Livre lu pour le challenge de Ma Lecturothèque (36/48)

Une Heure-Lumière, comme j’en parlais précédemment, se porte comme un charme et comprenez par là qu’elle fait exploser au tank américain les compteurs de la SF en France. Et forcément, qui dit nouvelles parutions UHL dit la nouvelle plus belle couverture jamais réalisée par Aurélien Police (donc par un mortel), dit critique positive sur L’épaule d’Orion d’un super bouquin qui sera bientôt traduit, et dit PECD (Personnal Economies Collapse Disaster).

C’est donc Acadie de Dave Hutchinson qui vous est recommandée céans, car il s’agit sans doute de LA novella SF de l’année en matière de divertissement, et avec quelques fonds de réflexion solides. Et ce avec comme toujours une musique… adaptée au titre.

Worldbuilding*

*Le rigodon du gros dindon, 2007

L’espace commence à être conquis. L’Agence implante partout ses colonies, y compris sur des planètes pas toujours très sympas, et comme dans Alien, les déplacements supraluminiques sont lents, TRÈS lents. Mais comme si on ne se marrait pas assez, toute innovation dans certains pôles de recherche est sévèrement réprimé : prenez l’amélioration génétique des humains, qu’ils puissent survivre ou vivre mieux dans l’espace, par exemple ; Isabel Potter, savante de génie, se voit ainsi persécuter par les gouvernements du monde entier au point qu’elle s’enfuit dans l’espace. Ni une ni deux, notre bonne femme va tenter de créer sa société à elle.

Quatre cents ans plus tard, Duke, avocat raté, se fait solliciter pour un fait d’armes qu’il a tôt fait de regretter, afin de rejoindre cette légendaire Colonie à l’emplacement inconnu. Là, il y découvre une société exotique, où le système politique est régi de manière à éviter tout abus de pouvoir (d’une façon… surprenante), et où chaque humain a le droit de disposer comme il le veut de son propre génome. Ce qui n’est pas sans créer des situations cocasses… Seulement voilà, l’Agence a la peau dure et des gros canons lasers, et voilà qu’un beau jour une sonde détecte le système où ils se sont installés…

Ambiance, drama, personnages*

*Choubidou oui (2013)

Le ton général du livre est particulier, présentant un humour parfois très bon enfant, mais avec un côté très technique / politique derrière. L’idée générale est : qu’est-ce que vous feriez si vous pouviez tout maîtriser par la génétique ? Et les dérives peuvent s’avérer aussi amusantes et dépaysantes que bizarroïdes. Mais cela se traduit aussi par : qu’est-ce que vous feriez si vous connaissiez tout de la génétique ? et donc : si vous étiez un génie ? Et là, on constate que les grands esprits ne se rejoignent pas forcément…

Tout cela est regardé par l’œil extérieur de Duke, un parfait archétype du loser cynique qui tente d’être à la hauteur des tâches qu’on lui a confiées. Et je dis bien archétype, et pas stéréotype : de fait il est très réussi dans son style, le type qui doit sortir tout le monde du caca alors qu’il a pas spécialement envie, mais dont on devine le courage sous l’armure. Tout cela en fait un antihéros auquel on ne s’attache pas directement, dont on rit de ses déveines mais aussi dont on s’attriste et s’intéresse à ses échecs et ses tentatives de faire mieux.

Et pourtant finalement il semble s’en tirer à bon compte. Puis un nouvel élément entre dans le récit alors qu’il semble, même s’il est remarquable, ne rien avoir en commun avec le reste des thématiques. Une première révélation est faite, qui semble d’abord maladroite… mais quand vient le twist, mes amis, alors là tout devient clair et glaçant. Doit-on interpréter le texte comme une charge sans appel au transhumanisme et à Monsanto ? En tout cas, il s’agit d’une sérieuse mise en garde…

Des défauts ? Quels défauts ?!*

*Une p’tite bière dans le bois (2016)

Alors évidemment, avec un dénouement aussi noir, autant vous prévenir que ce texte ne plaira pas à tout le monde. Toujours est-il que Dave Hutchinson est très astucieux de réutiliser toutes sortes de tropes de la SF (IA, manipulations génétiques, utopie / dystopie, conquête spatiale à la dure, loser magnifique) déjà existants pour les agencer de façon à en faire quelque chose de résolument neuf (je ne peux pas m’étendre davantage sans spoiler). Là où ça coince un peu, c’est qu’on essaye de suivre des personnages de manière prosaïque, utopie ou pas ; par conséquent, la vulgarité est parfois de mise au point de rappeler La République des Voleurs (on est quand même bien au-dessus en terme de qualité). Un autre léger défaut est qu’on passe au final assez vite sur le fonctionnement de l’utopie ; on cherche peu à approfondir davantage l’aspect sociétal, économique, idéologique, ect. Enfin, pour rendre son twist percutant, l’auteur est obligé de sortir des gros sabots en matière de peur de la génétique, ce qui rend la novella un peu manichéenne malgré son pessimisme.

Mais du reste… Quelle maîtrise, quoi ! Suspense, réflexion, humanisation peu à peu du personnage principal, et dès lors que le roman commence à devenir ennuyeux et qu’on peine à voir où il veut en venir, c’est aussitôt pour vous coller une claque magistrale derrière. Hutchinson ne bâcle rien, que ce soit par son style vif et pince-sans-rire, l’univers décrit avec ses techniques et ses différents lieux et situations, et enfin les fusils de Tcheckov amenant à sa chute implacable. Chapeau, l’artiste.

Conclusion*

*Sexy Woman (2016)

Acadie est un très bon texte et sans doute une des meilleures parutions de cette année. Court, coup-de-poing, novateur, complexe et prenant en même temps le parti pris d’être drôle, il s’agit tout du moins d’une des plus singulières. C’est pourquoi vous avez tout intérêt à le découvrir pour peu d’avoir les tripes bien accrochées. Après je dis ça, c’est pour votre culture…

On découvre la bêtise cosmique aussi chez : FeydRautha, Dyonisos, Célinedanaé, Nicolas Winter, Stéphane Gallay, Yossarian

4 commentaires sur « « Acadie » : Le book qui va te dérencher la cervelle ! »

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