« La bête », tome 1 : Spirou chez les Dardenne

Être un éditeur pratiquant le capitalisme à l'américaine n'a pas que de mauvais côtés : tenez, moi par exemple, qui fais écrire la moitié de mes articles par mon jeune frère Nathan payé à coups de triques, ou plutôt non, Dupuis qui possède le seul (ou tout du moins le seul connu) héros dont la publication suit le même fonctionnement que celle des comics outre-Manche : Spirou. C'est bien simple : les droits allant à l'éditeur plutôt qu'au dessinateur, celui-ci peut à la mort, au renvoi ou à la démission de ce dernier poursuivre la série sans avoir de problèmes avec lui ou ses descendants. D'où un nombre astronomique d'auteurs et de tomes se succédant au gré des ventes, sortant des rotatives avec l'ardeur d'un des cinq russes sur six pensant que sa roulette n'est pas dangereuse (n'abîmez pas trop cette blague, c'est un ami qui me l'a prêtée). Le principal défaut de ce système, vous l'aurez deviné, est que beaucoup d'albums ne signifie pas beaucoup d'albums de qualité. Mais la principal avantage en revanche, est que pour gagner plus de public ou se dissocier de l'auteur précédent, on finit par gagner une énorme diversité.

« Le Plongeon » : Un EHPAD, des fesses, de l’amour et des rides !*

Ça fait bien longtemps que je n’ai plus aucune confiance dans les maisons de retraite, qu’on nous fait maintenant appeler « EHPAD » et que j’appelle plus volontiers « sanitarium », « mouroir » ou « prison pour vieux » : le fait est qu’avec un personnel constamment débordé, des locaux semblables à ceux d’hôpitaux soit à peu près aussi agréables qu’un couloir de la mort, des endroits où c’est bien souvent votre famille ingrate qui vous enferme pour ne plus vous subir durant les dîners de famille, j’ai l’impression qu’on se sent vieillir et perdre sa santé aussi bien que la boule bien plus vite. Me faites pas dire ce que j’ai pas dit : garder ses aïeux chez soi, c’est pas souvent meilleur, au Japon c’est la tradition mais ça crée des situations familiales compliquées. Au final, c’est toujours la même question qui revient : qu’est-ce qu’on fait de nos vieux ? On les parque dans un coin où il ne risque rien de leur arriver ? ou on les laisse faire ce qu’ils veulent, quitte à ce qu’il leur arrive des accidents ? Et dans nos sociétés matérialistes où porter le dentier n’a plus rien de sacré, on choisit bien souvent l’option 2.

TUGPÉUA #23

L'année 2020 aura connu son lot de cauchemars, entre la pandémie, les extrémismes ou le film sur Sonic. Qu'importe, car même si Noël s'annonce aussi reluisant qu'un pet d'ornithorynque, c'est l'occasion pour nous de préserver plus que jamais notre solidarité (et vu ce qui s'annonce pour la suite, on va en avoir besoin...). C'est pourquoi retrouvons-nous donc pour ce dernier TUGPÉUA de l'année, avec deux disques que j'avais hésité à mettre dans les ovnis du post-rock parce qu'ils relevaient trop peu de ce genre... et quelques autres surprises.

TUGPÉUA #22

Papa Noël s'en va acheter quelques milliards d'attestations de visites à domicile, et la fin d'année s'annonce pour moi aussi un brin hardcore. Il me reste encore des milliers de pages à lire pour la fac et pour le blog, sans parler des disques à écouter, des émissions radio à préparer, des films et séries à voir dans la mesure du possible, du théâtre que je n'aurais pas évoqué de l'année... ah, oui, et les cadeaux, ce truc sur lequel on se penche toujours le 23 décembre. Le bon côté des choses étant que je ne devrais en principe pas trop à avoir à bouger de chez moi (rire sarcastique), tentons à présent de combler un peu notre retard en proposant à nouveau deux articles par semaines, à commencer par celui-ci.

