Que le souffle de la vigne soit sur toi, frère Nathan ! Je viens d’entrer dans la communauté des Sarments du Lion de la Colombe, qui prône de vivre exactement comme les chrétiens d’Israël aux temps bibliques !

— C’est pas la secte qui lapide les esclaves infidèles ?

— Naturellement, le calendrier ne compte que six jours dans la semaine, néanmoins pour coller aux défis des temps modernes, nous avons remplacé le dimanche par un deuxième samedi.

— C’est bon, laisse tomber, j’ai deviné : c’est encore une excuse pour rendre ton article avec un jour de retard. Bon, qu’est-ce que tu nous as pondu ?

Eh bien plus le temps passe et plus j’aime les livres qui en ont dans le ventre : mieux vaut une bonne grosse intégrale collector des familles que des romans en petite coupure (insérer ici la blague de votre choix sur les Moutons électriques). C’est donc plus ou moins par accident (« Sylvain ! Grouille-toi, on a pas toute la nuit ! — Mais m’man ! ») que je me suis retrouvé à emprunter à la médiathèque un autre de ces petits recueils de nouvelles qui faisaient la gloire d’Asimov. Si j’avais apprécié Chrono-minets, je n’étais pas sûr de vouloir reproduire l’expérience, et je dois dire ce qui est, j’ai eu tout le temps de me morfondre durant la première centaine de pages. Mais un ou deux mois après, je me dis : haut les cœurs, après tout, c’est peut-être aussi la faute de mes problèmes psychologiques. Et après avoir lu L’homme bicentenaire en entier, il m’a fallu profondément me repentir sur l’autel d’Asimov pour ne pas avoir reconnu son génie une fois de plus (je lui ai aussi promis de lui sacrifier deux ou trois petits frères). En bref : vous avez là entre autres le gratin de ce qui se faisait à l’époque comme SF transhumaniste !

La Fleur de la jeunesse

Un court poème humoristique autofictif qui ne relève en rien de la science-fiction et s’avère assez dispensable même sur le plan de la comédie, en raison de sa chute tranchant fortement avec le comique jusque-là léger.

Intuition féminine

Des programmateurs tentent de créer un robot qui fonctionne par l’intuition féminine, une notion que les grandes sœurs aiment bien invoquer pour faire rager leurs petits frères, mais qui dans le temps signifiait : penser de manière totalement illogique et avoir toujours raison en même temps.

Autant vous qu’à l’aune des connaissances féministes d’aujourd’hui, cette nouvelle s’annonçait extrêmement mal vieillie. Pourtant, Asimov parvient à déjouer le cliché par une fin acide comme on les aime. J’avoue avoir dû relire les explications juste avant plusieurs fois pour les comprendre à peu près, mais là encore, je vais plus mettre ça sur le coup de la fatigue morale…

Trombes d’eau

Cette nouvelle présente un univers original et cohérent en ceci que la conquête de l’espace s’est faite couper l’herbe sous le pied par une autre qui fait bien moins rêver (sauf moi, bien entendu) : celle des fonds marins. Question d’économie, ce qui bien sûr ne plaît pas à tout le monde… Un bon texte, bien qu’on aurait apprécié une plus longue présentation de cet univers aquatique.

Pour que tu t’y intéresse

La société US Robots ne sait plus quoi faire pour importer ses robots sur Terre : les gens en ont trop peur. Ils font donc appel à leur meilleur élément, George Dix. Les dialogues s’enchaînent : visiblement, ils ont réussi à maintenir une logique de profit dans les entreprises tout en se débarrassant de la crise écologique, mon cerveau de millenial se prend un petit glitch… Et puis vient la fin, avec tout d’abord une nouvelle technologie pour le moins surprenante, et surtout le fameux « Hah ! Ils m’ont bien eu ! » Un très bon texte.

Étranger au paradis

Dans une société qui a massivement connu la politique de l’enfant unique, deux frères vont devoir cohabiter ensemble autour d’un projet scientifique. Une nouvelle sympathique, bien que linéaire et sans chute, bref bien loin du prestige habituel de l’auteur.

