Livre lu pour le challenge de Ma Lecturothèque (39/48)

Ouloulou, c’est qu’avec tout mes space ops et compagnie, j’ai pas beaucoup regardé ce qui est sorti cette année en fantasy française. L’occasion pour moi de se plonger dans le cycle de La rose de Djam par Sandrine Alexie, spécialiste des cultures arabes, qui signe son incursion dans la fantasy historique en mettant en scène l’équivalent de notre Graal dans le monde musulman, une coupe surnommée la Rose, dans laquelle se cacheraient tous les secrets du monde. Bon, je vous avoue, si je l’ai choisi, c’est surtout parce que ça me faisait penser aux Lions d’Al-Rassan avec un peu plus d’epic.

Pour le petit placement de produit, Les Lions d’Al-Rassan c’est une superbe fresque de fantasy historique de Guy Gavriel Kay au même éditeur, transposant la Reconquista dans un monde imaginaire, avec une reconstitution historique minutieuse du monde arabe, que des personnages incroyablement bien écrits, des tas de péripéties différentes, d’évènements inattendus Histoire oblige (au point de devoir sacrifier parfois un ou deux personnages prometteurs), de l’humour et une espèce d’onirisme doux-amer qui plane sur l’ensemble parce que comme dans la vraie vie on sait jamais vers quoi on se dirige, le tout rapporté par un style magnifique s’attardant toujours sur les petits détails sans jamais en faire trop. Il y a bien quelques scènes de, vous savez la lettre entre le P et le R, mais même ça c’est superbement bien écrit sans tomber dans le voyeurisme ou le cliché rose bonbon.

Du coup, quand arrive un petit roman français qui sort de l’autoédition pour se faire publier même avec des bêtes de l’Imaginaire comme L’Atalante, forcément ça va souffrir en comparaison. Alors est-ce que La Rose de Djam reprend les éléments qui faisaient la saveur des Lions d’Al-Rassan ? Non, mais est-ce que ça en fait un mauvais roman pour autant ?

Du très bon cru…*

* Lena Chamamyan, Love in Damascus (Lannka remix), 2017

Fin du règne de Baudoin VII. Tout l’héritage de la Première Croisade est en train de se scratcher et les musulmans reprennent le contrôle du Moyen-Orient (parce que c’est pas pour dire, hein, mais avec tous ces français qui viennent nous envahir, on sait plus à qui se fier… ^^). Quand le frère du seigneur normand de Terra Nuova disparaît, on le croit mort alors qu’il est passé dans l’Entre-Deux, un lieu énigmatique qui relierait les mondes matériel et spirituel. Jusqu’au jour où le cousin oriental de Gandalf vient toquer à la porte de Sybille, sa nièce, qui n’apprécie pas franchement son destin de femme au foyer et aimerait bien partir découvrir le vaste monde…

On est direct immergés dans le monde des croisades avec toute sa complexité, sans jamais chercher le simplisme ni concession, mais au contraire à immerger complètement le lecteur dans l’univers arabe qu’il croit connaître alors qu’on se rend compte à la lecture qu’on en est, mais alors très, très loin. Pareil pour la condition de la femme à l’époque : c’est tout bonnement une vie de chien, et rien ne nous est épargné. En temps que pur roman historique, c’est une la porte d’entrée de l’excellence niveau documentation. Côté fantasy, le surnaturel est très en retrait, mais ça ne me pose aucun problème.

Passées les 100 premières pages, l’humour commence à pointer son nez et on finit par s’attacher à des personnages malgré leurs actes à la limite de ce que nous lecteurs du XXIe pourrions qualifier d’infâme ; le capitaine Pèir Esmalit est ainsi plus crédible et plus humain que 99,9% de ces bad boys qui ont parasité la littérature Young Adult. On finit par se prendre au jeu, à l’aventure, sans forcément savoir où on va, et même si comme on va le voir, pas mal de défauts auraient pu être allégés du récit.

