Vous savez que sur C’est pour ma culture, on aime un peu tout ce qui est alternatif. Du coup, dès qu’un genre méconnu un peu trop what-the-phoquesque se pointe, j’y vais avec circonspection pour ensuite me replonger dedans par curiosité. Voici donc dix des genres les plus chelous, zarbis et extraterrestres que j’aie entendus jusqu’ici.

Évidemment, tous ces styles étant underground, il serait inutile d’indiquer vaguement pour quel public ils sont. J’ai donc décidé de juger l’accessibilité en fonction de trois notes sur cinq : agressivité (en fonction de si le genre est brutal, perturbateur, dérangeant), hermétisme (en fonction de si le genre est vraiment éloigné des autres au point qu’il en devient difficile de comprendre les codes), et répétitivité (en fonction de si les morceaux sont simples ou ont tendance à se ressembler). Plus la note est basse, et plus vous pourrez y aller les yeux fermés… à condition de ne pas vous prendre les pieds dedans.

Le skweee

On l’avait vu avec le suomisaundi, les scandinaves aiment les claviers archaïques. Toute une scène s’est développée autour de sonorités électroniques volontairement kitsch, râpeuses, ou sortant du conventionnel. À l’instar du skweee (oui, avec trois e), un isolat de l’électro tout de même influencé par la techno. Les mélodies sont lentes, simples, répétitives, usant d’instruments extrêmement basiques ; une musique qui peut sembler rudimentaire, d’autant que le rendu n’est pas des plus élégants. Mais le skweee s’illustre par son inclassabilité, à la fois mécanique, inattendu dans sa progression saccadée, et surtout transgressif (on se souviendra du goût de certains clips pour un étalonnage… expérimental). Faites- moi confiance, la première fois que j’ai écouté ce truc, je me suis dit « qu’est-ce que c’est que cette merde », et mine de rien, un mix plus tard, j’avais fini par franchement trouver ça cool.

C’est vieux comment ? Années 2000.

C’est quelles thématiques ? Tout et rien.

Agressivité : 2/5

Hermétisme : 3/5

Répétitivité : 4/5

Qui c’est qu’en fait ? Melkeveien, Nino, Daniel Savio…

À voir pour aller plus loin (notez quand même que j’ai pour ma part toujours utilisé 8-bit comme synonyme de chiptune, mais à part ça, je suis d’accord avec tout sur la définition et j’ai appris pas mal de trucs) :

Le harsh noise

J’avais évoqué brièvement le harsh noise dans une chronique (ainsi que son petit frère le rythmic noise, qui lui prend le parti de rester dansant) : une excroissance de la musique industrielle tentant d’être la plus agressive et jusqu’au-boutiste possible. Si nous nous situons ici dans une avant-garde radicale, il ne faut pas oublier que l’on pourrait faire remonter ses origines aux fondements de la musique industrielle (le « tourbillon sonique » par lequel Throbbing Gristle commençait chacun de ses concerts), voire de la musique électronique en général (le futuriste Luigi Rissolo et son traité L’art du bruit, destiné à influencer plus tard Pierre Henry). Le harsh noise reprend donc le concept de musique bruitiste pour le pousser à l’extrême : aucun son d’instrument conventionnel n’y est audible, les sonorités indus se superposent par nappes brusques et saturées, tout est fait pour prendre à contre-pied les attentes de l’auditeur en refusant toute forme d’harmonie ou de mélodie.

Oui, donc c’est juste du bruit.

— Eh bah pas vraiment ! Derrière il y a un travail pour savoir quand ajouter quel son, par contraste avec lequel, comment ajuster le volume, la tonalité ; tout est fait pour oppresser l’auditeur. On entre dans la logique de la dark ambient, faire une sorte de film d’horreur auditif ; pour poursuivre l’analogie, la dark ambient serait le Shinning de Kubrick et le harsh noise celui de Stephen King. Mais par-delà son aspect de divertissement malaisant, le harsh noise nous pousse différentes questions. À partir de quand peut-on parler de musique ? Pourquoi tels sons nous apparaissent comme agréables et d’autres non ? La société industrielle dans laquelle nous vivons peut-elle nous transformer en êtres de cauchemar ?

C’est vieux comment ? Années 80.

C’est quelles thématiques ? La violence, l’horreur, la fascination pour la mort, l’effroi métaphysique, l’industrie et tout ce qu’il y a de plus saloperique dedans.

