« Les pas perdus » : Ticket pour l’inconnu

Le théâtre moderne a pris la tangente. Pour ceux qui ne vont jamais qu'aux comédies-boulevard jouées dans les hameaux type Chèvreville-sur-Patachoux, la scène moderne a compris que le cinéma l'avait devancée de partout, niveau réalisme du jeu, décors, effets spéciaux. Comment ne pas tuer cet art ? Y'a pas 36 solutions : innover. Avec des trucs impossibles sur grand écran : surcharge de didascalies ou au contraire absence de texte superflu jusqu'à la ponctuation, décors symbolico-minimalistes, pièces de 10 000 heures, histoire récitée en monologues ou pièces chorales, comédiens qui vont zouker parmi le public au moins une fois par séance... On pourrait croire ça chiant ou bordélique, c'est sans compter le côté provocateur de nombre de metteurs en scène, d'où le fait que tout le monde dise "ah le théâtre ma bonne dame c'est vraiment plus que pour les bobos du XVIe". De sorte qu'il s'y est finalement créé une avant-garde bien plus diversifiée et intéressante que pour une bonne frange du 7e art.

« Zaï Zaï Zaï Zaï » : Aï aï aï aï ?

Je me souviens du temps de ma folle jeunesse, quand j'avais posté la vidéo la plus excitée de ma chaîne, où j'avais défendu à griffes et à corps toute la carrière que je connaissais de Fabcaro contre ses détracteurs, et tout particulièrement son chef-d'œuvre Zaï Zaï Zaï Zaï, alors que si mes souvenirs sont bons, je crois que je n'expliquais même pas en détail ce que j'y trouvais génial. Il faut dire que c'était difficile d'analyser un roman graphique à l'implicite aussi évident, et pourtant aussi subtil dans son ironie, réalisé dans un contexte historique particulier, celui post-attentats, où il exorcisait absolument tout ce qui obsédait alors la France, xénophobie, ultramédiatisation, surveillance abusive, langue de bois (...). Du coup, c'était risqué de l'adapter en pièce de théâtre alors qu'on semble enfin avoir la paix avec les terroristes (...). Cela dit, pourquoi pas : ne nous faisons pas d'illusions, c'était juste hier, et ça pourrait très bien recommencer demain. Mais alors ça me pose deux problèmes : un technique et un non-sens.