« Planètes » : See you space dustman…

Alors que l'éditeur WordPress s'enlaidit d'une nouvelle police pour taper ces lignes, il faut bien avouer que l'humeur chez moi n'est pourtant pas à la grogne. Difficile en effet de ne pas se sentir ému après la lecture de Planètes de Makoto Yukimura, qui s'inscrit dans cette "hard-SF d'auteur" à la Ad Astra. Fresque de plus de mille pages, elle retrace le quotidien d'un groupe d'éboueurs de l'espace, à une fin de XXIe siècle où le système solaire est en pleine colonisation. Si j'avais mes dents de vampire et que j'étais déguisé en grand méchant chroniqueur de Télérama, je dirais que Yuri, Fi et Hachimaki remplissent l'archétype du clochard céleste : leur métier est à la fois ingrat et pourtant leur permet de s'élever vers l'infini ; or c'est justement ce mélange entre trivial et sublime, quotidien et extraordinaire, qui fait la sève de cette BD.

« Les pas perdus » : Ticket pour l’inconnu

Le théâtre moderne a pris la tangente. Pour ceux qui ne vont jamais qu'aux comédies-boulevard jouées dans les hameaux type Chèvreville-sur-Patachoux, la scène moderne a compris que le cinéma l'avait devancée de partout, niveau réalisme du jeu, décors, effets spéciaux. Comment ne pas tuer cet art ? Y'a pas 36 solutions : innover. Avec des trucs impossibles sur grand écran : surcharge de didascalies ou au contraire absence de texte superflu jusqu'à la ponctuation, décors symbolico-minimalistes, pièces de 10 000 heures, histoire récitée en monologues ou pièces chorales, comédiens qui vont zouker parmi le public au moins une fois par séance... On pourrait croire ça chiant ou bordélique, c'est sans compter le côté provocateur de nombre de metteurs en scène, d'où le fait que tout le monde dise "ah le théâtre ma bonne dame c'est vraiment plus que pour les bobos du XVIe". De sorte qu'il s'y est finalement créé une avant-garde bien plus diversifiée et intéressante que pour une bonne frange du 7e art.

« Le monde vert » : Mère Nature est une bitch

Imaginez un monde à l'agonie, un enfer vert où toute vie serait mort pour les autres vies, une jungle titanesque s'élevant jusqu'à l'espace, une terre impitoyable où le sang ocre n'aurait pas le temps de rouiller sur l'émeraude vénéneux qu'il serait déjà léché par vos prédateurs ou leurs meurtriers. Imaginez un monde au sublime omniprésent, une forêt sans fin ni début, un univers de couleurs chatoyantes et superbes, où dansent le feu, l'eau, le vent, et une végétation prise de folie, dans une noce des éléments ininterrompue à travers les millénaires. Imaginez le Monde Vert de Brian Aldiss, dans toute sa splendeur, dans tout son danger. Et Avatar et Okhéania peuvent retourner aux vestiaires.

Rocambole + Batman + steampunk = « Le Baron Noir » !

L'idée de mélanger super-héros et steampunk est un atout pour le livre qui, s'il a sans doute déjà été usité, ne se voit guère. L'idée de faire un super-héros français à l'âge d'or du feuilleton, pourquoi pas également, car c'est de là que c'est parti mine de rien (Nyctalope, Fascinax... enfin merde, quoi, nous les français on invente le cinéma, la science-fiction, les ancêtres de Marvel et DC... Un peu de rémunération !). Alors si on me promettait un réalisme technologique par-dessus le marché, je ne pouvais que me jeter sur ce recueil de trois novellas et ressentir malgré tout un arrière-goût mitigé.

« Et l’homme créa un dieu » : Une suite à la Karim Debbache

Fatalement, Dune, c'est une guerre des fans entre ceux qui aiment juste le cycle, voire et encore, juste les premiers tomes (...), et ceux qui vénèrent la moindre bribe des prélogies, suites et spin-offs qu'ont rajoutées son fiston Brian et Kevin J. Anderson. On s'engueule sur les incohérences, on se bouffe le nez sur les fins bâclées, on sort l'artillerie lourde lorsqu'il est question du style et de l'originalité. Et moi, je dis : Relax, les gars ! Herbert aussi, il en a fait, un prélude à Dune !

« Une longue route » : Un trop long one-shot

Lui s'appelle Sôsuke, est un gamin complètement irresponsable et coureur de jupons, elle s'appelle Michi, est gentille et timide, voire effacée, ne s'affirmant jamais. Lui gueule beaucoup, elle reste polie et calme en presque toutes circonstances. Lui se farcit toutes les nanas qui passent, elle reste aux fourneaux. Et ? C'est à peu près tout sur plus de 200 pages.