de beauf en présence d’une jeune fille charmante mais avec un sacré direct, et la fois où…)