Papa Noël s’en va acheter quelques milliards d’attestations de visites à domicile, et la fin d’année s’annonce pour moi aussi un brin hardcore. Il me reste encore des milliers de pages à lire pour la fac et pour le blog, sans parler des disques à écouter, des émissions radio à préparer, des films et séries à voir dans la mesure du possible, du théâtre que je n’aurais pas évoqué de l’année… ah, oui, et les cadeaux, ce truc sur lequel on se penche toujours le 23 décembre. Le bon côté des choses étant que je ne devrais en principe pas trop à avoir à bouger de chez moi (rire sarcastique), tentons à présent de combler un peu notre retard en proposant à nouveau deux articles par semaines, à commencer par celui-ci.

Sangre de Muerdago — Noite

R-11985535-1526032343-5656.jpegDes mois après la rétrospective sur Sangre de Muerdago, difficile de comparer son album Noite au reste de son abondante production. Il semble en faire la synthèse, entre cordes étranges et larmoyantes, chants mélancoliques et harpe ou percussions discrètes mais venant apporter un cachet plus imprévisible. Et à bien y regarder, on y trouve les bons côtés du groupe comme les mauvais : des morceaux répétitifs ayant parfois tendance à se ressembler, des samples de nature anecdotiques qui auraient pu être plus nombreux pour approfondir les partis pris, mais aussi des sonorités galiciennes toujours plus loin du folk mainstream et cet aspect atmosphérique qui achève de parfaire la mélancolie d’une écoute du disque lors d’une promenade en forêt d’automne. Bref, s’il ne fallait garder qu’un CD du groupe, ce serait sans doute celui-ci. Encore que, le temps que je me décide à en parler, ces sacripants en ont encore sorti deux autres que je n’ai toujours pas écoutés !

Chinese Man — The Groove Sessions vol. 5

the-groove-seions-volume-5Voilà donc la surprise que je cherchais à vous faire depuis des mois, et bien entendu il y a bel et bien eu un imprévu m’empêchant d’en tirer un grand article. Vous imaginez facilement ma déception de ne pas pouvoir tirer un article du concert au Fil de Chinese Man, reporté six mois après puis tout bonnement annulé crise sanitaire oblige (d’un autre côté, est-ce que moi je m’amuse à organiser des concerts debouts ?!). Et quel concert, je vous demande un peu : un crossover avec Youthstar, Scratch Bandits Crew, Baja Frequencia, ainsi que de brèves apparitions de Illaman et ASM jamais chroniqués mais qui me semblent pour le moins tout à fait respectables, un volume 5 tellement marquant pour les Groove Sessions qu’on avait décidé de ne pas faire de volume 4 au préalable, juste pour troller le game.

Et me voici donc qui me résigne à écouter la galette en ligne, me consolant en y retrouvant la patte très électronique des guests mêlée au hip-hop ethnique de nos amis chinois. Le tout dans des jaquettes qui, bien que pas franchement à mon goût, restent d’une élégance folle dans leur clair-obscur et leur quadrichromie, où revenant à un style moins world et plus urban, des animaux antropomorphes défilent sans avoir l’air gamins, rhinocéros, taureaux, pandas (étonnamment, pas de pangolins…).

Le tout forme un album électrique, coloré et dansant. Peut-être trop pour me marquer vraiment ? Car j’ai beau me repasser l’album en boucle, aucun morceau en-dehors du très beau No Man et de l’ultra-punchy The Drop ne m’obsède vraiment. Il manque encore les pistes trip hop et mélancoliques (sauf sur la toute fin) qui forgent les grands titres de Chinese Man Records. Ne boudons pas notre plaisir pour autant, il y a tant d’éclectisme, de mélodies imprévisibles et de basses rugissantes qu’il s’agira sans doute de ma sortie rap préférée de l’année.

Fausto Paravidino — Gênes 01

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Parlons de ma folle jeunesse avec l’émérite professeur Stéphane Pouille : il fut un temps où, dans ma folle candeur, je me sentis embarrassé de jouer Berlusconi en peignoir et réduisais ainsi son espoir de faire jouer Gênes 01 au théâtre du lycée à l’état de spermatozoïde de fourmi. Quelques années plus tard, je finis par retrouver la pièce en ligne via ce lien. Qui de mon âge parmi vous, honnêtement, se souvient des émeutes qui ont été perpétrées lors du premier G8, l’assemblée des dirigeants des pays les plus puissants du monde ? Paravidino sait que tout ça va tomber dans l’oubli et il est en colère. Et c’est comme ça qu’il accouche de cette pièce cinglante.