Agressivité : 5/5

Hermétisme : 5/5

Répétitivité : 4/5

Qui c’est qu’en fait ? Hijokaidan, Dissection Table, Vomir…

Le comfy-synth

Il est bien loin, le temps du dungeon-synth old school où l’on forniquait avec des succubes dans un pentacle de sang de chèvre (ou l’inverse). Désormais, la mode est aux gâteaux de chez mamie, au grand fauteuil de chez papy et aux promenades en plein air. Croyez-le ou non, on trouve désormais sur des chaînes telles que Black Metal 666 des EP d’un genre que les promoteurs présentent comme, je cite, une musique pour vous rappeler de bons souvenirs de votre enfance. Le comfy-synth reprend ainsi les codes du dungeon-synth pour les transposer dans un cadre fantasmé non plus médiéval mais des campagnes d’antan, avec des samples de ronchonnements de grand-père comme on n’en trouve que dans les contes et de carillons censés rappeler votre insouciante jeunesse. Du véritable Sylvain-et-Sylvette-synth.

L’avantage du comfy-synth est d’ainsi s’adresser à des publics pas forcément attirés par l’électro avant-gardiste, les vieux, les enfants, les grands enfants, les amateurs de musique intime comme ceux de celle légèrement kitsch. Reste qu’on a là un genre comme la synthwave entièrement basé sur la nostalgie d’un XXe siècle où la vie serait plus facile ; espérons qu’il parviendra comme elle à s’en distancer pour créer son propre imaginaire.

C’est vieux comment ? 2019 (oui, l’année dernière, purement et simplement).

C’est quelles thématiques ? La nostalgie, la campagne, la douceur de vivre.

Agressivité : 1/5

Hermétisme : 2/5

Répétitivité : 4/5

Qui c’est qu’en fait ? La principale chaîne du mouvement, The Comfy Synth Archives, diffuse une multitude de petits artistes se revendiquant du mouvement ou d’un pseudo-sous-genre associé. Parmi les plus productifs, on peut citer un compositeur anonyme se cachant derrière deux projets : Grandma’s Cottage, Grandpa’s Cottage, et probablement aussi Mom and Dad.

La sovietwave

C’est la lutte finale, mes petits camarades, et vous comprenez bien qu’on ne va pas laisser l’impérialisme capitaliste américain s’emparer des années 80 ! En réaction à la nostalgie fabriquée de toutes pièces (La preuve par l’Odieux Connard) d’un temps béni où les gobelets des soirées étudiantes étaient rouges et où les US étaient sous Ronald Reagan s’est développée comme vous le savez la vaporwave, mais aussi la sovietwave. Semblable à la nébuleuse dreamwave / chillwave, la sovietwave se fait tout aussi planante mais utilise des instruments électroniques plus froids et encore plus rétros, datant non plus des années 80, mais allant lorgner vers ceux des 70s (on notera l’utilisation du thérémine), avec un imaginaire piochant carrément dans les années 50-60 avec  l’imagerie atompunk ; les samples de jeux vidéo ou de films étasuniens sont remplacés par des enregistrements de radio grésillante, souvent en russe. Tout est fait pour rappeler le rêve de la conquête spatiale, sans doute l’aspect le plus souriant de l’URSS ; reste à souhaiter que le genre ne s’en contente pas pour essayer d’autres thématiques, quitte à se montrer plus critique envers le stalinisme et le marxisme-léninisme autoritaire. Enfin, qui sait, peut-être un jour aurons-nous droit à du Margaret-Tchatcherwave pour parler du néo-libéralisme… mais cette fois y’aura pas grand-chose pour nous faire rêver.

C’est vieux comment ? Années 2010.

C’est quelles thématiques ? L’espace, l’URSS, la guerre froide et sa conquête spatiale.

Agressivité : 1/5

Hermétisme : 1/5

Répétitivité : 3/5

Qui c’est qu’en fait ? À voir notamment : la chaîne New Soviet Wave.

