Souvent, je ne parle que de disques dans cette rubrique ; eh bah ça peut pas nous faire du mal de changer un peu pour une fois. Vous voulez de la lecture, de la bonne bouffe, ou du bon cinéma, c’est tout de suite dans le TUGPÉUA. [jingle]

Frédéric Landragin – Comment parler à un alien ?

CommentParlerAlien

Les martiens ont pris le contrôle du site du Bélial’ : enfin un e-book quasiment dépourvu de coquilles ! Bon, je rigole, hein, la maison d’éditions reste celle de SFFF la plus qualitative de France en terme de manuscrit, et c’est pas cet essai de Frédéric Landragin sur la linguistique face à l’éventualité d’une communication avec des extraterrestres qui va me faire dire le contraire. En trois-quatre centaines de pages, cet ouvrage très accessible déballe pourtant avec une grosse densité les notions complexes mais essentielles des sciences du langage. La bibliographie est très documentée, aussi bien niveau traités qu’œuvres de SF, brassant toutes les différentes possibilités de premier contact en s’appuyant sur des expériences interethniques réelles tout comme des spéculations liées à des possibilités biologiques n’ayant rien à voir avec les nôtres. Au point que les quelques erreurs n’en sont que plus difficilement pardonnables : on va passer sur les chipotages (le latin n’est pas une langue morte vu qu’on la parle encore au Vatican, selon les définitions données une langue ne peut pas être gestuelle), mais ce qui m’a vraiment fait tiquer c’est quand il me dit : « Le catalan est la langue la plus proche du français »… Bon, pourquoi pas, mais l’extrait présenté, c’est de l’espagnol.

Ce qui va donner envie de dire aux trois clampins du fond : « Ayaya, la vulgarisation c’est pas bien ! », alors que c’est franchement pas vrai. Parce que l’ouvrage reste rédigé avec un sérieux exemplaire, et au-delà de son domaine-phare donne aussi différentes clés sur les langues de fiction et la formation des langages humains, et parce que la vulgarisation, ça reste le meilleur outil pour éviter que seule une élite formée s’empare du savoir alors que le peuple lui s’en désintéresse… Mais on rentre dans la politique. Alors soyons brefs et simples : ce livre est passionnant, simple, ludique, et terriblement intelligent. Nébal et FeydRautha vous en parleront mieux que moi.

Couac n°7

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C’est quand même assez dingue de se dire que dès le premier coup d’œil, même si Couac ne s’en revendique pas, on a affaire un journal anarchiste ou sympathisant avec ceux-ci. Toutes les illustrations relèvent d’un art brut peu commun ailleurs que bien enfermé dans les musées ou les bureaux de patrons, s’affranchissant de toutes les règles graphiques de proportions comme de perspective, le fameux « art dégénéré » que combattaient en leur temps les fascistes, véritable symbole de rébellion envers toute règle préétablie.

Il faut dire que la presse d’extrême-gauche va bon train à Saint-Étienne. Pour suivre les gilets jaunes plutôt de la frange révolutionnaire et connaître tout de leur point de vue et leurs revendications, achetez Le Gueuloir bien que je ne sais pas s’il paraît encore ; pour suivre la très prolifique association Jeunes Communistes avec une très bonne vulgarisation du marxisme vient d’apparaître Le Crassier Rouge. Contrairement à ce qu’a apparemment fait penser un certain article, je ne suis pas hostile aux idées anars et communistes ; c’est même un des courants de pensée qui m’intéresse le plus, mais si vous voulez tout savoir, je préfère pour l’instant rester plus progressiste tout en soupesant chaque aspect des problèmes sociaux difficilement niables engendrés par le capitalisme actuel.

Le Couac mène ses enquêtes sous un œil sarcastique, rédigeant ses enquêtes avec le même acide que ses dessins, donnant au tout un solide parfum d’underground ; néanmoins, c’est bien l’humain qui reste en permanence au centre de ses revendications. Au-delà de ses prises de position politique, c’est une gazette qui s’efforce de dénoncer la moindre injustice, certes à un niveau local, mais de la manière la plus exhaustive possible, dans l’espoir d’un monde s’attachant moins au bizness qu’à ceux qui le font marcher. Qu’on soit d’accord ou non avec son lectorat, il n’en reste pas moins un document précieux de notre Histoire contemporaine.

