Gotham City, 2039. Fraîchement sorti de l’oubli, Batman court sur les toits poursuivi par des chiens. Accusé d’un meurtre dont on découvre rapidement qu’il n’y est pour rien, il subit les foudres du Federal Police Department, une institution fascisée en concurrence avec le Gotham Central. Le capitaine Jim, le petit-fils du commissaire Gordon, tente d’enquêter sur cette affaire malgré la pression grandissante de ses supérieurs…

Rien ne change vraiment dans le futur proche de la version gothique de New York, et certainement pas le pessimisme ambiant. Dans un monde où communiquer en hologramme est presque devenu la norme pour la bureaucratie, on continue d’utiliser des portables à clapet et les seules voitures volantes sont pilotées par des flics. Pour ne pas rendre le comic obsolète d’ici à peine plus de deux décennies, les inventions ultramodernes se font discrètes, présentes seulement quand elles sont requises par l’histoire. Presque toujours pour tuer.

Paul Pope opte ici pour un dessin nerveux, détaillé, cru et ultra-réaliste. S’il manque par moments de poésie, il n’en est pas moins utile pour dévoiler une histoire prosaïque et se fait compenser par des couleurs superbement travaillées. Le plan machiavélique et les répliques ne brillent pas toujours pour leur originalité, on ne saura pas non plus au final comment fait Bruce Wayne pour ne pas vieillir, mais peu importe : on admire principalement l’inventivité de l’action, l’aisance à faire se rejoindre les pièces du puzzle, et les quelques notes d’espoir et de camaraderie venant sauver cet univers en décomposition. Le réalisme est d’ailleurs traversé par quelques clins d’œil à des œuvres DC plus légères et un moment plus onirique que le reste que j’aurais bien aimé voir prolongé (il y a une apparition à la Oranssi Pazuzu).

Le comic book est complété par trois histoires courtes : Batman Berlin est une uchronie passionnante mêlant subtilement Histoire et super-héroïsme en imaginant un Batman qui aurait grandi dans l’Allemagne en voie de nazification ; L’ado acolyte tente de s’attarder davantage sur le personnage de Robin mais n’a guère le temps de développer un propos en raison de la simplicité de son scénario ; Nez cassé enfin, outre l’élégance de son noir et blanc, a le mérite avec un vague humour de décrire les tracas quotidiens qu’engendre une vie de justicier.

Bref, Batman : Année 100 est une digne suite spirituelle à Batman Year One, bien qu’elle lui soit très différente sur nombre de points. On se réjouit également de la plupart des bonus, conférant au tout une allure de livre-objet respirant le mystère et l’aventure. Décidément, Gotham est la seule ville qui aura su générer une esthétique de la crasse. Évidemment, Saint-Étienne finira par y arriver un jour…

Cette critique sera postée un mercredi, car elle fait comme la précédente entre 500 et 600 mots, à savoir la moitié de la moyenne standard de celle hebdomadaire. Du reste, il va falloir que je me mette enfin à ménager du temps pour les œuvres dont j’ai annoncé m’occuper cette année. Parce que après tout, c’est pour votre culture…

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