Il est temps de se mettre à jour, les enfants. En effet, vous connaissez mon penchant chez les auteurs et sous-genres à commencer par des œuvres tout à fait mineures voire oubliables pour finir sur les classiques, et je me dois de rectifier le tir en réparant ma culture qui ressemble à certes un énorme gruyère, mais un gruyère quand même. À commencer par LE classique du NSO (New Space Opera pour les connaisseurs) : Le cycle d’Hypérion, inauguré par le diptyque Les Cantos d’Hypérion et son cultissime premier volume Hypérion, longtemps resté scindé en deux volumes dans la langue de Benalla. On risque de rabâcher des choses déjà dites, de faire simplement dans la recommandation… mais essayons quand même !

L’invasion extro menace les planètes humaines. Dans ce contexte politique plus que tendu, le culte sanglant gitchtèque demande à ce que l’on perpétue ses traditions : et à vrai dire ce serait peut-être pas plus mal étant donné que le monstre qu’elle vénère, le Gritche (aucune parenté avec celui qui veut arrêter Noël), a la réputation d’exaucer le vœu d’un de ses pèlerins ce qui pourrait changer la grande comme la petite Histoire, lesquels ne sont pas obligés d’adhérer à sa religion… à condition que les compagnons du pèlerin gagnant meurent et qu’ils se soient embarqués dans un voyage au fin fond de sa planète dont personne n’est encore jamais revenu. Sa planète, c’est Hypérion. Sauvage, inhospitalière, morte géologiquement. Hantée par cette créature qui semble tenir autant de Dieu que du diable…

Ni une ni deux, nos pèlerins s’embarquent dans la joie et la bonne humeur. Un mystérieux consul, Het Masteen, commandant de vaisseau tout aussi mystérieux, l’ex-colonel Fehdmann Kassad obsédé par une femme semblant à la fois l’incarnation de l’éros et du thanatos, Hoyt, un catholique préoccupé par le déclin de sa religion… et un lourd secret, Silenus, une sorte de Baudelaire sous LSD, Brawne, une femme loin des attentes du lecteur mâle de l’époque, et Sol Weintraub, juif érudit errant avec un mystérieux bébé. Une galerie de personnages hauts en couleur dignes de ce roman baroque.

Baroque car tous ensemble, ils vont se mettre à raconter leurs histoires, leurs démêlés avec Hypérion à une autre époque. Et c’est là que le roman se fait riche, utilisant la forme des histoires à tiroirs, voire à tiroirs dans les tiroirs, proposant à chaque fois un registre et une ambiance tout à fait différents. Un récit d’aventures rappelant l’exploration coloniale comme nombre d’ouvrages fantastiques (Les Murailles de Samaris, Les Montagnes Hallucinées), un polar, une SF militaire teintée de romance érotique… Sans jamais qu’un récit s’avère inutile ou gratuit. Les clins d’œil et références à d’autres œuvres de SF sont omniprésents (Le cycle de Mars, La terre mourante, L’Incal, et un certain chapitre évoque un Samuel R. Delany des bons jours), et on trouve même entre autres un élément qui influencera un point précis du cycle d’Alamänder. À noter qu’il est fait mention de l’avenir des communistes, des musulmans, des français, des juifs et des palestiniens… Chose plutôt rare dans la SF étasunienne !

Vous l’aurez compris, ce livre ne pouvait que me plaire. Côté défauts, pinaillons, Silenus lâche par moments des obscénités gratuites le rendant un peu too much, et vous commencez à savoir que j’en ai ras-le-bol des scènes de sexe. Mais c’est bien à l’édition française qu’il faut porter le blâme : l’édition intégrale, bien que très belle, ne possède pas un sommaire pour répertorier les chapitres ou les récits, mais uniquement… les deux volumes du découpage français.

Mais Hypérion, c’est enfin et surtout un long questionnement philosophique. Qui est Dieu ? Quand un artiste doit-il s’arrêter ? Que sommes-nous face à un être au moins en apparence tout-puissant ? Il met en scène des personnages moraux, amoraux (et dans ce cas leur comportement est implicitement questionné), d’autres dont on ne connaît pas encore leur cheminement ; mais on les voit avancer et se donner la main.

Bref, Hypérion est une splendide fresque remplie d’idées narratives et dramaturgiques, tantôt intime, tantôt pleine de sense of wonder. Inutile d’en dire davantage, si vous n’avez pas peur de la SF résolument adulte et que vous voulez voir du space op de grande envergure avec autant de raisonnements métaphysiques que de rayons laser qui font piou-piou, vous avez frappé à la bonne porte. Après, je dis ça, c’est pour votre culture…

D’autres pèlerins sillonnent la planète : Apophis, Lutin82, Célindanaé, …

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