Livre lu pour le challenge de Ma Lecturothèque (35/48)

Par ma barbe de trois jours, j’ai loupé le hors-série de Une heure-lumière de l’année dernière qui s’annonçait tout bonnement incroyable, hors de question de ne pas corriger cette mauvaise habitude. Pour rappel, la célèbre collection de novellas publie chaque année un livre anniversaire offert en quantités limitées pour l’achat de deux autres ouvrages. J’ai donc choisi Retour sur Titan, du cycle des Xeelees (non, ne salivez pas tout de suite, je compte lire d’abord les tomes 2 à 4), et Acadie fraîchement recommandée par le camarade FeydRautha. Voyons donc ce que vaut la cuvée 2019…

Une heure-lumière, ou l’art du craquage

Un court texte qui sert plus d’introduction à la nouvelle qu’autre chose. Ou plus exactement à des remerciements émus, mais sans grande prétention littéraire. Moi qui espérais un making-of de la collection, on dirait que ce n’est pas pour cette fois…

Isabel des feuilles mortes

La nouvelle en guest de ce numéro nous est offerte par Ian McLeod, qui avait déjà fait paraître dans la collection Poumon Vert, dans le même univers des Dix Mille et Une Portes, une sorte de matriarcat cosmique d’influence arabe (bref, le rêve du FN, quoi). Isabel y est une Chanteuse de l’Aube, prêtresse condamnée à poser des lumignons de partout sous peine d’atroces souffrances. Sauf que voilà qu’elle découvre une jeune femme de l’Église d’à côté, et que le narrateur semble nous indiquer qu’elle est devenue après cette rencontre une légende…

Et disons-le, c’est un texte avec de gros, gros intérêts. D’une part, le cadre dépaysant et sans limites (10 000 planètes, une influence 1001 nuits, des océans qui flottent – pourquoi ? mais j’en sais rien), et d’une autre, en temps que pur objet littéraire, c’est du lourd. Le narrateur fait semblant de nous raconter l’histoire à la manière d’un conte, alors qu’il dément toutes les cinq minutes tous les archétypes qu’on aurait pu lui coller : Isabel n’a rien d’une femme forte, ni d’une messie, elle n’est ni belle ni intelligente, mais pas bête et moche, juste comme vous et moi, la parfaite héroïne postmoderne si vous voulez des noms savants. On trouve ainsi presque un côté comique à voir se faire ravaler la façade toutes les idées reçues qui feraient d’Isabel la créature qu’elle n’est pas… jusqu’au moment final où on finit par croire délibérément en la légende.

Pour nous donner un tel attachement, l’auteur emploie un style poétique tout en sachant le mettre en laisse quand il commence à empiéter sur le récit. L’amour entre les deux femmes se fait également chaste et l’on peut penser au final qu’il s’agit d’une grande amitié plutôt que quelque chose de véritablement charnel. Et mes aïeux, que ça fait du bien de temps en temps d’avoir une lecture sans lemon ni baiser fougueux sous un coucher de soleil des tropiques ! À vouloir faire du sexe putaclic quitte à friser le ridicule (oui, c’est à toi que je pense, Haut-Royaume 2, et ses amants qui forniquent couchés sur une tapisserie !), on oublie que quelques regards, quelques dialogues suffisent… quand on les met au bon moment.

Mais petits trolls que vous êtes, vous allez me dire : ouais, bon, univers à la Aladin, avec une romance du premier regard dans l’espace, t’avais pas trop aimé ça, la dernière fois ?! Qu’est-ce qui différencie ce bon texte d’un que je trouve mauvais comme Résonances ? Encore une fois, ce doit être le dosage. Là où McLeod sait se faire subtil en utilisant l’ironie pour critiquer le dogmatisme au sein d’une religion, Pierre Bordage y va comme un bourrin en mode brut de décoffrage. Au-delà de ça, c’est vrai qu’il y a dans ce texte là aussi un peu de sense of wonder improbable, mais nettement moins, et l’histoire laisse nettement plus de temps à ses deux protagonistes pour se rencontrer, tout en n’affirmant pas haut et fort que l’amour triomphe de tout, bien au contraire. Cela dit, je pense à lire éventuellement La Fraternité du Panca ou Les Guerriers du Silence… Il serait temps de redonner une chance à Bordage !

Catalogue Une heure-lumière

Je vous avoue que ça m’a fait un peu croquignole, quand j’ai vu qu’il prenait la moitié des pages de ce petit bouquin… Quand il y aura deux fois plus de livres UHL, il faudra songer à leur trouver quelque chose de plus raisonnable qu’une double page !

Ceci dit, ça m’a fait marrer de voir les extraits des articles des blogopotes en bas de chaque ouvrage pour le recommander, et… Quoi ?! Vigilance va être traduit dans la collection ?! Merci les gars, encore une lecture VO impossible à terminer épargnée !

Conclusion

Eh ben, c’est un tout petit livre mais sacrément chouette, le tout bien sûr avec une superbe couverture d’Aurélien Police (pour l’illustration intérieure de la nouvelle, je me suis demandé s’il y avait pas un clin d’œil à Rezz…). J’ai passé un agréable moment et je ne peux que vous le recommander si vous avez l’aubaine de tomber sur un des exemplaires déjà tous épuisés. Après, je dis ça, c’est pour votre culture…

On danse dans l’espace aussi sur : L’épaule d’Orion, Just A Word, Au pays des caves trolls, Albdo, Le Bibliocosme, Le culte d’Apophis

PS : Oh j’ai failli oublier ! En bonus à mes articles, je vous ai préparé un petit feuilleton : ça faisait longtemps que j’avais promis de faire ça sur ma chaîne, voici donc l’épisode 1/3 des enquêtes d’un fameux personnage à moi. C’est très loin d’être ce que j’ai fait de mieux mais ça reste sympa :

Épisode 1.jpeg

9 commentaires sur « « UHL HS 2019 » : L’anti-« Résonances » »

  1. Le making of, c’était dans le HS1, l’année dernière (et c’était passionnant). Sinon, si tu veux avoir un coup d’avance sur l’annonce des prochains UHL, il faut venir sur le forum de l’éditeur. Cela fait un moment que Vigilance ou Agents of Dreamland de Caitlin R. Kiernan, par exemple, y ont été annoncés 😉

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  2. Merci de cet avis enthousiaste !
    En ce qui concerne le catalogue : oui, il prend un peu de place et on va certainement en changer la présentation pour le prochain hors-série.
    En ce qui concerne la nouvelle présente dans le HS 2018, elle pourra la retrouver au sommaire du prochain recueil de Ken Liu, “Jardins de poussière”.
    Enfin, les citations venant des articles de la blogosphère, c’est une manière de remercier les blogueurs et blogueuses, qui continuent de réserver un accueil enthousiaste à la collection 🙂

    Aimé par 1 personne

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