« Les Profondeurs d’Omnihilo » : Rétrospective

Le mois d'août s'étire comme une vieille chaussette et les vacances touchent à leur fin. Quoi de mieux pour vous gâcher votre pré-rentrée que de vous raconter une des plus grosses déceptions de ma préadolecence ? Comme refaire mes vieilles critiques brutes de décoffrage Babelio avec un peu plus d'arguments, de structure et d'idées au clair devient une tradition sur mon blog (...), j'ai donc décidé de revenir brièvement sur Les Profondeurs d'Omnihilo, BD jeunesse apparue dans l'indifférence générale durant les années 2000, publiée à BD Kids et parue auparavant en feuilleton dans Moi, je lis.

« Le patient » : Dexter va chez Boule à zéro

C'est toujours le même frisson quand on ouvre un Thimothé Le Boucher, qu'il s'agisse de la finesse et de l'épure du trait en même temps de sa précision et de sa mise en couleurs (bien que certaines cases de l'édition papier de Ces jours qui disparaissent me semblaient un peu vides), des protagonistes uniques dans l'humour et le naturel qu'ils dégagent, ou bien du scénario très simple à la base qui se complexifie jusqu'à devenir un mindfuck improbable. Seulement voilà, comment faire pour repartir après une œuvre magistrale qui a fini top 1 dans les livres 2019 d'un grand blog prestigieux ? Eh bien, on fait quelque chose de plus long, de plus protéiforme et d'à peine moins bien.

« Préférences système » : La SF façon film français

Vous connaissez le mantra : d'un côté il y a ceux qui disent que les films français, c'est forcément de la m****, et donc qu'il faut surtout pas que les producteurs français quittent leurs bonnes vieilles comédies bas de plafond pour se mettre à faire du cinéma de genre. Et puis il y a ceux qui pensent que le problème vient de l'œuvre en elle-même plutôt que du groupe ethnique de ses concepteurs, et donc qu'un film français n'est théoriquement pas obligé de se placer sous la trinité Kev Adams / Jeff Tuche / Christian Clavier. Je pense la seconde hypothèse un peu plus vraisemblable...

« Les Indes Fourbes » : Que l’on écoute son histoire avec force ripaille !

Alain Ayroles est le seul artiste à me faire aimer la Renaissance. Depuis une vingtaine d'années, notre énergumène écume la BD française avec des BD rendant hommage au passé, s'étendant du XVe au XVIIIe siècle, avec Garulfo, s'inspirant sensiblement de la toute fin du Moyen Âge pour créer un décor de conte de fées, à De Capes et de Crocs, un feuilleton rétrofuturiste de 12 tomes par lequel il a réussi à se faire connaître au grand public en reprenant les codes des récits de capes et d'épées. (...)

Alors fatalement, après une œuvre aussi monumentale vient forcément la question : comment se renouveler ? Voilà-t'y pas qu'il décide de s'associer avec Guarnido, dessinateur de Blacksad, pour créer une suite à un classique tombé dans l'oubli des romans picaresques espagnols parodiant ceux de chevalerie : El Buscón, narrant la vie de l'escroc notoire Pablos de Ségovie, qui à la fin du livre s'en allait à la conquête des Amériques, faire fortune en honnête explorateur. À quelques entorses près, comme il se doit.

« L’escadre frêle » : C’est génial, qu’est-ce que vous voulez que je dise de plus ?

On l'attendait la bave aux lèvres, et c'est le Damasio que je retiendrais de cette année, plutôt que la hype sur Les Furtifs aussi démesurée que la bêtise d'un 20 heures. ENFIN, L'escadre frêle est sortie. ENFIN, la suite de l'adaptation de La Horde du Contrevent en BD qui a selon moi surpassé l'œuvre du maître. Et comme le prouve la parution des versions black & chrome des deux tomes, malgré L ' I N C R O Y A B L E   T E M P S   À   A T T E N D R E   L A   S U I T E, ça s'annonce bien bien bien bien bien.