Le minatory

Certains comme moi dans le brostep (ou ce que les gens normaux appellent – à tort – la dubstep) aiment le côté sale gosse et geek décomplexé, d’autres sont fascinés par son aspect violent. De là a découlé le deathstep, terme utilisé par les adeptes pour désigner un style aux différences vagues pour le néophyte ; mais de ça a découlé le minatory, et celui-là, je peux vous le dire, on le sent venir de loin. On sort totalement du concept de dance music : pas forcément de build-up, aucune mélodie dansante. Les pistes sont courtes et ramassées, avec une intro lente et sombre semblable à la dark ambient, puis un drop ultraviolent avec le volume à fond pour ensuite se conclure sur une touche moins agressive. Pas le genre de trucs qu’on entendra de si tôt au Grand Palais…

C’est vieux comment ? Années 2000-2010.

C’est quelles thématiques ? La violence, la science-fiction sombre, le gore.

Agressivité : 5/5

Hermétisme : 4/5

Répétitivité : 3/5

Qui c’est qu’en fait ? D-jastha, Deification…

L’extratone

On en avait déjà parlé : dérivé de la techno hardcore, ce genre pousse le concept de BPM rapide au maximum. Les morceaux semblent inaudibles, le mélodies sont tout juste esquissées entre deux martèlements. C’est cette mélodie, et en même temps cet écrasement permanent, qui donne l’impression à l’auditeur, surtout drogué, d’être propulsé dans une sorte de pulsation incessante, fascinante de par sa vitesse ; mais c’est aussi cette accumulation de sonorités rendues suraigües et particulièrement brusques qui bousculeront les non-adeptes du hardcore. Comme quoi Arielle Dombasle est extra-tout sauf ça.

C’est vieux comment ? Années 2000, minimum 90.

C’est quelles thématiques ? La violence, l’horreur, le post-apocalyptique, bref comme dans le sillage du hardcore, le Millenium.

Agressivité : 5/5

Hermétisme : 5/5

Répétitivité : 4/5

Qui c’est qu’en fait ? Ricardo Balli, Ralph Brone…

Le psystep

Contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord, le brostep est assez peu psychédélique : les sonorités sont syncopées et sortant de l’ordinaire, mais elles sont différentes de celles de la scène psyché, aussi bien dans le rock que dans la trance. Quelques tentatives de faire des morceaux avec sont toutefois à noter, notamment Farfacid et son EP Dubstep Farfelue (plus disponible sur Internet), dont il a notamment repris la piste Buena Onda pour son album Doors of Perception. On pourra aussi noter Savant on Muschrooms dans un délire similaire quoique nettement plus conventionnel et quelques autres pistes orientalistes piochées de-ci de-là sur Internet ; la grosse majorité reste toutefois de la psybient à qui l’on a donné ce nom pour avoir l’air plus badass. Un micro-sous-genre peu développé qui aurait pourtant un sacré avenir devant lui : en reprenant la poésie déglingue et extraterrestre du psydub et du downtempo pour la coller à une musique de base elle aussi pour le moins extraterrestre, on a de quoi créer un engouement pour les prochaines années.

C’est vieux comment ? Années 2010.

Ça parle de quoi ? Le psychédélisme en général.

Agressivité : 3/5

Hermétisme : 2/5

Répétitivité : 1/5

Qui c’est qu’en fait ? Trop peu de gens !

Le folkstep

Autre micro-sous-genre encore mal cerné mais dont le nom revient souvent, le folkstep serait donc en toute logique la fusion entre le folk et le brostep. Seulement tout se complique quand les groupes pouvant être qualifiés comme tels se résument à peau de chagrin, et que la plupart de leurs titres… ne correspondent pas à cette définition. Le fait est que ces artistes mélangent énormément de trucs : jazz, ska, cabaret, au point que seuls certains titres relèvent véritablement d’un rythme syncopé avec des sonorités glitchées ou agressives, le drop étant quant à lui toujours absent. On notera malgré tout la nette omniprésente d’une inspiration de la musique traditionnelle des Balkans, ce qui confère un peu d’unité à un genre pour l’instant encore extrêmement nébuleux.

C’est vieux comment ? Années 2000-2010.

