Stoppez tout, arrêtez tout, il est arrivé, le nouvel hors-série de la collection Une Heure-Lumière. Nous voici donc avec la cuvée 2020, à la couverture plus flamboyante que jamais (oui mais gneu gneu gneu c’est Aurélien Police et il fait que dessiner des gens de profil, la preuve c’est que le type il est de dos). Cet article a été quelque peu retardé à cause d’autres planifiés entretemps, le voici désormais sur vos écrans ; ça va plus s’apparenter à une simple recommandation qu’une véritable critique fouillée, et ce malgré qu’à cette heure les exemplaires doivent être épuisés, mais tannez vos copains pour qu’ils vous prêtent le leur, parce que ça vaut franchement le coup.

Un 400 mètres dans l’espace : traduire « Une Heure-Lumière »

Cette année, les traducteurs sont à l’honneur dans la partie « making-of » de la collection, avec une série de courts entretiens assez inégaux, mais qui forment un très bon ensemble : il y a quelques redites d’une personne à l’autre, mais les interviewés sont parvenus à raconter les astuces et difficultés de leur métier sans verser exagérément dans la précision technique.

Retour à n’dau

S’ensuit cette novelette qui demande un certain bagage déjà en SFFF pour être pleinement appréciée. Après un début assez rude, on comprend que nous sommes sur Ping, un monde colonisé il y a des millénaires par les Terriens dont le soleil frappe toujours les régions de la même manière : pour celle-ci ce sera Midi, pour celle-là ce sera l’Aube. Il s’agit d’un de ces astres improbables car de toute évidence privés de rotation, ayant déjà ébréché ma suspension d’incrédulité dans Le monde vert. Mais peu importe.

Katia vit à n’dau, la région du monde qui semble la plus équilibrée, où l’ombre du soleil fait la même taille que les objets. Sa vie est celle d’une terrienne ayant depuis des générations abandonné toute technologie avancée, vivant sobrement de ses chevaux et ses chiens. Capturée par des barbares, elle découvre qu’ils sont menacés par une terrible maladie qui s’attaque à tous les chevaux de Ping…

D’une part, on ne peut que saluer l’initiative d’avoir traduit ce texte de Kij Johnson pour son aspect ethnique : Retour à n’dau est une histoire extrêmement dense mais exceptionnellement fluide d’un bout à l’autre, à l’exception des quelques paragraphes du début brisant le show don’t tell pour expliquer au lecteur les concepts les plus ardus. On y découvre donc différents peuples vraisemblablement inspirés de la Mongolie, ayant inventé leurs propres moyens de communiquer (avec des sifflets), de se vêtir (selon vos intentions), de mesurer le temps (en prenant la durée moyenne de la vie d’un chien)… Une telle compréhension des peuples méconnus est encore trop rare dans notre Imaginaire si balisé, quand l’une de ses plus grandes fonctions est justement l’ouverture à l’Autre (selon mon humble avis). Le seul (très léger) reproche que je pourrais y faire est que les autochtones possèdent une vision tout à fait occidentale de la mort : on la cache aux enfants plutôt que de la leur faire accepter, alors que tout indique sur ce monde une existence relativement rude.

À ce moment, vous vous dites : minute, un hard worldbuilding pareil, ça cache forcément quelque chose ; est-ce que c’est au niveau des personnages ou du style que ça part en sucette ? Mais même pas, les persos sont au centre, avec une plume particulièrement sensible. Si l’idée d’un monde où toutes les régions correspondent à des périodes de la journée ne sert techniquement à rien dans le récit, il accentue cependant le déracinement de l’héroïne dont on ressent avec elle sa douleur d’avoir tout perdu, sa famille, sa liberté, et bientôt ses chevaux. On est sur une gravitas qui ferait passer Le poney rouge pour Horseland : tout semble crier le désespoir, jusqu’à la fin où l’on voit le bout du tunnel.

Très beau texte sur le deuil et la résignation, Retour à n’dau possède toute mon estime et s’avère pour l’instant le plus délicat récit de SF que j’aie découvert de cette année (les deux autres étant Samsam, le film et Tenet, ça n’était pas difficile, cela dit…). J’hésite encore un peu à l’auréoler d’un « lu et approuvé », le reste du livre m’ayant honnêtement moins intéressé : mais ses défauts sont tellement minimes qu’il serait bête de s’en priver.

Catalogue Une Heure-Lumière 2020

Comme prévu, le catalogue opte désormais pour un format plus économe en papier. Rien qui m’excite spécialement dans les nouvelles parutions que je n’aie pas déjà commandé, et si je chronique un jour le quatrième hors-série de la collection, il y a de fortes chances pour que je ne parle plus de cette rubrique…

Conclusion

Une Heure-Lumière reste inlassablement une collection de très haute qualité, et trouve toujours d’excellents textes pour fêter ses anniversaires. J’espère encore être de la partie l’année prochaine, parce que bon, vu que vous aurez sans doute du mal à en trouver des exemplaires, c’est pas trop pour votre culture, mais pour la mienne quand même…

On ne cherche plus Midi à 14 heures aussi chez : Apophis, …

2 commentaires sur « « UHL HS 2020 » : Une vraie vie de chien »

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