On avait quitté Jon le détective magique au beau milieu d’un cliffhanger de la mort qui tue, bien malin qui saurait dire désormais comment Alexis Flamand allait continuer son cycle d’Alamänder. Le problème étant que le tome 2 d’une trilogie s’avère souvent le plus faiblard, car il s’agit de celui où s’effectue la transition vers le grand final. Et des fois, les problèmes peuvent venir d’ailleurs…

Les faits sont là : l’auteur fait monter la sauce en versant vers une fantasy épique davantage qu’humoristique, allant toujours plus loin dans sa démarche de remplacer les codes de celle-ci par ceux de la SF. Cependant, à force d’avoir été conditionnés par d’excellentes idées en permanence, on finit par devenir exigeants. Quitte à s’en rendre sacrément critiques sur ce qui passait jusque-là comme du beurre…

Des aventures over the 9000*

* Dragon Ball chez les Bioumane, Ariane (1988) (que voulez-vous, je m’adapte aux djeunz)

Commençons par ce qui va ; après tout, ce ne sont pas les qualités qui manquent. L’histoire se complexifie, avec d’un côté l’enquête de Jonas, qui semble privilégier la piste d’un T’Sank, de l’autre YArkhan qui elle aussi semble en vouloir au roi… tout en demandant les services de Jon à son tour. Et Retzel qui décide de faire une carrière d’écrivain…

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’histoire s’inspire de plus en plus de la SF, quitte à délibérément verser par moments dans la science-fantasy : technologies volantes, androïdes qui n’auraient rien à envier aux Réplicants, manipulation chimiques… Et même quand ce n’est pas le cas, c’est quand même le seul roman où vous entendrez parler de trous de ver ou d’accélérateurs de particules mus par la magie ! Magie dont une nouvelle forme apparaît également dans ce tome, dont il est difficile de vous parler sans spoiler… Sachez seulement que son système se base sur les manipulations génétiques.

La psychologie des différents personnages s’approfondit et Alexis Flamand n’hésite pas à prendre des risques, avec différents évènements imprévisibles qui vont modifier considérablement leurs rapports : on se souviendra de l’ambiguïté sentimentale et morale de Rachelle qui se creuse et de Vance qui oscille entre femme d’une finesse incroyable et tueuse sans barrières morales. Le tout au service d’un questionnement éthique : comment lui, le noble et juste héros Jonas, doit-il se comporter dans un monde de plus en plus tordu ?

Autant vous prévenir que ça rigole pas par moments (le comble pour de la light fantasy) : derrière ses airs comiques se cache un roman assez hardcore, imprégné de violence et de gore psychédélique, pourvu d’un sense of doom assez conséquent voire de mutilations chez les personnages principaux. Ce qui a ses bons côtés puisque le suspense ne s’en fait que plus grand, et que ceux-ci sont pourvus de leur certain sens de l’autodérision. Il y a bien une résurrection, le truc à ne surtout pas faire, mais c’est toujours dans une optique de développer le personnage et le système de magie, d’autant plus que l’auteur sait ménager la surprise.

Signalons enfin pour finir une certaine ambition dans l’épique et l’entrée en scène des xéols : l’arrivée d’une société tribale et sans concessions, au système de pensée différent du tout au tout de celui d’occidental. Et comme toujours, sortir un peu de l’eurocentrisme en fantasy ne fait pas de mal, bien au contraire.

Oui, mais…*

* Jusqu’ici tout va bien, Jul (2016)

Pourtant, disons-le, ce qui était tellement passé anecdotique comme problèmes au point que je n’en avais même pas parlé pour le tome 1 commence à se faire sentir ici. À commencer par le dosage humour / action, qui a tendance à faire le grand écart entre chapitres ultra-sérieux et gros délires par moments. Le procès de Retzel s’avère ainsi inégal quand il aurait pu faire une scène d’anthologie, oscillant entre les grosses plages de silence radio où les gags laissent place à une mini-enquête, les blagues grasses, et l’humour cartoonesque qui fait toute la sève du sidekick.

Les explications, elles, se font très, très longues, et pas toujours nécessaires quand elles étaient déjà nombreuses auparavant. Dans la catégorie « Aha, je suis le coupable, et j’explique tout mon plan pour vous faire gagner du temps », je dois avouer qu’une des scènes s’étire comme ça beaucoup trop pour sembler naturelle. Il faut dire que le style s’avère lui-même inégal, avec pas mal de termes systématiques (« l’ancêtre » pour désigner  Sertine, « le mage » pour parler de Jonas, « l’Asiatique »… dans un univers où l’Asie n’existe pas), ou encore deux phrases quand une seule suffirait (« Les flexinelles étaient toutes dirigées vers lui. Elles oscillaient de manière hypnotique » plutôt que « Les flexinelles étaient toutes dirigées vers lui, oscillant de manière hypnotique », par exemple).

Du reste, le découpage s’avère bizarre : le premier quart est un peu la fin du tome 1, qui se terminait ainsi finalement juste pour l’intérêt du cliffhanger, puis le récit se morcelle en toutes sortes d’arcs narratifs (tirant parfois sur la longueur et dont on ne sait pas toujours où ils veulent en venir) qui font sentir le « tome de transition » de toute trilogie qui se respecte… Et tant qu’on y est à chipoter, parlons aussi des méchants : Lamarr, défini juste par sa force brutale, ou encore deux autres qui s’avèrent n’en former qu’un, mais on en aurait su l’identité depuis le départ que ça n’aurait probablement rien changé (note : je suis en train de lire le tome 3, et finalement si, ça trouve une petite utilité). De la part d’une série mettant autant de soin dans son intrigue et ses personnages, difficile de passer à côté…

Un mot sur les illustrations dans l’édition en ligne : si elles étaient tout à la fin dans le tome 1, ce coup-ci elles sont dispatchées au pifomètre sur les 5 derniers %. On peine à comprendre la logique éditoriale s’il y en a une.

Conclusion*

* FooFighter, The Pretender (Infected Mushrooms remix) (2012 — LA musique que je mettrais comme thème pour Jon si j’adaptais les livres en série !)

La citadelle de nacre a des défauts, certes, mais avec quel art elle sait les compenser ! Entre le rythme, la plupart des gags, l’évolution de l’univers et des protagonistes, on a qu’une hâte, celle de voir comment tout ça peut se résoudre. Le récit verse de plus en plus dans la fantasy épique et accentue son ambition, bref on tient là sans doute la trilogie la plus novatrice en fantasy française de ces 10 dernières années. Après, je vous dis ça, c’est pour votre culture…

On explose tous les compteurs aussi chez : FeydRautha, Les chroniques du Chroniqueur, …

Voir aussi : le tome 1 ; le tome 3

PS : Concernant le top 10 de la fin de 2019, y’a deux films que j’ai pas mis alors qu’ils étaient très méritants : Wrong et Tree of Life. Pourquoi ne pas les y mettre, me diriez-vous ? Eh bien, d’une part, ça faisait beaucoup d’œuvres qui ne dataient pas de l’année en cours, d’une autre, il s’agit de films dont on se rend peu à peu compte de l’importance et qu’on analyse de mieux en mieux au fil du temps. Bref, au lieu de films qui marquent une année, ce sont plutôt des films qui marquent une vie…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s