Livre lu pour le challenge de Ma Lecturothèque (40/48)

On l’attendait la bave aux lèvres, et c’est le Damasio que je retiendrais de cette année, plutôt que la hype sur Les Furtifs aussi démesurée que la bêtise d’un 20 heures. ENFIN, L’escadre frêle est sortie. ENFIN, la suite de l’adaptation de La Horde du Contrevent en BD qui a selon moi surpassé l’œuvre du maître. Et comme le prouve la parution des versions black & chrome des deux tomes, malgré L ‘ I N C R O Y A B L E   T E M P S   À   A T T E N D R E   L A   S U I T E, ça s’annonce bien bien bien bien bien.

Et qu’est-ce qu’on peut ajouter, honnêtement, que j’aie pas dit pour le tome 1 ? Encore une fois en effet, je vais devoir surligner l’incroyable talent de Éric Henninot en temps que dessinateur. L’univers s’étoffe pas seulement dans son histoire avec l’entrée en scène de la Poursuite et des Fréoles, mais aussi visuellement, avec les nefs-de-la-mort-qui-tue de ces derniers, mais aussi dans des détails de rien du tout comme le bestiaire. Je veux dire : le gars a poussé le bouchon si loin qu’il a même développé la mode vestimentaire des fréoles, jusqu’à se poser des questions sur l’orfèvrerie.

Et scénaristiquement, tout d’abord parce qu’il adapte à merveille. Certains thèmes qui n’étaient qu’évoqués dans le bouquin d’origine ont désormais toute une sous-intrigue pour se développer, des détails balancés plus tard dans le livre sont glissés en fusils de Tcheckov pour donner à l’ambition démesurée du tout un côté moins bancal. Enfin, on pouvait craindre que la mort de vous-savez-qui à la place de qui-vous-savez plus tard dans le bouquin, forçant Sov à endosser d’autres responsabilités et plus tôt dans le récit, reviendrait au final au même ; mais c’est quand même traité en filigrane, le scribe étant désormais contraint de devoir porter le moral de toute la troupe et faire un intermédiaire vers Golgoth.

Je me suis tout d’abord montré sceptique sur certains points du pitch : en gros, ce tome raconte l’épisode où la Horde rencontre le peuple Fréole, et quel besoin d’y mêler les chrones ? Parce que l’aspect science-fictif dans La Horde, déjà bien léger, est ici d’autant plus allégé si on se met à faire du ta-gueule-c’est-chronique. Mais les tenants et aboutissants de l’idée ajoutent une pierre au scénario qui le complexifient et ajoutent de la pression dans la trame. Enfin, la scène où il en apparaît un a un côté très organique, un peu comme du Lovecraft mais qui voudrait faire de la féérie. Ce qui nous amène au dernier point sur lequel je voudrais m’attarder.

Parce qu’au-delà de tous ces points techniques bons pour n’importe quelle œuvre, Henninot a saisi ce qui faisait l’essence de La Horde : l’iconisation. En gros, Damasio laisse tomber les pancartes, les tracts Jeunes Communistes et les bons de réduction pour La Vie Claire, et il se met à nous conter un récit qui tente d’être le plus universel possible. Conformément à ses influences nietzschéennes, même pour faire passer l’aspect athée de ses messages, il va utiliser les mythes afin de réveiller ce qu’il y a de plus primordial dans l’individu, mettant en scène un groupe de héros aisément reconnaissables car incarnant chacun une partie de la psyché humaine (Caracole est le joueur destiné à rire de tout et qui a « suffisamment de chaos en lui pour accoucher d’une étoile dansante » ; Golgoth est l’aspect bestial, borné, inflexible ; Sov, le discret qui tente de rabibocher tout le monde comme il peut) en route vers un voyage au but inconnu dans un monde inconnu (donc à qui tout le monde peut s’identifier), traversant un grand nombre d’épreuves destinées à façonner leur bravoure (l’Odyssée / l’Énéide / Jason et les Argonautes). On attend donc des enjeux extrêmement élevés, un niveau de brutalité physique et psychologique extrême, entrecoupé de scènes grandioses, transcendant les pulsions de chaque individu dans une fresque gigantesque retraçant la profondeur des sentiments qu’il cherche à y extérioriser. Iconiser est donc ce qui sous-tend tout, et Henninot y parvient extrêmement bien : tout comme Moebius avant lui, il fait partie de ces rares dessinateurs qui en une case, une seule, peuvent retranscrire un nombre d’informations extrêmement important et/ou poser une ambiance particulière : western crépusculaire avec la fin du combat d’Erg Machaon, imagerie enfantine et bucolique dans un flashback de Sov (contrastant d’autant plus avec l’austérité de la scène de départ), exotisme quasi-extraterrestre avec le zigzag entre les mines volantes…

Bon, très honnêtement, il y a quelques imperfections. Nouchka en version Smarovski et Sveziest coiffé de chez Goutchi ou je ne sais quelle autre coïonnerie, oui, BON. Mais la vraie faute de goût tient pour moi à ce qui ressemble à une tenue de Goldorak hippie avec des poils fluorescents que revêt Silène lors du combat. Seulement à côté de ça mes amis, c’est la bande de Contre qui se déploie dans toute sa splendeur ! Observez la finesse de l’encrage qui n’en fait jamais trop, l’harmonie des couleurs, le soin apporté à chaque détail insolite ou battu par les vents. Lisez l’adaptation de La Horde du Contrevent, que vous adoriez ou détestiez le roman d’origine ou que vous vous en fichiez de l’avoir lu ou non, il s’agit vraiment du truc qui peut mettre tout le monde d’accord par son élégance et sa finesse. Après, je dis ça, c’est pour votre culture…

Des gros bateaux volants aussi chez : FeydRautha, …

Un commentaire sur « « L’escadre frêle » : C’est génial, qu’est-ce que vous voulez que je dise de plus ? »

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