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« Coda » : Le joyau de la fantasy épique sorti pile au mauvais moment

Les modes changent, le public aussi : à présent, la mode est aux antihéros désillusionnés à la Rick Sanchez, et la fantasy post-apocalyptique semble sur la bonne voie pour conquérir le marché du livre. Des univers contre-idéalisés, des personnages pessimistes et endurcis, un humour féroce et une ambiance cynique, tout ça ne choque plus personne, et c'est même de bon ton : après la mouvance grimdark, plus moyen pour le lecteur de merveilleux de croire au conte de fées. La réalité nous est décrite dans sa crasse, sa laideur et son absurdité, déformée par le prisme de l'imagination qui permet d'y matérialiser des questionnements éthiques et moraux de façon plus directe que n'importe quel drame. Et tout ça peut très vite me laisser de marbre : viols, torture et boucheries héroïques se révèlent bien vite tout aussi pénibles que la naïveté d'un auteur jeunesse. Seulement quand c'est bien fait et qu'il y a de l'humour dedans, nous pouvons assister à de véritables pépites sorties droit du cœur, pleines de rage de vivre et de cheminements sincères. Coda en fait partie.

« Le Veilleur du Jour » : De l’Imaginaire plus blanc que blanc

Le Veilleur du Jour continue Le cycle des contrées après Les Jardins statuaires ; on nous avait évoqué la cité décadente de Terrèbre, cette fois on plonge en plein dedans. Nous retrouvons la démarche du premier tome consistant à dresser un roman d'attente, ce que ne refera pas la saga par la suite. Et autant être franc tout de suite, c'est tant mieux. Le pari était effectivement risqué : on connaît l'influence de Julien Gracq sur Jacques Abeille, cet intérêt pour l'errance dans des lieux sombres voire lugubres à grands renforts de dialogues méditatifs, alors comment appliquer ces codes encore plus que le roman précédent pour cette fois un pavé faisant deux fois Le Rivage des Syrtes ? Sans surprise, on se retrouve avec un livre particulièrement L E N T.

Faut qu’on en parle #33 Tout n’est pas (encore) foutu

Il y a un peu plus d'un mois, je fustigeais dans un énième billet enragé aussi bien les médias moralisateurs que l'épidémie de complotisme qui s'est emparée d'une droite déjà peu reluisante ; il faut croire que j'en ai marre des vieux cons qui ne sont jamais allés de leur vie aux urgences et qui passent leur journée à dire : "C'est qu'une grippe, y'a plus de gens qui meurent du cancer" (et après on va reprocher aux jeunes leur confort et leur égoïsme). Je n'ai jamais été un optimiste et cette crise imprévue n'améliore rien ; le monde d'après sera rude, plus précarisé que jamais, et il faut encore croire au père Noël pour penser que les dirigeants deviendront plus altruistes et plus écolos. Mais un lecteur assidu de mon blog m'a fait remarquer que j'ai beau brasser de l'air autour de tout ce qui ne va pas depuis un an, je ne propose pas d'alternative, pas de bonne nouvelle capable de remonter le moral des troupes. Et c'est bien vrai : j'appelle de tous mes vœux un réveil du peuple à la fois politique, culturel et social, je supplie les gens de se réveiller de la léthargie du quotidien pour enfin agir sur ce monde décrépit ; je le fais sur Facebook, sur WordPress, certains Discord, mais je ne trouve aucune piste pour améliorer le sort de chacun. Alors pour une fois, je vais essayer de fermer un peu mon claque-mouche, laisser la parole à de grands spécialistes, et développer un peu les thèses suggérées par ce copain.

Faut qu’on en parle #32 C’est quoi votre problème avec la langue française ?

Nous avons cette capacité en France de concentrer l'opinion publique exclusivement sur absolument n'importe quel sujet pourvu qu'il ne serve à rien. En première ligne de mire après le débat sur le voile et les tenues républicaines, il y a la pureté de la langue française. Cette langue qui serait à présent assaillie par les anglicismes, les arabismes et autres métèquismes, alors qu'elle aurait traversé les âges tout en restant toujours la même. Dès lors qu'on parle d'écriture inclusive, de féminisation, de langage familier et de néologisme, Finkielkraut sort les katanas et Raphaël Enthoven prépare l'artillerie lourde. Je ne parle même pas de l'Académie française. Or si j'ai pu défendre par le passé un français assez élitiste, je me suis peu à peu rendu compte de la vacuité de vouloir préserver la pureté d'une langue.

« Magie brute » : Castagne à gogo entre clope et pinard

Larry Correia est un auteur un peu délaissé en France : officiant dans des genres avant-gardistes, davantage à droite que la plupart des lecteurs et éditeurs (il s'est d'ailleurs à l'origine du courant de tristes sires — dans tous les sens du terme — que sont les Sad Puppies), il a néanmoins vu sa trilogie Les chroniques du Grimnoir se faire publier par L'Atalante, un des rares exemples de littérature dieselpunk (le reste du sous-genre existant principalement autour d'artworks, de jeux de rôle ou de bandes dessinées). Le premier tome Magie brute a eu son petit succès de niche, et se voit désormais considéré comme une référence même par des lecteurs pas franchement libertariens. Et pour cause : il sait s'y faire, le bougre.

