Aussi étonnant que ça puisse paraître, votre fidèle serviteur tout amateur de blackgaze / dubstep / Arielle Dombasle / Patrick Sébastien qu’il soit avait un papa qui écoutait lui de la vraie musique. Après m’avoir abreuvé dix ans de folk irlandais jusqu’à ce qu’il m’en ressorte par les trous de nez, j’ai eu ma période rebelle où je dédaignais ce noble art (et tout ce que j’écoutais était MFM et Activ, triste époque). Pourtant, mon père a encore aujourd’hui cette mélomanie certaine qui finit par devenir contagieuse sur certains disques. En voici cinq (et même six) excellents pour fêter le trois centième article…

Birds on a Wire — Ramages

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Le disque le plus récent de la collec’, je dois avouer que je commence à l’avoir entendu à toutes les sauces ; ça ne m’empêche pas d’y reconnaître un talent certain. Dégotté durant une virée aux Châteaux de la Loire (si je dis pas de co***ries), Ramages est en effet le deuxième album du duo Birds on a Wire, soit Dom La Nena, contrebassiste (et dès qu’il y a une contrebasse ou un violoncelle, vous avez toute mon attention), et Rosemary Standley, la chanteuse de Moriarty, excusez du peu. Mais plutôt que les ambiances crépusculaires, ici c’est l’aube qui est mise en avant : comme nous l’indique la jaquette, c’est de la Renaissance et de la tradition européenne dont il va être question.

On en arrive à un album de pas moins de seize pistes impressionnant pour condenser autant d’éclectisme tout en restant cohérent. Les paroles sont en français, italien, breton, anglais, portugais, catalan, espagnol, grec, russe ; les airs évoquent la musique classique ou baroque quand bien même certains chants remontent sans doute à bien avant ; on découvre des chants de langue européenne, issus du continent mais aussi des pays colonisés ; on retrouvera même la mélancolie qui m’avait tant charmé dans Fugitives au détour de Which Side Are You On ?, Tornada de Luna Llena ou Que he Saccado con Cuerte. En un mot comme en cent, il s’agit probablement de LA pointure de cette année pour ce qui est de mêler folk et « classique ».

Melody Gardot — Currency of Man

sharedimage-48455J’évite en général de vous parler de jazz, étant donné le parfait mécréant que je suis dans le domaine (je m’endors chaque fois que j’écoute France Musique, que voulez-vous). Pourtant, le quadruple vinyle de Melody Gardot Currency of Man reste pour moi synonyme de longues soirées au coin du feu. Je pourrais vous faire la longue liste des poncifs du Jean-Kevin Télérama qui chronique le dgeâze sans rien y connaître, « une voix langoureuse, sensuelle », « des saxos mélancoliques et envoûtants », mais je préfère vous dire une seule chose : quand dans 100 ans nos descendants chanteront des cantiques à Gaïa en brûlant des bouses de vache au fin fond du Larzac, la seule chose qui leur fera regretter nos villes sales et s’étant autodétruites depuis longtemps sera ce genre de disques. Cette atmosphère nocturne et urbaine, fascinante mais jamais dirty, ce rythme contemplatif mais jamais s’amollissant, le noir et blanc soigné des clips, mais également dans un tout autre registre la piste de blues Preacherman et celle pour ainsi dire néo-classique Once I Was Loved venant donner plus de relief encore à cette mélancolie, tout ça en fait à mes yeux un album exceptionnel, ne se contentant pas de ronronner comme un chat mais sachant aussi sortir les griffes. Toujours imprévisible, jamais complaisant, Currency of Man déploie une palette de milliers de nuances entre le désespoir et la joie ; encore un album impressionnant de maîtrise, à écouter au moins une fois.

John Renbourn — The Enchanted Garden

enchanted-__1Dans le même mélange des genres que Ramages mais en plus médiéval, il faut citer The Enchanted Garden de John Renbourn et ses joyeux troubadours. Pour les habitués du blog, autant vous prévenir tout de suite : les compositions sont éloignées à la fois de tout ce que vous avez entendu jusque-là et des clichés sur la musique moyenâgeuse. Difficile pourtant de ne pas la reconnaître, entre flûtes, bombardes et hautbois, mais elle est ici surprenamment riche, entre les mélodies aux nombreux instruments et les chœurs plus traditionnels, jusqu’à quelques incursions dans le monde oriental. Et pour cause : on est sur un genre / courant encore trop méconnu du grand public nommé le folk baroque. Eh oui, il faut bien le dire, pour ô combien de genres et de sous-genres minimalistes dans le rock, l’électro ou le néo-classique, combien auront préféré faire le contraire et tenter le maximalisme ? Si comme moi vous rêvez d’entendre enfin un jour de la baroque ambient ou de la maximal techno, eh bien vous pouvez toujours vous faire les dents sur cet excellent disque. Après tout, c’est pour votre cultu… Zut, je l’ai dit trop tôt.

Greame Allwright — Compilation Master Serie (édition Radio Nostalgie)

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Autre figure tombée dans l’oubli, Greame Allwright est un chanteur franco-néo-zélandais à la Brassens et à la Brel, mais qui n’est mort qu’en ce début d’année : de la gratte et beaucoup de paroles, la partie instrumentale parfois simple se faisant (largement) compenser par la subtilité des textes. On trouve chez lui aussi bien des reprises de chansons américaines traduites ou non, des compositions personnelles, des chansons pour enfants et d’autres destinées aux adultes, oscillant entre mélancolie sincère, joie simple et nostalgique, ou multiplication acerbe des sous-entendus. Son coffret qui m’a suivi toute mon enfance est constitué de deux épaisses compilations (une édition plus récente comprendrait un troisième CD, dont je ne sais strictement rien) ; écoute après écoute, on se rend compte de sa richesse incroyable, des textes poétiques à ceux plus militants, évitant avec une grâce surprenante toute lourdeur et toute explication brute de décoffrage. Allez, si vous avez plus de quarante ans, vous devez connaître ce pan entier de la chanson française ; mais les p’tits jeunes de mon âge, qui ne jurent en chanson française que par Gare au gorille, La valse à mille temps et Cocodé Pado, honnêtement, est-ce que vous en aviez déjà entendu parler ? Il est temps de faire sortir tout ça de l’oubli !

Les Inconnus — Bouleversifiant !

0886444432986_600Et enfin, parmi tous ces CD, ne pas citer celui le plus écouté et re-réécouté, celui dont je connais quasiment chaque piste par cœur, celui avec lequel j’ai éreinté toute ma famille durant des vacances, que dis-je ? des années entières, aurait relevé du négationnisme pur et simple : comment passer à côté des très célèbres Inconnus, réduits désormais à des comédies vulgaires ou pâlichonnes, et qui dans le temps faisaient trembler tout l’Hexagone par leurs sketchs et leurs chansons mordantes (comme le montre la jaquette) ? Bouleversifiant ! constitue un de leurs trop rares albums, un pinacle de la parodie de la chanson française, du rock, de la pop et du rap, que dis-je, c’est un pic, c’est un roc, c’est une péninsule. En un mot comme en cent, vous ne serez pas de véritables scribouminus tant que vous ne m’aurez pas écouté ça. Après, je dis ça, c’est pour votre culture…

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