Livre lu pour le challenge Évasion 2021 (3/5)

Passer sa vie à s’ennuyer chez son paternel, vouloir parcourir le monde, rejoindre un super groupe et plaquer tout du jour au lendemain, c’est le pitch classique d’un rock movie, non ? Sauf que c’est Nicholas Eames qui est à la barre, donc forcément à la fin vous allez devoir sauver le monde.

Bloody Rose / Rose de Sang est donc la suite de Kings of the Wyld, où l’on retrouve Rose, la fille de Gabe tentant d’écrire sa légende après que son père lui ait plus ou moins accidentellement volé la vedette. Tam, jeune aubergiste, décide de les rejoindre pour devenir leur barde. Sauf que plus question de retourner dans le Wyld : de nos jours, tous les monstres combattus le sont en arène, transformés en ombres de ce qu’ils étaient autrefois. Les créatures de la forêt ont perdu la guerre, et désormais elles morflent ; après tout, ce sont elles les méchantes, pas vrai ?

Le tome 1 était déjà de la très belle ouvrage en matière de persos, le 2 pousse les potards à fond niveau character-building : chacun des héros possède ses (grosses) failles, qu’il s’agisse de la drogue, d’une relation parentale toxique ou d’un passé douloureux. Le manichéisme disparaît complètement quand on découvre la cruauté dont les humains sont capables envers les monstres. La politique et la mythologie s’affinent, tandis que l’héroïsme s’éclipse au profit d’une vision du monde nettement plus nuancée. Et pourtant, dans le monumental brouzouf de la désillusion, tout le monde garde sa part d’humanité : qu’il s’agisse de l’humour, de la camaraderie, ou du rêve d’une vie plus tranquille à l’écart des tumultes, Nicholas Eames peint ses personnages avec une palette inouïe. Moog manque bien entendu, mais il revient vers la fin ; en attendant, on se prend à aimer cette fripouille de satyre Roderick.

La saga s’affine également sur le volet du progressisme : là où on reprochait aux femmes du tome 1 d’être en retrait, ici elles sont au cœur de l’action ; et là où il semblait impossible aux monstres de s’intégrer à la culture humaine (comme dirait un certain Éric Z.), désormais humains et non-humains vont devoir s’allier pour lutter face à un ennemi pire que tout.

Cependant, il est à noter que ce tome-ci est nettement moins (pour ne pas dire plus du tout) loufoque : mieux construit mais plus sombre, il laisse par moments de côté la plaisanterie en-dehors d’un ou deux dialogues obscènes. Pourtant, le curseur émotionnel est toujours très élevé : qu’il s’agisse des anciens ou des nouveaux personnages, on découvre leur évolution en parallèle d’une intrigue menée tambour battant. Allez avouons-le, durant les 100-200 premières pages, je me suis dit que l’auteur ne parviendrait jamais à reproduire son coup d’éclat ; mais la fin est une apothéose épique tout en ne niant rien des horreurs de la guerre, tout aussi exaltante que terrifiante, et qui tient en haleine jusqu’à la page des remerciements.

Le nouvel opus de Wyld est donc une franche réussite, et on nous annonce qu’il y aura un tome 3. Les easter eggs du premier étaient axés autour du hard / metal, ceux de ce deuxième autour du rock / pop, on peut supposer que celui-là s’aventurera dans le black et le thrash. En tout cas, ce serait vraiment cool ; et quand je vois toutes les réfs qui me sont encore passées sous le nez, je me dis que j’ai encore bien des choses à découvrir pour ma culture…

On explose tout aussi chez : Apophis, l’Ours inculte, …

Un commentaire sur « « Bloody Rose » : Que d’émotions ! »

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