« Planètes » : See you space dustman…

Alors que l'éditeur WordPress s'enlaidit d'une nouvelle police pour taper ces lignes, il faut bien avouer que l'humeur chez moi n'est pourtant pas à la grogne. Difficile en effet de ne pas se sentir ému après la lecture de Planètes de Makoto Yukimura, qui s'inscrit dans cette "hard-SF d'auteur" à la Ad Astra. Fresque de plus de mille pages, elle retrace le quotidien d'un groupe d'éboueurs de l'espace, à une fin de XXIe siècle où le système solaire est en pleine colonisation. Si j'avais mes dents de vampire et que j'étais déguisé en grand méchant chroniqueur de Télérama, je dirais que Yuri, Fi et Hachimaki remplissent l'archétype du clochard céleste : leur métier est à la fois ingrat et pourtant leur permet de s'élever vers l'infini ; or c'est justement ce mélange entre trivial et sublime, quotidien et extraordinaire, qui fait la sève de cette BD.

« La douleur » : Petite critique à la Yossarian

Il est rare que je chronique mes livres de fac, il faut qu'ils soient ou bien très bons, ou bien très singuliers, ou bien les deux. La principale raison est que la littérature blanche n'étant pas ma tasse de thé, je ne m'estime pas spécialement apte à la juger (cela dit, quand j'entends "Patrick Modiano", je sors mon revolver quand même). Il est malgré tout des livres parmi elle qui marquent, et La Douleur en est un.

« Le Dictateur vs « Block 109 » : Guérir l’horreur du nazisme

Avant d'être les déités abstraites qu'invoquent votre tonton nationaliste et votre cousin végane sous la houlette de Saint-Godwin lors du dîner du Réveillon, les nazis étaient les militaires et les politiciens qui ont causé le plus de crimes contre l'Humanité : génocides, invasions malgré les traités de paix, expériences biologiques non encadrées... Leur credo aujourd'hui s'est dilué un peu partout dans les groupes d'extrême-droite, allant du néo-nazisme puriste à un nationalisme plus épuré (et c'est ainsi que les médias de notre beau pays se questionnent stérilement sur si le RN n'y fait pas des références cachées au lieu de se pencher sur les problèmes concrets de leur programme...). La monstruosité a culminé durant la Seconde guerre mondiale, un charmant petit conflit réputé pour être le plus meurtrier qui ait jamais été ; seulement voilà, les nazis ne sont pas nés à partir de rien. Un homme, Hitler, les a tous fédérés, les a menés au combat et dirigé toutes leurs atrocités ; qu'est-ce qu'on aurait pu faire pour l'arrêter ? La fiction n'a eu de cesse de l'imaginer ; je vous propose d'en analyser deux œuvres.

« Mélancolique rodéo » : Ça ne s’invente pas

Jean-Michel Jarre est un grand musicien. C'est à lui que nous devons Equinoxe, Oxygene, Zoolook (...), bref, que des grands trucs, quoi. L'idée était donc séduisante de se procurer son autobio fraîchement sortie, mais comme le format liseuse était quatre fois moins cher que celui papier, j'ai pour une fois privilégié l'achat en numérique. Il semblerait que le prix ait doublé depuis, mais le résultat ne s'est pas fait attendre : pour 5€ seulement, j'ai eu droit à une série d'émotions fortes rarement égalées en ce qui me concerne dans la non-fiction, avec l'histoire vraie la plus incroyable que j'aie découverte depuis Jodorowsky's Dune (et oui, là aussi il y a Salvador Dalí).

« Zoolook » : Mandale expérimentale

Alors que je lis son autobio, il m'apparaît que Jean-Michel Jarre est sans doute un des grands artistes avec lequel j'ai été le plus injuste : une pierre angulaire de la musique électronique, et français qui plus est, et pourtant je n'ai pas écouté le quart de sa discographie. Il m'est pourtant arrivé de le juger innovant, agréable, planant, mais je n'avais jamais jusqu'à maintenant mesuré la portée révolutionnaire du bonhomme. Bon, bien entendu, il n'est pas le seul dans son cas : Daft Punk ou Kraftwerk forment autant de références dont il me reste énormément de classiques à rattraper, sans même parler de New Order et Depeche Mode dont vous savez mon admiration, mais dont j'ai écouté beaucoup de pistes individuellement et au final peu d'albums en entier. Or si ce blog s'est détourné de la critique musicale (ayant découvert que j'étais un ignare sur presque toute la ligne, j'ai décidé pour une fois de fermer mon claque-mouches), il ne s'interdit pas d'y retourner de temps à autres, quand j'estime que j'ai quelque chose de pertinent à dire.