Gênes 01 est un monologue scandé par un chœur durant approximativement une heure, décri(v)ant le mondialisme avec lyrisme, cynisme et humour. Presque tous les défauts qu’on pourrait craindre y sont : on est dans le délire de quelqu’un d’à peu près aussi gaucho que moi, simplifiant et condamnant sans appel le capitalisme (un moindre mal pour moi, mais qui ne conviendra pas à tout le monde) ; les répétitions de style deviennent parfois assommantes et on a souvent moins l’impression d’être face à une pièce qu’à un tract politique. Mais si vous arrivez à passer outre ces défauts, vous avez là une pièce remarquablement documentée, dénonçant des attitudes politiques et policières plus que louches, avec quelques touches de sarcasme acide qui font la joie de votre serviteur. Pièce amère, noire et cynique sur un ultralibéralisme dénué de sens, Gênes 01 est une de ces pièces dont on se demande pourquoi elles ne sont pas davantage connues. Ou pourquoi tous les exemplaires n’en ont pas disparu dans des circonstances mystérieuses.

Fabrice Carrère & Emmanuel Reuzé — Faut pas prendre les cons pour des gens 2

9791038200210-475x500-1Et pour rester dans la chiennasserie politique, c’est le retour de mes petits chouchous de l’année dernière, les deux cerveaux malades qui viennent de nous pondre la suite de Faut pas prendre les cons pour des gens. Et nul doute qu’on reste sur de la bonne cuvée : ce tome 2 développe les thèmes de l’IA, les violences policières, les excès des racistes comme des antiracistes, tout en continuant avec les sujets souffre-douleurs habituels, crise des hôpitaux, misère des SDF, ségrégation des immigrés…

Cela dit, ce qui était à craindre est là : la série a trouvé son canevas, et elle n’en bougera plus. On reprend la formule qui marche sans rien y changer, et on sent la fatigue sur certaines plaisanteries (Hôpital’n’B, Pipi’n’B…). Il n’empêche, c’est toujours aussi noir, des fois un peu moins, mais quand ça fait dans le trash, ça le fait encore plus que le premier album. Avec toujours la même connaissance, sinon encore plus affinée, des petites phrases de la vie de tous les jours, qui confère encore davantage d’inquiétante étrangeté ; pour un peu, on se croirait à notre époque…

Roosevelt — Juanalberto, maître de l’Univers, tome 1

41kfr-zw7-l._sy344_bo1204203200_ql70_ml2_Et enfin, on ne pouvait pas terminer le numéro sans évoquer cet ovni absolu de la BD franco-belge qui nous est atterri dans les bacs cet année, de la part d’un dessinateur qui semblait déjà bien barré. Juanalberto, créateur mais certainement pas dieu d’un univers improbable qu’il dirige, a décidé d’y laisser ses créatures vaquer en paix sauf en cas de conflit. Et il y en a un gros, bien sûr : les puritains Inhibiteurs Photoniques se retrouvent à affronter les hédonistes Nympho-Naturistes sans qu’aucun des deux camps n’accepte de se remettre en question…

L’exercice ne se fait pas sans quelques accrocs (les nombreuses péripéties inutiles, les tranches de vie en-dehors de l’aventure, quasiment chaque page nous crie qu’on est dans un tome d’introduction), mais reste à saluer tant il cumule d’influences : le trait rappelant vaguement les gravures à la Cyrano de Bergerac, les environnements surréalistes, les mélanges humains / machines à la Druillet, les thématiques semblables à celles de Moebius, l’onirisme improbable de chaque élément suivant sa propre logique jalonnant le récit comme dans Little Nemo, on en parvient à un cocktail immense tout en conservant une impression de jamais-vu, tel que j’en tire mon chapeau. On dirait du Claude Ponti pour adultes ; vous allez adorer ou détester, mais j’achèterais avec joie le tome 2 si le premier n’était pas aussi cher. Enfin bon, je fais ça pour votre culture…

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