L’an dernier, je vous avais annoncé que je chroniquerai Ellipses, un recueil de haute tenue rédigé cocorico par une auteuse fronçaise, mais le sort en a décidé autrement. Jugez plutôt :

« Salut !

— Mais ?! Qui es-tu, petit excrément doué de parole ?

— Je suis Kobo, qui t’a bien arnaqué quand tu as cru acheter ta liseuse à une marque plus éthique que Kindle ! Et comme il y a autant de trous dans mon catalogue que sur un fessier xarlaxx, tu ne le liras JA-MAIIIS ! »

C’est donc le vague à l’âme que je laissais tomber. Mais étant donné que la nouvelle qui m’intéressait le moins du lot était quand même disponible (et gratuite), et qu’il reste pas mal d’œuvres dont je ne ferai finalement pas d’article cette année (du moins à mon goût), j’ai fini par décider, à tout prendre, de la lire quand même. Après tout, Audrey Pleynet est abonnée à mon blog et menace de révéler mon compte aux Bahamas, donc il fallait bien que je touche un mot de ses écrits…

Dans un futur désagréablement proche, un gouvernement découvre une manière de dominer le peuple pour le moins alléchante : grâce à une application, vous gagnez des points de bonne conduite qui vous permettent d’accéder à des privilèges dans vos assurances, votre paye, vos réductions… Ainsi, plus de crime, plus de malbouffe, tout le monde mange cinq fruits et légumes par jour et reçoit un nonosse dès qu’il a bien fait ses devoirs. Seulement voilà, outre le fait que l’appli n’est pas systématiquement au point (et vous invite à faire votre footing sous la pluie), vous n’avez plus de vie privée : vous êtes tracé en permanence, le moindre de vos faits et gestes est enregistré et collecté dans une base de données (et non je ne ferais pas de blagues sur #TousAntiCovid, j’ai déjà rempli mon quota ici). Inquiétant, me diriez-vous ? Pourtant, vous n’avez rien à cacher ! (Excepté la fois où vous vous êtes mis tout nus dans les bois et où vous avez fait un câlin à un arbre, et la fois où vous avez fait une remarque de beauf en présence d’une jeune fille charmante mais avec un sacré direct, et la fois où…)

Disons-le, il y a des éléments qui me rendent toujours aussi méfiant envers les dystopies actuelles (j’ai failli appeler cet article « Bo, bo, boxapé, je, je suis boxapé ! ») : dans la catégorie « peur du numérique / de la dictature du politiquement correct », on a déjà abordé et décliné moult fois ce thème à travers toute la science-fiction. De même, quelques maladresses empêchent le style d’être parfaitement fluide (de rapides changements de paragraphe sans qu’on en comprenne l’utilité, des points d’exclamation pour seule emphase sur les pensées des personnages), et si on est clairement pas face à un traité de morale, une ou deux tournures de phrases m’ont fait tiquer (« Un grand nombre d’entre eux (…), marchant en mode automatique, tel des zombies » ; conseil à tous les auteurs en herbe, ne laissez jamais filtrer de remarques personnelles en-dehors de l’ironie quand vous suivez le point de vue d’un personnage, même si vous n’êtes pas d’accord avec lui).

Mais si l’idée est classique, le traitement reste très bon : il y a dès le début l’inquiétante étrangeté d’une société qui te dit à la fois « Tu n’es pas obligé de télécharger ça » et « Si tu ne le fais pas, tu as quelque chose à cacher, donc tu es un sale type », et démontre ainsi parfaitement l’hypocrisie de nombreux systèmes politiques. De même, le consumérisme est sévèrement critiqué : parmi les récompenses, vous pouvez avoir des réductions culturelles, mais seulement pour les œuvres approuvées par le gouvernement, la pub est omniprésente, ou encore vous pouvez vous faire harceler de notifications. Petit à petit, vous vous rendez compte que l’application qui semblait au départ positive se montre en fait de plus en plus perverse, l’histoire ne s’embarrasse pas de grands discours, et enfin elle a l’avantage d’être très courte.

Bref, j’avais l’impression d’être face à un texte honnête mais très mineur, jusqu’au moment où arrive la chute. Et alors là, croyez-moi, ça rigole plus. Tous les écueils dans lesquels on était sûrs que l’autrice tomberait (résistance = gentils, système = méchants, et l’amour triomphe toujours), volent en éclats lors des derniers paragraphes. Ça devient brillant, incisif, et terriblement vrai. Bref, si vous estimez comme moi que l’État part à vau-l’eau et que vous voulez partir en croisade contre la bourjwâzi, je ne saurais que trop vous conseiller de lire ce texte auparavant. Après, je dis ça, c’est pour votre culture…

Cliquez sur ces liens si vous voulez gagner une superbe réduction de -100% sur la prochaine critique ! Apophis, FeydRautha, Lutin82, …

Un commentaire sur « « Citoyen+ » : La start-app nation »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s