« Le Veilleur du Jour » : De l’Imaginaire plus blanc que blanc

Le Veilleur du Jour continue Le cycle des contrées après Les Jardins statuaires ; on nous avait évoqué la cité décadente de Terrèbre, cette fois on plonge en plein dedans. Nous retrouvons la démarche du premier tome consistant à dresser un roman d'attente, ce que ne refera pas la saga par la suite. Et autant être franc tout de suite, c'est tant mieux. Le pari était effectivement risqué : on connaît l'influence de Julien Gracq sur Jacques Abeille, cet intérêt pour l'errance dans des lieux sombres voire lugubres à grands renforts de dialogues méditatifs, alors comment appliquer ces codes encore plus que le roman précédent pour cette fois un pavé faisant deux fois Le Rivage des Syrtes ? Sans surprise, on se retrouve avec un livre particulièrement L E N T.

« Magie brute » : Castagne à gogo entre clope et pinard

Larry Correia est un auteur un peu délaissé en France : officiant dans des genres avant-gardistes, davantage à droite que la plupart des lecteurs et éditeurs (il s'est d'ailleurs à l'origine du courant de tristes sires — dans tous les sens du terme — que sont les Sad Puppies), il a néanmoins vu sa trilogie Les chroniques du Grimnoir se faire publier par L'Atalante, un des rares exemples de littérature dieselpunk (le reste du sous-genre existant principalement autour d'artworks, de jeux de rôle ou de bandes dessinées). Le premier tome Magie brute a eu son petit succès de niche, et se voit désormais considéré comme une référence même par des lecteurs pas franchement libertariens. Et pour cause : il sait s'y faire, le bougre.

« L’épée brisée » : Quel souffle !

J'avais jusqu'ici encensé Poul Anderson sur mon blog, cette fois je rajoute un cierge ; auteur aux multiples facettes, s'étant illustré dans la hard-SF, le space opera, le time opera, et, comme on va le voir maintenant, la swords and sorcery, il publie L'épée brisée en 1954, soit la même année que Le Seigneur des Anneaux. Durant les invasions vikings, Imric le roi des elfes vole un bébé humain dans le désir d'avoir un fils ; l'enfant devient Skafloc, vaillant guerrier lors de la guerre contre les trolls. Pourtant, cette dernière tourne en eau de boudin, et il part faire forger à nouveau une épée que lui ont offert les dieux à sa naissance. Une épée que l'on dit redoutable, mais aussi maudite afin de ne pas rendre son possesseur surpuissant. Et qui finit, tôt ou tard, par se retourner contre lui. Sans compter que Skafloc a un ennemi dans l'ombre, presque un frère qui le haït pourtant, et les destinées des deux hommes sont irrémédiablement liées...

« Les jardins statuaires » : Vaninaaa ouahou ouahou !*

Dans mon éternelle quête de dresser un bilan de la fantasy française digne de ce nom et sur les conseils du camarade Yossarian, j'ai décidé d'entamer le Cycle des Contrées de Jacques Abeille. Clôturé l'année dernière seulement (enfin, l'auteur affirmait déjà l'avoir achevé en 2016, comme quoi on n'est jamais à l'abri d'une nouvelle conclusion), il s'agit d'un des classiques méconnus cherchant (et parvenant) à renouer entre ce genre honni et la littérature blanche, ici par le prisme du surréalisme tardif. Écrit dans les années 70, publié en 82, le premier tome, Les Jardins Statuaires, a été une galère éditoriale (et on se demande pourquoi une notice en fin de livre n'explique pas ce parcours du combattant) ; toujours est-il qu'il ressort malgré tout à partir de 2013 dans la maison d'éditions Attila (depuis renommée Le Tripode, pour vous la faire court), le tout dans un ouvrage particulièrement soigné visuellement.

« Les trois mousquetaires » : Amour, gloire et baston

Palsambleu mortecouille, mais ce blog ne connaît plus l'appel de l'aventure ! Un peu de romantisme, ventre-saint-gris ! Non, encore une fois, pas le romantisme cucul-la-praline à la Guillaume Musso, le vrai romantisme du XIXe siècle, celui de Hugo, Balzac, dont la prof de français vous parlait pendant que vous admiriez sa svelte poitrine ! Et direction la Renaissance ; qu'il me tarde d'enfoncer des portes, de corriger les gueux et trousser des servantes !

