Livre lu pour le challenge Lire dans la forêt sur la forêt (1/3)

Dans la forêt est le premier livre de mon auto-challenge Lire dans la forêt sur la forêt puisque j’ai déplacé dans mes horaires Walden : au départ il était prévu de lire les livres intégralement dans la forêt ; après une météo inégale, des coins de lecture propices difficiles à trouver et des dates butoirs très rapprochées, j’ai donc finalement décidé de de les lire à l’orée de la forêt, puis près de la forêt, puis dans la cabane du jardin (étant donné que je suis entouré de bois, même en planches, ça doit bien être un peu une forêt quand même), puis finalement les lire partiellement chez moi.

On vous l’avait bien dit, ça devait arriver : on s’est mangé l’effondrement et Nell et Eva doivent survivre. Adolescentes élevées à la Captain Fantastic, elle vont devoir apprendre à se débrouiller seules, dans une maison au fin fond des bois, où personne ne devrait pouvoir les attaquer… ni les sauver.

Dans la forêt va être un roman difficile à critiquer. D’une part parce qu’il est irréprochable sur beaucoup de points, d’une autre parce qu’il sort aussi par certains aspects de mes compétences. En temps que pur roman d’anticipation, c’est parfait : la lente dégénérescence de la société est racontée de manière plausible, ne tombant pas comme un cheveu sur la soupe et proposant différents scénarios-catastrophes locaux pour partir vers un désordre global ; sans être collapsologue, je pense qu’on tient là quelque chose de très réaliste. On a également un pied avec ce retour à la terre dans le nature writing, ce genre ou ce mouvement un peu flou qui puise son inspiration dans l’environnement. Ensuite, le côté anticipation est présent sans être alourdi, ce qui en fait un excellent exemple de cet « Imaginaire blanc » qui est en train de coloniser la « vraie » littérature comme c’était le cas pour Transparence.

Mais plus subjectivement, il faut dire ce qui est : j’aime pas la littérature blanche. J’aime les drames contemplatifs, mais si la réal tente des trucs niveau ambiance. J’aime les essais de politique et de philosophie, mais parce qu’il y a des réflexions structurées ou des éléments biographiques. J’aime les recueils de poésie, mais parce que là toute l’emphase va être mise sur la synesthésie ou sur une technique précise du langage plutôt qu’un récit. Au final, je peine avec la blanche du moins contemporaine parce qu’elle essaye de faire tout ça en même temps et n’y arrive souvent que partiellement ; les classiques me mettent déjà un peu plus dans mon assiette pour leur humour cruel et le jusqu’au-boutisme de certains auteurs. C’est vrai que j’ai l’habitude de récits avec plus d’action, et surtout, ce livre n’avait pas sa bonne étoile sur mon planning de lecture. Des adolescentes poètes se morfondant dans un huis clos après la destruction de tout ce qu’elles connaissaient ? Eh oui, fatalement, après Le Faiseur de Rêves, on a du mal à apprécier…

Alors fatalement, au début j’ai eu du mal à discerner ce qui me plaisait ou non, ou même à rentrer dedans. Les tournures parfois un peu trop hyperboliques ou soutenues, les interrogations poétiques quelquefois méandreuses, voilà ce que je fuis dans le roman contemporain. Mais très vite bizarrement, le sortilège prend place : Jean Hegland sait doser temps morts et temps vifs, ne laissant jamais sombrer son roman dans un statisme nombriliste. Il y a toujours un évènement qui arrive, une épreuve en plus à affronter, et après celle-là une autre et encore une autre. Loin de se contenter du schéma « d’un point A à un point B », chaque épisode entre en résonance avec un autre, tissant peu à peu une philosophie mystique incitant à un retour à la vie sauvage, cru et sans concession, mais libre et semé d’espérance.

Difficile en fait de dire ce qui plaît le plus. Le père caustique, iconoclaste, totalement altermondialiste et encore plus gaucho que moi, avec sa grogne maussade et ses réflexions aussi surprenantes que pleines de bons sens. L’écueil bobo-parigot consistant à dire « la civilisation c’est mal, retournons aux choses simples avec les petits colibris », dans lequel le roman ne sombre jamais. La justesse et la cohérence de chaque émotion complexe. Il y a bien une ou deux scènes de sexe quelque peu… transgressives, mais c’est toujours raconté sous une plume pleine de douceur et de finesse. Pudique, mais pas sainte-nitouche. Idéaliste, mais pas illusionnée.

Dans la forêt est un beau livre et sera sans doute un jour un livre utile ; pour l’heure, il reste une expérience qu’il faut tenter, qui trouve ses moments de grâce dans sa mélancolie pesante durant le crépuscule en se refaisant la discographie de Grails. Après, je dis ça, c’est pour votre culture…

On catharsise aussi chez : Yossarian, …

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