TUGPÉUA #19

Ça faisait longtemps, et ce mois n'y coupera pas, il y a trop de bonnes découvertes qui moisissent dans le grenier de ce blog pour que je n'en parle pas enfin. À voir, à lire, à écouter, il y a à boire et à manger.

« Aẑdaja » : The fire of an ancient cosmic destinyyy

Quand je vous dis depuis des années qu'on trouve dans les courts-métrages une diversité inexistante chez les longs budget oblige, il va bien falloir finir par m'écouter. Et c'est sans doute un milieu salvateur pour le cinéma de fantasy, pris en étau entre les nanars des années 90, les quelques blockbusters écrasant la concurrence et Jean-Kevin Cahiers-du-Cinéma ; si cette situation peut perdurer reste un débat, mais voici déjà une preuve de l'utilité de ce format apportée par le camarade Florian Bourgeat, qui un jour poste sur son Facebook le lien vers un film, comme souvent pour les courts, que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam. Et devinez quoi ? C'est de la bonne !

« Le faiseur de rêves » : Vos paupières sont lourdes

Mais où sont les neiges d'antan ? Le temps où l'on s'émerveillait devant les livres de notre jeunesse, qui ne cherchaient pas tant à dépeindre une ambiance qu'un récit, un univers qu'une histoire en particulier, laquelle était soignée malgré tout ? Où sont les livres comme Les chroniques de Narnia et L'Histoire sans Fin, ou si on veut faire un peu moins dans le gamin, La Terre mourante et Le Seigneur des Anneaux ? Où l'important n'était pas le voyage, mais la destination (attendez, je crois que c'est l'inverse) ? Les neiges d'antan, je sais pas où elles se sont barrées. Par contre, j'ai un canon de piste de ski et un livre qui m'a l'air de renouer avec cet idéal. Sauf que j'ai rapidement déchanté : sous couvert d'un orientalisme onirique à la couverture mystérieuse laissant présager un magicbuilding inspiré des rêves ou de l'Égypte ancienne, on se retrouve avec un roman Young Adult lent, tristounet, et pour tout dire plan-plan.

« Le prieuré de l’oranger » : Barbecue is coming

Crénom d'une pipe de poil de nouille, il faut vraiment que les médias arrêtent ça. La comparaison à GoT en première de couverture, encore, je veux bien, mais comparer systématiquement un bouquin à "Tolkien, Robin Hobb et G.R.R.R. Martin", non seulement c'est à la portée du premier mercantiliste venu, mais en plus ça revient à dire que la littérature blanche s'arrête à Camus, le polar à James Ellroy et le cinéma italien à Rocco Siffredi. Ainsi on décrédibilise un peu plus la fantasy, et donc ce pauvre petit Prieuré de l'Oranger qui n'avait rien demandé à personne. Acheté parce qu'il était appétissant (près de 1000 pages, le bougre) et sur les conseils de l'Ours Inculte, je pensais prendre un sacré pied loin de tous les poncifs du genre. La vérité sera plus nuancée... même si le résultat s'avère très satisfaisant.

« A Plague Tale » : Y’a-t-il un dératiseur dans la salle ?

C'est donc l'histoire d'Amicia, qui elle et son frère Hugo, voient leurs parents se faire tuer pour des raisons mystérieuses, et sont donc contraints d'errer dans la France de la Peste Noire poursuivis par l'Inquisition... Déjà avec un pitch pareil, on sent qu'il va y avoir du bon et du moins bon. Le secret caché par les parents, les fanatiques tout-puissants d'un Moyen Âge ténébreux, un mystérieux ennemi, ça s'est déjà vu trop souvent. L'histoire est également assez prévisible par moments ou mettant en scène des archétypes auxquels le spectateur est habitué (ce dernier point n'est pas forcément mauvais, comme on va le voir par la suite). Sans intérêt, me diriez-vous ? Bien au contraire !

