« Planètes » : See you space dustman…

Alors que l'éditeur WordPress s'enlaidit d'une nouvelle police pour taper ces lignes, il faut bien avouer que l'humeur chez moi n'est pourtant pas à la grogne. Difficile en effet de ne pas se sentir ému après la lecture de Planètes de Makoto Yukimura, qui s'inscrit dans cette "hard-SF d'auteur" à la Ad Astra. Fresque de plus de mille pages, elle retrace le quotidien d'un groupe d'éboueurs de l'espace, à une fin de XXIe siècle où le système solaire est en pleine colonisation. Si j'avais mes dents de vampire et que j'étais déguisé en grand méchant chroniqueur de Télérama, je dirais que Yuri, Fi et Hachimaki remplissent l'archétype du clochard céleste : leur métier est à la fois ingrat et pourtant leur permet de s'élever vers l'infini ; or c'est justement ce mélange entre trivial et sublime, quotidien et extraordinaire, qui fait la sève de cette BD.

« Le Dictateur vs « Block 109 » : Guérir l’horreur du nazisme

Avant d'être les déités abstraites qu'invoquent votre tonton nationaliste et votre cousin végane sous la houlette de Saint-Godwin lors du dîner du Réveillon, les nazis étaient les militaires et les politiciens qui ont causé le plus de crimes contre l'Humanité : génocides, invasions malgré les traités de paix, expériences biologiques non encadrées... Leur credo aujourd'hui s'est dilué un peu partout dans les groupes d'extrême-droite, allant du néo-nazisme puriste à un nationalisme plus épuré (et c'est ainsi que les médias de notre beau pays se questionnent stérilement sur si le RN n'y fait pas des références cachées au lieu de se pencher sur les problèmes concrets de leur programme...). La monstruosité a culminé durant la Seconde guerre mondiale, un charmant petit conflit réputé pour être le plus meurtrier qui ait jamais été ; seulement voilà, les nazis ne sont pas nés à partir de rien. Un homme, Hitler, les a tous fédérés, les a menés au combat et dirigé toutes leurs atrocités ; qu'est-ce qu'on aurait pu faire pour l'arrêter ? La fiction n'a eu de cesse de l'imaginer ; je vous propose d'en analyser deux œuvres.

« La bête », tome 1 : Spirou chez les Dardenne

Être un éditeur pratiquant le capitalisme à l'américaine n'a pas que de mauvais côtés : tenez, moi par exemple, qui fais écrire la moitié de mes articles par mon jeune frère Nathan payé à coups de triques, ou plutôt non, Dupuis qui possède le seul (ou tout du moins le seul connu) héros dont la publication suit le même fonctionnement que celle des comics outre-Manche : Spirou. C'est bien simple : les droits allant à l'éditeur plutôt qu'au dessinateur, celui-ci peut à la mort, au renvoi ou à la démission de ce dernier poursuivre la série sans avoir de problèmes avec lui ou ses descendants. D'où un nombre astronomique d'auteurs et de tomes se succédant au gré des ventes, sortant des rotatives avec l'ardeur d'un des cinq russes sur six pensant que sa roulette n'est pas dangereuse (n'abîmez pas trop cette blague, c'est un ami qui me l'a prêtée). Le principal défaut de ce système, vous l'aurez deviné, est que beaucoup d'albums ne signifie pas beaucoup d'albums de qualité. Mais la principal avantage en revanche, est que pour gagner plus de public ou se dissocier de l'auteur précédent, on finit par gagner une énorme diversité.

Star Trek TAS : Grandeur et décadence des scénaristes stakhanovistes

Entre la très renommée The Next Generation et la non moins importante The Original Series, il est une série Star Trek que l'on a tendance à oublier et dont l'influence continue pourtant de se faire ressentir : après l'échec cuisant du projet Star Trek : Phase II, Gene Roddenberry accepte à contrecœur d'offrir à TOS une sorte de saison 4 sous forme d'animation, qui finira coupée en deux saisons de taille très inégale ; telle est la genèse de The Animated Series. Pas de scénario marquant, un public plutôt restreint, voilà ce qui explique qu'il s'agit de la série de loin la plus courte de toute la franchise. À noter que même la diffusion Netflix est je-m'en-foutiste : la saison 2 vient avant la saison 1 et plusieurs titres sont confondus entre eux !

