« Coda » : Le joyau de la fantasy épique sorti pile au mauvais moment

Les modes changent, le public aussi : à présent, la mode est aux antihéros désillusionnés à la Rick Sanchez, et la fantasy post-apocalyptique semble sur la bonne voie pour conquérir le marché du livre. Des univers contre-idéalisés, des personnages pessimistes et endurcis, un humour féroce et une ambiance cynique, tout ça ne choque plus personne, et c'est même de bon ton : après la mouvance grimdark, plus moyen pour le lecteur de merveilleux de croire au conte de fées. La réalité nous est décrite dans sa crasse, sa laideur et son absurdité, déformée par le prisme de l'imagination qui permet d'y matérialiser des questionnements éthiques et moraux de façon plus directe que n'importe quel drame. Et tout ça peut très vite me laisser de marbre : viols, torture et boucheries héroïques se révèlent bien vite tout aussi pénibles que la naïveté d'un auteur jeunesse. Seulement quand c'est bien fait et qu'il y a de l'humour dedans, nous pouvons assister à de véritables pépites sorties droit du cœur, pleines de rage de vivre et de cheminements sincères. Coda en fait partie.

« Planètes » : See you space dustman…

Alors que l'éditeur WordPress s'enlaidit d'une nouvelle police pour taper ces lignes, il faut bien avouer que l'humeur chez moi n'est pourtant pas à la grogne. Difficile en effet de ne pas se sentir ému après la lecture de Planètes de Makoto Yukimura, qui s'inscrit dans cette "hard-SF d'auteur" à la Ad Astra. Fresque de plus de mille pages, elle retrace le quotidien d'un groupe d'éboueurs de l'espace, à une fin de XXIe siècle où le système solaire est en pleine colonisation. Si j'avais mes dents de vampire et que j'étais déguisé en grand méchant chroniqueur de Télérama, je dirais que Yuri, Fi et Hachimaki remplissent l'archétype du clochard céleste : leur métier est à la fois ingrat et pourtant leur permet de s'élever vers l'infini ; or c'est justement ce mélange entre trivial et sublime, quotidien et extraordinaire, qui fait la sève de cette BD.

« Le Dictateur vs « Block 109 » : Guérir l’horreur du nazisme

Avant d'être les déités abstraites qu'invoquent votre tonton nationaliste et votre cousin végane sous la houlette de Saint-Godwin lors du dîner du Réveillon, les nazis étaient les militaires et les politiciens qui ont causé le plus de crimes contre l'Humanité : génocides, invasions malgré les traités de paix, expériences biologiques non encadrées... Leur credo aujourd'hui s'est dilué un peu partout dans les groupes d'extrême-droite, allant du néo-nazisme puriste à un nationalisme plus épuré (et c'est ainsi que les médias de notre beau pays se questionnent stérilement sur si le RN n'y fait pas des références cachées au lieu de se pencher sur les problèmes concrets de leur programme...). La monstruosité a culminé durant la Seconde guerre mondiale, un charmant petit conflit réputé pour être le plus meurtrier qui ait jamais été ; seulement voilà, les nazis ne sont pas nés à partir de rien. Un homme, Hitler, les a tous fédérés, les a menés au combat et dirigé toutes leurs atrocités ; qu'est-ce qu'on aurait pu faire pour l'arrêter ? La fiction n'a eu de cesse de l'imaginer ; je vous propose d'en analyser deux œuvres.

« Batman année 100 » : Bruce Wayne et son dentier

Gotham City, 2039. Fraîchement sorti de l'oubli, Batman court sur les toits poursuivi par des chiens. Accusé d'un meurtre dont on découvre rapidement qu'il n'y est pour rien, il subit les foudres du Federal Police Department, une institution fascisée en concurrence avec le Gotham Central. Le capitaine Jim, le petit-fils du commissaire Gordon, tente d'enquêter sur cette affaire malgré la pression grandissante de ses supérieurs...

« Sandman Overture » : La drogue, c’est trop bien, dis-le à tes copains*

Petite critique en mode coup de cœur, que je sortirai peut-être un mercredi en plus de celle hebdomadaire de samedi. Si comme moi vous êtes attirés par les comics indés mais avez rarement l'occasion d'y consacrer votre budget, alors vous avez peut-être comme moi reluqué longuement les étagères à l'entrée de la librairie Des Bulles et des Hommes de Saint-Étienne. Et vous serez alors tombés sur les sept épais volumes de Sandman, série dirigée par Neil Gaiman, célèbre dans les milieux SFFF pour son obsession envers les mythologies du monde entier. Vous vous serez dits : Y'a d'quoi lire, mais j'connais pas encore bien l'auteur, je sais pas si j'vais apprécier. Et puis nom d'un chien, j'ai déjà craqué tous mes sous de la semaine ?! Je mange pourtant la même salade en entrée depuis huit jours ! Hum... De quoi parlions-nous, déjà ?