La vie et les œuvres de Multivac

La Terre est désormais contrôlée par un super-ordinateur avec un nom de marque d’aspirateurs (déso pas déso, ça fait depuis le début de la semaine que j’attends de faire cette vanne). Un téméraire se met donc en tête de mettre fin à ce système… Bref, on est dans une espèce de dystopie bienveillante qui manquerait cruellement de mordant si l’auteur n’avait pas rajouté in extremis trois paragraphes à la fin qui viennent considérablement assombrir le tableau. Encore un bon texte.

Le triage

Croulant sous la surpopulation (6 milliards d’habitants, c’est sûrement le choc de l’an 2000 !), la Terre n’a plus de quoi nourrir tout le monde. Les autorités décident donc de liquider discrètement quelques millions d’habitants, mettons à tout hasard du tiers-monde. La population sera triée en fonction de qui survivra à une protéine indétectable, et Dieu reconnaîtra les siens.

Un très bon texte toujours fortement d’actualité. En effet, l’idée de ne même pas vouloir essayer de partager équitablement la nourriture sans quoi nous mourions tous de faim rejoint celle qui agite en ce moment de nombreuses luttes sociales, qui voudrait que si nous répartissions plus équitablement les richesses tout le monde serait pauvre. Et l’on peut également relier la nouvelle à de nombreuses autres thématiques : l’impérialisme étasunien, les famines, le gaspillage alimentaire… Bien sûr, j’ai deviné la fin à l’avance, mais mon côté « ironie et humour sadique » a jubilé quand même. Vous reprendrez bien un peu de sandwich ?

L’homme bicentenaire

Andrew est un robot comme on n’en fabrique plus : son mode d’intelligence s’adapte à toutes les situations, au point qu’il a fini par devenir comme vous et moi un être conscient. Reste qu’il veut devenir tout à fait humain…

Un excellent texte de bout en bout, tantôt sur le plan émotif, tantôt sur celui intellectuel. Sachant que je suis en plein milieu de Star Trek : The Next Generation et que les épisodes sur Data sont curieusement souvent mes préférés, je pensais avoir déjà exploré le sujet de long en large. Voilà qui vient redistribuer les cartes !

« Marching in »

Un médecin tente de guérir ses patients de la dépression à partir d’une machine qui produirait une musique d’après les ondes de leurs cerveaux. Une nouvelle assez anecdotique, qui prête moins à émerveiller qu’à esquisser un léger sourire complice.

Démodé

Des éboueurs de l’espace découvrent l’existence d’un trou noir… et se font aspirer. Comment prévenir la Terre ? Encore un bon texte ; c’est surprenant de voir à quel point les auteurs de SF ont su dresser un manuel de survie dans l’espace !

L’incident du tricentenaire

Le jour du tricentenaire des États-Unis, le président subit un attentat. Horreur et damnation, on devine tout de suite le twist ! Heureusement, une petite révélation finale parvient quand même un peu à nous surprendre… Bref, un divertissement correct, mais qui aurait pu aboutir à quelque chose de bien plus profond si l’on avait explicité dès le départ la thématique principale plutôt que de la faire deviner au héros.

La naissance d’une notion

Un voyageur temporel rencontre un des fondateurs de la science-fiction et l’aide à faire émerger ce concept. Mais est-ce bien la bonne idée qu’il va faire implanter dans son crâne ? Une nouvelle amusante bien que secondaire, qui clôt efficacement le recueil en ceci qu’elle diffère du reste tout en gardant le même esprit.

Conclusion

C’est une lecture très agréable que L’homme bicentenaire, et qui l’est d’autant plus quand on sait qu’entre chaque nouvelle ou novelette l’auteur écrit une sorte de postface qui sert de transition ; moi qui trouve ces making-ofs de l’activité d’écrivain sont trop peu nombreux, je ne peux qu’applaudir l’initiative ! Malheureusement, la complicité que nous pourrions y éprouver s’évapore bien vite dès lors qu’on sait le comportement que l’auteur a pu avoir avec les femmes…

Bref, je retourne à mes oignons histoire de vous raconter bientôt de nouvelles salades. Reprise de fac oblige, il se pourrait que je saute une semaine de publication ou deux dans les mois à venir. Quoique… J’ai cru entendre parler d’un certain film Art & Essais qui sortait dans les temps qui courent… Enfin bon, on en parlera sûrement, puisque c’est pour notre culture !

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