« Les trois mousquetaires » : Amour, gloire et baston

Palsambleu mortecouille, mais ce blog ne connaît plus l'appel de l'aventure ! Un peu de romantisme, ventre-saint-gris ! Non, encore une fois, pas le romantisme cucul-la-praline à la Guillaume Musso, le vrai romantisme du XIXe siècle, celui de Hugo, Balzac, dont la prof de français vous parlait pendant que vous admiriez sa svelte poitrine ! Et direction la Renaissance ; qu'il me tarde d'enfoncer des portes, de corriger les gueux et trousser des servantes !

« Citoyen+ » : La start-app nation

Dans un futur désagréablement proche, un gouvernement découvre une manière de dominer le peuple pour le moins alléchante : grâce à une application, vous gagnez des points de bonne conduite qui vous permettent d’accéder à des privilèges dans vos assurances, votre paye, vos réductions… Ainsi, plus de crime, plus de malbouffe, tout le monde mange cinq fruits et légumes par jour et reçoit un nonosse dès qu’il a bien fait ses devoirs. Seulement voilà, outre le fait que l’appli n’est pas systématiquement au point (et vous invite à faire votre footing sous la pluie), vous n’avez plus de vie privée : vous êtes tracé en permanence, le moindre de vos faits et gestes est enregistré et collecté dans une base de données (et non je ne ferais pas de blagues sur #TousAntiCovid, j’ai déjà rempli mon quota ici). Inquiétant, me diriez-vous ? Pourtant, vous n’avez rien à cacher ! (Excepté la fois où vous vous êtes mis tout nus dans les bois et où vous avez fait un câlin à un arbre, et la fois où vous avez fait une remarque de beauf en présence d’une jeune fille charmante mais avec un sacré direct, et la fois où…)

TUGPÉUA #23

L'année 2020 aura connu son lot de cauchemars, entre la pandémie, les extrémismes ou le film sur Sonic. Qu'importe, car même si Noël s'annonce aussi reluisant qu'un pet d'ornithorynque, c'est l'occasion pour nous de préserver plus que jamais notre solidarité (et vu ce qui s'annonce pour la suite, on va en avoir besoin...). C'est pourquoi retrouvons-nous donc pour ce dernier TUGPÉUA de l'année, avec deux disques que j'avais hésité à mettre dans les ovnis du post-rock parce qu'ils relevaient trop peu de ce genre... et quelques autres surprises.

Star Trek TOS : Thierry la Fronde dans l’espace

Souvenez-vous : les années 60, l'âge d'or de la SF, quand on commençait enfin à daigner un peu d'intérêt pour les genre à la télé. Cette époque précise où l'on a créé ce qui devenait devenir un monument de la pop-culture avant de sombrer dans l'oubli face à Star Wars IX. Des épopées galactiques uniques, aux personnages charismatiques et aux répliques enjouées. Une ode à l'aventure et aux grands espaces, avec des scènes inoubliables et nombre de questionnements métaphysiques ; je veux bien sûr parler de... Cosmos 1999. (J'avais pensé à faire la blague avec Red Dwarf, mais visiblement personne connaît...)

« Rivages » : Wander fantasy

Il y a des livres comme ça où vous vous laissez tenter. Pas pare que ce sont des classiques ou qu'ils s'annoncent comme les prochains visionnaires, mais parce que vous pensez que vous pourrez reconnaître en eux quelque chose que vous cherchez personnellement. Dès la couverture, vous sentez qu'il se dégagera une certaine ambiance, quelque chose de pas forcément complexe ou épique comme vous en avez l'habitude, mais un désir plus difficile à définir, à combler aussi ; sans doute quelque chose de plus contemplatif. Alors vous décidez de vous l'acheter en format papier, vous attendez le meilleur moment de l'année pour le lire. Vous ne lisez pas les chroniques de vos camarades sur Internet, vous ne lisez même pas la quatrième de couverture car la phrase d'accroche a suffi à capter votre attention : "Le Seigneur des Anneaux est assurément le livre préféré des Ents. Mais Rivages pourrait bien lui aussi les séduire..." Une formule de vente faussement modeste, pas très originale dans son comparatif, mais qui l'est bien plus dans l'élément qu'il prend de l'ouvrage de référence, renvoyant à l'univers forestier plutôt que celui pseudo-médiéval comme de coutume. Alors vous le gardez dans un coin de votre chambre. Vous marchez le plus loin possible dans la forêt avant de l'ouvrir. Vous décidez de lui donner une chance.