Les fêtes se préparent, elles sont déjà là chez moi : c’est le 200e article, déjà plus de 500 pages que je remplis de mes conneries, et ça m’amuse toujours autant. Il faut bien un peu en profiter. L’occasion une fois de plus au romantique incurable que je suis de vous étaler ses albums de fillette. Mais j’avais envie de vous partager quelques coups de cœur de l’année 2019, même de manière rapide et un brin subjective.

Précisons-le tout de suite : ce n’est pas un top de fin d’année, certains albums sont arrivés de justesse dans la case « Écouté et approuvé », et vous n’avez pas forcément la même sensibilité que moi. Mais je vais essayer de vous expliquer en quoi ils m’ont touché, et que même si ce ne sera pas forcément votre cas, pourquoi la plupart reste digne techniquement d’intérêt.

Black Hill & heklAa – Mother of all trees

Black-Hill-Heklaa-Mother-of-all-Trees.jpgBon, on va pas se le cacher : cet album-là est clairement le plus faible des cinq. Et à vrai dire, il risque pas de vous attirer des masses : la musique minimaliste avec moi, ça passe ou ça passe pas, bravo l’objectivité. On dirait du libre de droits un peu gnan-gnan, de l’ambient gentilloute et sentimentale où tout le monde il est fleur bleue, tout le monde il est gentil ; et c’est exactement ce que je pensais à la base.

Simplement, Black Hill est un bon, rien qu’avec ses jaquettes où l’on sent un style reconnaissable qui n’empêche pas un amour du détail dans les traits et les couleurs, et rien que pour son superbe album de folk/post avec Silent Island, Tales of the night forest. Alors j’ai laissé passer les cinq premières minutes pour vraiment me plonger dans l’ambiance : avec trois ou quatre accords, le gars pose une atmosphère calme et mélancolique qui tape pas pour autant dans la mièvrerie pour un sou, le post-rock et l’ambient savent se faire discrets sans empiéter avec la pompe qu’ils peuvent avoir des fois, la musique se fait émotionnelle / cinématique mais évite admirablement tous les écueils (pas de violons, pas de grosses envolées lyriques brutes de décoffrage), bref : pas de vraie originalité, mais un disque profondément intime dans lequel se plonger.

Wang Wen – Sweet Home Go !

PEL_073_wangwen_SHG_cover_C.jpgJ’avais parlé de Wang Wen dans mon article présentant le post-rock, et notamment leur Sweet Home, Go ! inoubliable. Attention néanmoins à ne pas l’écouter n’importe quand : c’est trèèès progressif, donc pas le genre de machins à écouter en soirée ni mal réveillé comme j’en ai eu l’idée idiote quand j’ai voulu compléter l’article. Le post-rock se fait ici plus expérimental que jamais, extrêmement bruitiste par moments, harmonieux par d’autres, avec des influences jazz et ambient, drone ou normale, ou encore cinématiques / orchestrales, une part importante accordée aux instruments de conservatoire, et pas forcément les plus mainstreams (à commencer par le fameux solo de violoncelle tirant sur la contrebasse). Tout est calme et en même temps irrégulier, jouant sur des variations d’atmosphère aux rythmes de la guitare et du saxophone. Bref pour en parler, sans doute vaut-il mieux écouter davantage un avis poétique, se plongeant au cœur même du disque à travers ses profondeurs immobiles et pourtant sans cesse variables : celui, bien sûr, de totoromoon.

Aloeswood – Against the Modern World

0009018912_10.jpgUne autre pièce émouvante, découverte peut-être l’année dernière celle-là, mais sans conteste méritante : celle d’Aloeswood, offrant un néofolk doux-amer teinté de black metal avec son EP Against the Modern World. Que dénonce-t-il, exactement ? Ni la mort des racines païennes comme les mouvements dont il est issu tendraient à le faire croire, ni l’omniprésence du capitalisme comme il serait si facile de le faire pour tout artiste moderne ; à vrai dire, on en sait rien. Et c’est tant mieux comme ça.