Le café du Méliès

Quitte à causer boustifaille de temps à autre sur ce blog, autant vous parler du café que je tiens le plus dans mon cœur : celui du cinéma Méliès, à Saint-Étienne encore une fois (moi, chauvin ?!). L’ambiance cinéphile y est garantie par la déco : outre les nombreuses affiches, tableaux et magazines entassés faisant référence à telle ou telle série B, pellicule ou scène emblématique du Nouvel Hollywood, le (malheureusement ?) fameux design stéphanois sait s’estomper derrière des allures de vieux bar des années 30. On est d’accord, il y a ce côté un peu nostalgique / c’était-mieux-avant ; mais l’établissement sait se parer de quelques touches de moderne.

Et puis bon, faut dire ce qui est, on y mange bien : les cookies et chocolats chauds sont onctueux, les charcuteries un peu fortes mais remplissant son homme, la variété d’alcool pour autant que j’ai pu en voir semble variée, et bien que n’ayant aucun souvenir de la musique de fond, je peux vous garantir qu’il n’y a pas d’NRJ ou de radios inféodées. Le Méliès nous avait déjà prouvé qu’il était un bon cinéma, il nous prouve à présent qu’il sait se faire fin gastronome.

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Taika Watiti – Jojo Rabbit

jojo_rabbit-509852787-large.jpgEh oui, fallait s’y attendre : j’ai adoré Jojo Rabbit. On pourra reprocher à ce film d’utiliser un élément politiquement incorrect pour délivrer un message politiquement très correct ; mais en ces temps laborieux, tout ce qui n’est pas ce en quoi vous croyez ou qui force un peu la patte est du politiquement correct. Le fait est que quand tu fais de l’ami imaginaire de ton gosse Adolf Hitler, ou bien tu vas au bout de ton délire et tu fais une comédie super-trash mais alors qui sort complètement du regard d’enfant, ou bien tu nuances ton second degré en ajoutant une touche de message positif. Ce long-métrage choisit la seconde option et s’avère entièrement cohérent de ce point de vue.

Alors OK, c’est est un peu lourdement expédié par moments, mais Taika Waititi sait filmer l’enfance, l’intimité entre copains de dortoir, la relation avec une grande sœur, la jalousie du premier amour, sans niaiserie aucune vu que c’est toujours au service de l’humour, jamais présent pour se foutre de ses personnages, mais pour au contraire te flanquer une mandale vingt minutes plus loin quand tu te rends compte de la noirceur derrière l’humour. Tout est parfaitement maîtrisé, les scènes où il y a du comique, les scènes où il y a du tragique, et celles (presque tout le temps) où il y a les deux à la fois. Des petits nazis en camps de vacances aux uniformes abracadabrants, tout fonctionne à merveille, toujours caustique mais jamais noir, car terriblement humain.

C’est en voyant des films comme Jojo Rabbit ou Yesterday qu’on se rend compte qu’à moins de s’appeler Quentin Dupieux ou Nicolas Bedos, les comédies américaines ont énormément à apprendre à celles françaises. Les acteurs jouent superbement bien (même quand ils surjouent), chaque plan possède une direction photo impeccable, l’idée de base est originale, le scénario évite tout courant réac et sait faire naître un véritable attachement, bref, c’est des gens qui ont compris que le cinéma drôle ça reste du cinéma. Que la comédie c’est pas que pour rire. Et qu’un enseignement caché sous des traits bouffons peut renfermer bien plus de graines qu’un savoir sérieux.

Erik Wernquist – Wanderers

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Et pour finir, intéressons-nous une peu aux formes les plus marginales de la poésie : celle visuelle et celle… de hard-SF. Le court-métrage Wanderers vient concilier les deux avec une nouvelle expérimentation de la texture narrative, faisant l’inventaire des différents modes de vie possibles une fois la colonisation de l’espace lancée (si jamais elle décolle un jour — c’est le cas de le dire). Bien sûr, l’appréciation variera selon si vous aimez ou non le thème ; certains trouveront que le tout sans aucune histoire par-dessus n’offre au final qu’une simple rêverie, les autres seront totalement subjugués par la beauté et la minutie de ces trois minutes. Impossible, pourtant, de rester de marbre devant autant de sense of wonder.

Wanderers est un trip à travers le Système solaire exultant ce qu’il a de plus immense, de plus spectaculaire ; l’homme erre dans la beauté et le gigantisme et parvient à en créer à son tour ; pourtant il reste minuscule face à la Création qui l’entoure. Toutes les techniques imaginées par la hard science pour vivre dans l’espace sont visibles à l’écran, qu’elles aient plus ou moins été exploitées auparavant, tentant par moments des idées tout simplement complètement dingues. Un film qui parvient à concilier le sensoriel avec l’intellectuel du monde de la technique, c’est rare et quand ça y arrive, c’est du pur émerveillement. Après, je vous dis ça, c’est pour votre culture…

2 commentaires sur « TUGPÉUA #14 »

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