Oui, mais…*

* Yemen Blues – Jat Mahibati (Felckin remix) (2016)

Il y a le problème d’une grande part de la littérature SFFF française, à toujours vouloir rajouter des archaïsmes inutiles dès lors qu’il s’agit d’une époque révolue (problème d’autant plus curieux qu’il est propre exclusivement à la littérature SFFF, quand même des films historiques sérieux comme ceux de Bertrand Tavernier, s’ils utilisent un phrasé plus complexe que celui courant, ne tombent jamais dans l’écueil du trop-en-faire). On se retrouve ainsi avec des soties, vêturesbréhaigneadamantinese paonnant, francolin, chanteplore, benoîtement, enfançons, escarbouiller, parentèle, adonc, ect. Bref, ça rend pas le style franchement fluide ; je veux dire, quand t’as une phrase dans ton bouquin comme « Agoni de tous les anathèmes (…), le subordonné recula », le lecteur débutant a tendance à se signer en se demandant quel est ce langage diablerique. Au point que quand des gens se mettent à parler un langage volontairement plus fleuri que les autres, on remarque à peine la différence. Après, oui, ça pourrait donner un côté pesant et ancestral comme pour Clarke Ashton Smith, mais encore faut-il jouer la carte à fond. Vous connaissez les tue-l’amour ? Eh bien « la caboche d’un Gascon vola » est un vrai tue-la-tension !

Et puis il y a ce passage, en plein milieu du chapitre 1, où on passe de la première personne avec un narrateur inconnu à la troisième pour tout le reste du bouquin. Pourquoi commencer avec un parti pris pour aussitôt le laisser tomber ? Ne parlons pas non plus des scènes de sexe et autres allusions graveleuses peu empiétantes sur le récit mais pas franchement ragoûtantes non plus… Enfin, le personnage de Mascelin, s’il offre un contrepoids à la tolérance religieuse de Sybille et ses joyeux compagnons, montrant ainsi comment pensaient les personnes de son temps, n’est vu que par le prisme de son intégrisme ; espérons qu’il sera plus développé dans les tomes à venir.

Conclusion

Malgré tout, j’ai pas boudé mon plaisir, faut bien l’avouer, et j’ai vraiment pas envie de dire du mal de ce livre. Certes, la documentation n’excuse pas le style ou la qualité des personnages, mais il n’y a vraiment rien de flagrant non plus. On s’attache aisément à presque tous et on découvre une époque révolue qui nous apprend un peu plus de choses sur l’islam que ce qu’on pensait, mais aussi les gascons, les cagots ou même les fakirs (en tout cas bien plus que dans Astérix chez Razahãde). Alors que je me demandais si j’allais tenir au début, j’ai finalement passé une lecture très agréable que je recommande à tous les amateurs d’histoire arabe, experts comme néophytes. Après, je dis ça, c’est pour votre culture…

On est pas des chameaux non plus chez : Boudicca (est-ce que j’arriverais un jour à écrire ce pseudo correctement du premier coup ?!), Célinedanaé, …

6 commentaires sur « « L’Appel des Qurante » : La documentation ne fait pas tout »

  1. Non mais ce genre de style m’as-tu-lu, j’en ai déjà soupé chez Ferric ou Latil-Nicolas, je ne re-signe pas avec ce bouquin là non plus. D’autant plus que comme tu le soulignes très justement, Kay fait mieux sur tous les plans, et sans abuser d’effets de manche stylistiques, lui. Merci, donc, pour cette critique salutaire.

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  2. Et ba, il est facile à écrire mon pseudo ! 😉 Avis partagé sinon, même si, en ce qui me concerne, le style ne m’a pas rebuté du tout, je trouve que les termes comme ceux que tu cites donnent un charme supplémentaire au roman.

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  3. « Il y a le problème d’une grande part de la littérature SFFF française, à toujours vouloir rajouter des archaïsmes inutiles dès lors qu’il s’agit d’une époque révolue (problème d’autant plus curieux qu’il est propre exclusivement à la littérature SFFF »

    Ah! c’est tellement vrai et lassant!!!!!!

    Bon, je vais me contenter de Kay. 😉

    Aimé par 1 personne

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