« La bête », tome 1 : Spirou chez les Dardenne

Être un éditeur pratiquant le capitalisme à l'américaine n'a pas que de mauvais côtés : tenez, moi par exemple, qui fais écrire la moitié de mes articles par mon jeune frère Nathan payé à coups de triques, ou plutôt non, Dupuis qui possède le seul (ou tout du moins le seul connu) héros dont la publication suit le même fonctionnement que celle des comics outre-Manche : Spirou. C'est bien simple : les droits allant à l'éditeur plutôt qu'au dessinateur, celui-ci peut à la mort, au renvoi ou à la démission de ce dernier poursuivre la série sans avoir de problèmes avec lui ou ses descendants. D'où un nombre astronomique d'auteurs et de tomes se succédant au gré des ventes, sortant des rotatives avec l'ardeur d'un des cinq russes sur six pensant que sa roulette n'est pas dangereuse (n'abîmez pas trop cette blague, c'est un ami qui me l'a prêtée). Le principal défaut de ce système, vous l'aurez deviné, est que beaucoup d'albums ne signifie pas beaucoup d'albums de qualité. Mais la principal avantage en revanche, est que pour gagner plus de public ou se dissocier de l'auteur précédent, on finit par gagner une énorme diversité.

« Le Plongeon » : Un EHPAD, des fesses, de l’amour et des rides !*

Ça fait bien longtemps que je n’ai plus aucune confiance dans les maisons de retraite, qu’on nous fait maintenant appeler « EHPAD » et que j’appelle plus volontiers « sanitarium », « mouroir » ou « prison pour vieux » : le fait est qu’avec un personnel constamment débordé, des locaux semblables à ceux d’hôpitaux soit à peu près aussi agréables qu’un couloir de la mort, des endroits où c’est bien souvent votre famille ingrate qui vous enferme pour ne plus vous subir durant les dîners de famille, j’ai l’impression qu’on se sent vieillir et perdre sa santé aussi bien que la boule bien plus vite. Me faites pas dire ce que j’ai pas dit : garder ses aïeux chez soi, c’est pas souvent meilleur, au Japon c’est la tradition mais ça crée des situations familiales compliquées. Au final, c’est toujours la même question qui revient : qu’est-ce qu’on fait de nos vieux ? On les parque dans un coin où il ne risque rien de leur arriver ? ou on les laisse faire ce qu’ils veulent, quitte à ce qu’il leur arrive des accidents ? Et dans nos sociétés matérialistes où porter le dentier n’a plus rien de sacré, on choisit bien souvent l’option 2.

TUGPÉUA #23

L'année 2020 aura connu son lot de cauchemars, entre la pandémie, les extrémismes ou le film sur Sonic. Qu'importe, car même si Noël s'annonce aussi reluisant qu'un pet d'ornithorynque, c'est l'occasion pour nous de préserver plus que jamais notre solidarité (et vu ce qui s'annonce pour la suite, on va en avoir besoin...). C'est pourquoi retrouvons-nous donc pour ce dernier TUGPÉUA de l'année, avec deux disques que j'avais hésité à mettre dans les ovnis du post-rock parce qu'ils relevaient trop peu de ce genre... et quelques autres surprises.

TUGPÉUA #22

Papa Noël s'en va acheter quelques milliards d'attestations de visites à domicile, et la fin d'année s'annonce pour moi aussi un brin hardcore. Il me reste encore des milliers de pages à lire pour la fac et pour le blog, sans parler des disques à écouter, des émissions radio à préparer, des films et séries à voir dans la mesure du possible, du théâtre que je n'aurais pas évoqué de l'année... ah, oui, et les cadeaux, ce truc sur lequel on se penche toujours le 23 décembre. Le bon côté des choses étant que je ne devrais en principe pas trop à avoir à bouger de chez moi (rire sarcastique), tentons à présent de combler un peu notre retard en proposant à nouveau deux articles par semaines, à commencer par celui-ci.

« Les Profondeurs d’Omnihilo » : Rétrospective

Le mois d'août s'étire comme une vieille chaussette et les vacances touchent à leur fin. Quoi de mieux pour vous gâcher votre pré-rentrée que de vous raconter une des plus grosses déceptions de ma préadolecence ? Comme refaire mes vieilles critiques brutes de décoffrage Babelio avec un peu plus d'arguments, de structure et d'idées au clair devient une tradition sur mon blog (...), j'ai donc décidé de revenir brièvement sur Les Profondeurs d'Omnihilo, BD jeunesse apparue dans l'indifférence générale durant les années 2000, publiée à BD Kids et parue auparavant en feuilleton dans Moi, je lis.