« Une forme de guerre » : C’est pour la Culture

Une déferlante d'articles s'apprête à avoir lieu sur le paisible blog de C'est pour ma culture. Le capitaine Sylvain la Scribouille, qui comme d'habitude en parfait imbécile avait promis au début de 2020 monts et merveilles à ses abonnés, se trouve d'un coup pris en étau en constatant qu'une année ne comporte que 365 jours. C'est d'ores et déjà râpé pour les films à cause des envahisseurs covidiens ; également pour la série Dark Crystal, parce que monsieur est une feignasse et qu'il n'a vraiment pas le goût en ce moment. Reste à remplir le contrat en lisant les livres qui lui manquent sur son planning ; alors autant commencer par le tome 1 (ou 3, c'est selon grâce à la magie des éditions françaises) du prestigieux cycle de la Culture.

« L’empire ultime » : Bolchegeek fantasy

Brandon Sanderson est un écrivain... qui partage pas mal de points communs avec moi en fait : passionné de SFFF, croyant pas mal tourmenté, très intéressé par les questionnements sociaux, c'est en 2006 qu'il sort le premier tome de Fils-de-brume, une trilogie déjà considérée comme un classique de la fantasy même envers ses critiques les plus sévères (l'antre terrible des forums d'Atramenta). Un ouvrage qui précède de peu le krach boursier de 2008, donc, date à partir de laquelle selon le camarade Alfaric, la fantasy anglo-saxonne, déjà souvent à gauche, s'est mise à critiquer de plus en plus vertement le capitalisme ; on ne s'étonnera donc pas complètement que si ce tome 1 reprend le schéma classique "jeune héroïne naïve se dresse contre empereur injuste grâce à ses pouvoirs insoupçonnés", on y retrouve quelques éléments bien inspirés de... la lutte des classes !

« Singularité » : Baston cosmique

Le souvenir de Gravité s'améliore comme le bon vin, il reste à découvrir la suite du Cycle des Xeelees. Rendez-vous donc dans l'espace d'ici quelques millénaires, où les Qax, des extraterrestres pourtant pas spécialement redoutables, ont réduit la Terre en esclavage, puisqu'on était tellement bleus qu'on ne connaît rien du vaste univers autour de nous. En effet la plupart des civilisations spatiales sont infiniment plus puissantes qu'homo sapiens, et recherchent toutes des atrefacts laissés par les Xeelees, à côté de qui elles ne sont que des nains...

« Tau Zero » : Point zéro-G

Il y a des années de ça, quand j'étais tout gamin, j'avais décidé me jeter dans une quête perdue d'avance, une tentative encore plus désespérée que de faire taire un tonton raciste le soir du Réveillon : écrire une nouvelle de hard-SF. Autant vous dire que pour le turbo-filière L que j'étais, incapable de résoudre une addition sans remuer les lèvres et bardé d'acolytes fins connaisseurs de ganja, je me faisais atomiser mon cousin passionné d'astrophysique en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "détonateur à neutrons". J'imaginais pourtant cette histoire d'astronautes allant à une vitesse extraordinaire, tant et si bien qu'ils verraient l'Univers grandir puis se rétracter autour d'eux, traversant les éons dans un océan de gigantisme. Cette histoire, elle existe déjà, c'est Tau Zéro de Poul Anderson.

[anatèm] : Pour vous réconcilier avec les maths

Quand un livre fait le buzz sur la blogosphère et que vous êtes devenus de vieux briscards comme moi désillusionnés de la vie, de l'amour et de L'Écran Fantastique, vous avez toujours une crainte que celui-ci ne vous plaise pas et que vous passiez complètement à côté de ce qui pourrait être un grand bouquin. D'autant plus s'il est ardu (je le sais, je suis en train de lire Le bureau des sabotages, et comme le dit Maître Gims, j'en ai bavé comme jamais !) ; que nous réserve donc [anatèm] de Neal Stephenson, coqueluche de la science / philosophie-fiction qui avait défrayé la chronique voilà 1 an et demie ? Eh bien, chers petits amis rageux, vous pouvez d'ores et déjà faire une croix sur cet article, car je ne râlerais après rien ni personne, pour la bonne raison que j'ai beaucoup aimé. Et j'irais même plus loin : du Cycle de Fondation, du Nom de la Rose ou de La horde du contrevent, si vous aimez au moins un seul de ces trois livres, vous avez toutes les chances d'adorer celui-ci.