« L’Œil du Monde » : Frodon en vadrouille

Le buzz du Seigneur des Anneaux oblige, des tas de suiveurs ont ainsi percé dans ce qui devait être ce qui caractériserait par la suite LE cliché de la fantasy : c'est-à-dire le med-fan à prophétie et grôgrô méchââânt. Et nombre de ces œuvres ont par la suite été considérées comme des chefs-d'œuvre du genre, à tort ou à raison, tout dépend de votre degré de tolérance et si vous plantez pas trop d'épées magiques dans le postérieur de leur propriétaire. Ça allait de trucs ni bons ni mauvais comme L'épée de Shannara, que je n'ai jamais réussi à finir, mais qui reste un souvenir plutôt recommandable, des horripilo-monstruositudes comme L'arcane des épées qui m'a toujours fait l'effet d'un suppositoire rectangulaire... et puis des franchement bons moments comme par exemple Les chroniques de Krondor, qui avait la bonne idée de pas proposer que ça même si c'était parfois maladroitement. Et puis il y avait La Roue du Temps...

« Haut-Royaume – L’héritier » : Le matou revient, il est toujours vivant…

Le cavalier hésitait à franchir la porte de la taverne de PNJ. Il s'agissait d'un des bas-fonds les plus sales et les plus ignobles d'Ariole. Les tueries y allaient en nombre croissant depuis que s'y étaient réfugiés les derniers survivants de la Garde d'Ynox. L'air était vicié et l'alcool venait encore l'empuantir, au bon plaisir des prostitués, mercenaires ou ivrognes, quand ils n'étaient pas les trois à la fois. Assis à une table, un homme d'âge mûr, les cheveux noirs, dont les muscles proéminents n'avaient d'égale que son fier organe que la pudeur cachait d'une feuille de vigne, fumait une pipe à l'abri des recoins obscurs.

« Haut-Royaume – Le chevalier » : La mortecouille attitude

On a tous un pote qu'on a pas revu depuis des années et qu'on se dit qu'on a toujours hâte de se revoir. Quand Julien Rigon, acteur et rôliste ayant monté sa propre boîte, la Compagnie du Bouclier Arverne avec Florian Bourgeat (que je recommande chaudement au passage) m'évoquait Haut-Royaume dans son flot de bonnes recommandations, il ne fallait pas s'étonner que la saga de Pierre Pevel qui semble la plus classique dans son exécution soit néanmoins à son image : un manichéisme soit mais très loin d'être absolu, des situations qui fleurent bon le JdR sur table, et surtout des ribaudes à tous les coins de rue. Alors, classique, ça l'est, certes, mais tout en restant loin d'être inintéressant.

« Le rêve de la licorne » : Cantal fantasy

Y'a des jours, vous avez besoin de lire quelque chose de plus positif que d'habitude. Un feel-good bouquin. Un livre-doudou qui vous conforte dans ce que vous connaissez déjà, avec peut-être pas un machin très original, mais sympa, pas longuet et plein d'humour. (...) Sauf que y'a des jours, comme le dit une fausse chanson médiévale d'un ami de mon père hélas introuvable en ligne : "Mal m'en pris, mandire landilaine, mal m'en pris, mandire landilan..." Sauf que je suis pas sur ce blog pour enfoncer les gens, d'autant plus quand il s'agit d'encourager des auteurs du terroir. Ce livre n'est pas foncièrement mauvais, comme je vais tenter de vous l'expliquer, mais même avec le peu d'attentes que j'en avais, il aurait pu être extrêmement mieux écrit.

Averoigne et autres mondes : Swords and potée ?

On est donc dans dans une région imaginaire de France s'apparentant à l'Auvergne. Mais attention ! Pas l'Auvergne des champs à perte de vue, de Laurent Wauquiez et de Lorn Duncan qui lance sa plus grande réplique dans le château du Monastier-sur-Gazeille ! Non, une Auvergne médiévale et antique, étrange, mystique, inquiétante et magnifique, où se côtoient l'obscène et le sublime, le parjure et la sacré. Les moines ont pour but d'éloigner la population de la tentation de rejoindre le camp du diable et de la sorcellerie, et seraient donc les gentils. Mais les choses ne sont pas si simples : l'intégrisme, le puritanisme ou encore l'hypocrisie ont gagné le cœur de la plupart d'entre eux, ce qui les rend inefficaces à la lutte contre les forces du Mal représentées par les sorciers et enchanteurs. Forces du Mal, qui par ailleurs, ne sont pas toujours si maléfiques et aspirent juste à approfondir leurs sciences. Quoique, car en Averoigne, les apparences sont souvent trompeuses...