Ça parle de quoi ? La tradition (parfois avec un rapport conflictuel), la danse, le folklore, les Balkans…

Agressivité : 2/5

Hermétisme : 1/5

Répétitivité : 2/5

Qui c’est qu’en fait ? Shazalakazoo, Beats Antique, Dubyoza Kolektiv…

Le plant metal

On aura tout vu passer dans le black metal : des suicidaires, des néonazis, des gothiques, des occultistes, et désormais… des feuilles de blette. Se situant à l’avant-garde du mouvement, la bande Botanist a donc plus ou moins créé son propre sous-sous-genre, s’inspirant du monde végétal, non pas celui bien tout gentil et innocent des roses et des lilas, mais celui mystérieux des plantes sauvages et des sous-bois, que seuls venaient cueillir les alchimistes et les sorciers (bon soyons honnêtes : je n’ai vu la terminologie « plant metal » que sur un seul site plus que douteux, mais je pense que l’on peut sans difficulté en revendiquer une pour une musique aussi à part). Une ambiance mystérieuse est donc requise, trouvée grâce au dulcimer omniprésent au point de remplacer complètement la guitare électrique et une alternance entre murmures et growls. J’avais pensé vous en proposer quelques titres pour ma review de La Fleur de Dieu, je m’étais découragé devant un truc fascinant mais si peu accessible même pour moi ; pourtant, c’est un artiste très éclectique, qui lorgne désormais de plus en plus vers la blackgaze, ce qui ne l’a pas empêché de faire quelques morceaux bien vénères.

C’est vieux comment ? Fin des années 2000.

Ça parle de quoi ? Les plantes et leur royaume de mystèèère.

Agressivité : 4/5

Hermétisme : 3/5

Répétitivité : 2/5

Qui c’est qu’en fait ? Botanist, rien que Botanist et uniquement Botanist.

Le lowercase

Bon, on va pas se mentir, ça va nous faire beaucoup de musiques de tonton Brutos. Du coup, ce que je vous suggère, c’est de finir sur une petite note gentilloute. Le lowercase est un dérivé extrême de l’ambient, reprenant à donf le concept de « musique d’ameublement », simple, progressive, dotée de peu de variation et dépourvue ou presque de véritable mélodie. Il s’agira d’un sample au volume bas, répété avec d’infimes variations, le tout étant censé bercer l’auditeur… ce qui risquera même carrément de l’endormir. Le lowercase est une musique très difficile d’accès tant elle est minimale et se basant sur des samples et des nappes étranges, et moi-même pourtant assez ouvert n’étais pas loin en découvrant certaines compositions de crier à la fumisterie. Si vous vous y intéressez, redonnez à ces albums une chance, car ce sont toutes ces petites bribes de sons différents qui viennent offrir une poésie difficile à saisir, un peu d’asymétrie dans cette homogénéité. Pour peu que l’on y trouve un intérêt méditatif, cette musique provoque le même effet que les silences prolongés : elle permet de se rendre compte de tous les bruits minuscules dont nous ne nous rendons pas compte en temps normal.

C’est vieux comment ? Années 90.

Ça parle de quoi ? Le silence, les petits bruits.

Agressivité : 1/5

Hermétisme : 5/5

Répétitivité : 4/5

Qui c’est qu’en fait ? Bernhard Günter, Steve Rodern…

Deux ou trois outsiders

Des genres encore de niche mais pas assez originaux pour figurer dans l’article. Si vous avez des suggestions de trucs à rajouter, n’hésitez pas, cette série d’articles étant prête à être modifiée à tout moment, ect.

  • La viking ambient : L’underground, c’est comme un glaçon : ça coule, ça coule, puis ça remonte. Après la black ambient qui finit par former le dungeon-synth, la ritual ambient (un sous-genre de la dark ambient dans lequel je me suis gardé de mettre les pieds vu son histoire et ses thématiques sordides) abandonne son occultisme omniprésent pour se métisser avec le folk d’inspiration nordique : c’est une généalogie probable qu’on pourrait faire de la viking music qui commence à germer un peu partout sur Youtube. On y retrouve l’idée de rituels païens et ancestraux, mais désormais dans une recherche historique et folklorique plutôt qu’ésotérique. On retiendra notamment Skapanir et ses chants druidiques.
  • L’arctic ambient : Dérivé de l’ambient techno s’intéressant aux paysages polaires et tentant de les retraduire par le son. Biosphere en est le grand pionnier.
  • Des ovnis dont on a déjà parlé : folk ambient, dino-synth, doomgaze, hypnagogic pop, …

Voilà, c’est tout pour cette fois-ci. Ce sont des genres bizarres, étranges, parfois inquiétants, parfois amusants, mais rappelez-vous qu’ils ont tous une démarche artistique précise et qu’ils ratent au final peu souvent leur cible pour peu qu’on accepte leur postulat de base. Après, je vous dis ça, c’est pour votre culture…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s