Against the Modern World offre à l’auditeur une lettre d’amour au monde sauvage plutôt qu’un bordereau de haine envers notre époque moderne, contant dans une langue poétique la mélancolie douloureuse du chanteur, non pas pour s’y complaire, mais pour profiter (et peut-être faire le deuil) d’une nature mourante, entravée par l’homme et son refus de s’y intégrer. Une ode aux vieux folklores, aux anciennes légendes, à la beauté des forêts et des montagnes. En gros : j’ai bien aimé.

Anoice – Ghost in Clocks

anoice_orig.jpgOn en termine avec le post-rock et ses petits copains sur Anoice, un groupe japonais qui réussit le pari d’être extrêmement prolifique et extrêmement original. Leur musique va chercher dans l’expérimental pur et dur, avec le bruitisme mais sans en abuser, mais aussi dans le cinématique / orchestral que surlignent des jaquettes souvent remplies d’un imaginaire achevant de donner au tout un aspect épique. Allons-y, enfonçons des portes ouvertes : c’est le genre de musiques que je veux voir dans le prochain Ghibli.

Ghost in the Clocks s’éloigne ostensiblement du post pour partir dans quelque chose de plus brutal, mais pas forcément dépourvu des grands sentiments. On alterne passages ambient ou piano et envolées émotionnelles, pour partir ensuite dans des transitions entre deux musiques alliant steampunk et expérimental. Oui, steampunk : on mélange rarement le post au rétro, mais bien souvent ça donne d’excellents trucs. Ceci dit, il ne s’agit que d’une influence parmi tout un tas d’autres, la science-fiction pure et dure se faisant elle aussi sentir. Bref, si vous voulez finir l’année dans une ambiance post-apo qui envoie du lourd, c’est ce disque qu’il vous faut.

Emancipator – Soon It Will Be Cold Enough

Youtube me donne des envies de carnage. Pour poser une affirmation qui mettrait davantage en avant mes qualités littéraires, je dirais que je suis plus qu’agacé de toutes les perles qui se font supprimer ces derniers temps, à commencer par Wiremux (une perte inconcevable), Ambient Occlusion (m’en parlez même pas), et maintenant l’album complet d’Emancipator publié sous un artwork magnifique ! Et bientôt quoi ?! Les vidéos du Professeur Feuilla… Ah mais la dernière s’est vraiment faire gniaquer par l’algorithme.

Vous savez ce que je pense des restrictions sur le droit d’auteur : si on avait pas toute cette musique gratuite sur Internet, qu’elle soit repompée ou distribuée de manière sourcilleuse, on découvrirait pas tout un tas d’artistes dont on achèterait ensuite les concerts, les albums, ect. Dès lors, à quoi bon restreindre les diffusions, surtout si c’est en parallèle pour promouvoir de la musique lisse et commerciale ?! Enfin, je me plains, mais les pistes de Soon It Will Be Cold Enough sont encore disponibles dessus pour l’instant. Et Soon It Will Be Cold Enough, c’est de la bombe.

Voici un album aux sonorités variées, mêlant downtempo aux influences EDM (la DnB fait quelques incrustations) et trip hop jouant sur les glitches ; l’artiste convoque également fortement la deep house avec ses mélodies simples et mélancoliques ou ses influences rock et jazz estivales, ou du moins c’est mon ressenti. Le tout forme un ensemble uni et cohérent, teinté de mélancolie et de ce fameux truc flou mais qu’on adore tous appelé « électro posé ». Il en s’agit sans doute d’un de ses meilleurs albums depuis la création du terme. Et plus largement un trip hop qui ne ressemble à aucun autre, un downtempo atypique et un excellent disque tout court. Et comme je commence à en avoir marre que le robot Youtube supprime absolument tout ce que j’aime, je vous mets l’artwork en question au lieu de la jaquette, na, j’aurais qu’à dire que c’est pour votre culture :

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