Livre lu pour le challenge de Ma Lecturothèque (33/48)

Honor est dans le caca. On a bidouillé son nouveau rafiot et elle enchaîne échec sur échec dans les batailles stellaires. Reste ce trafic à surveiller pour sauver la mise…

La fiction militaire est mal vue en France, c’est trop militariste (on préfère voir des zombies se faire violer par des armées de Lannister, mais bon, les goûts et les couleurs…). Alors qu’on nous sorte des trucs comme par exemple Le Chant du Loup en France relève du miracle. Un truc objectif sur l’armée, la jugeant ni bonne ni mauvaise, avec d’un côté un gros réalisme et du divertissement enquête / action / nich… bon pop-corn, et quelques punchlines bien dodues s’il vous plaît. J’ai décroché après la première heure, mais j’assimile ça davantage au manque de sommeil. Par contre, si le film avait un gros défaut, c’est bien le nombre de termes techniques qu’il te déballait comme si le public français avait une connaissance experte dans le domaine, alors que le film de sous-marins reste rarissime, et qu’ainsi tout le côté psychologie des personnages était éclipsé sauf pour le héros. Et pour Honor Harrington, ça m’a fait un peu beaucoup le même effet.

Bon, OK, l’univers est crédible, ça on vous l’a déjà dit. Le style de l’auteur est pas désagréable même s’il t’explique énormément, énormément de trucs (on va y revenir), et Honor garde un côté humain en grande partie grâce au rapport qu’elle entretient avec son chat martien (c’est d’ailleurs fascinant de voir le côté « Dame de fer » qu’elle a avec ses subalternes confronté à tous les petits riens qui font d’elle une personnalité sensible et nuancée). Mais les explications techniques et géo-économiques très pointues, avec en plus l’irruption de tout un tas de tas de personnages secondaires, même expliquées de manière assez accessible, prennent le dessus sur le côté émerveillement du space opera. Du coup, quand on me dit : « Mate-moi la carlingue de ce monstre ! », les notions de tonnes et d’envergure gardent peu de sens pour moi et je pars voir ailleurs s’il n’y a pas un peu plus de verdure.

Et qui dit des tas de personnages et une guerre qui menace dit forcément des réunions, encore de l’exposition, encore des discussions… Le Havre est-il un gros méchant qui veut nous piquer notre trou de ver ? Oui, bon sang, bien sûr que oui ! Dans les critiques négatives du livre, j’ai souvent entendu dire qu’il « n’avait pas d’âme » ; ce qui est exagéré à mon goût étant donné que le milieu et le final restent poignants, l’un pour le côté émotionnel qui se réveille, l’autre pour la pyrotechnie. Mais Honor et McKeon sont les deux seuls personnages travaillés en profondeur.

Et un autre truc qui m’inquiète sur l’ensemble du cycle, c’est l’importance du passé du personnage. Certes, on pouvait faire un spin-off sur la jeunesse d’Honor, mais ici, on t’explique plein de moments marquants de celle-ci, comme pour te la teaser à tout prix, procédé que j’ai déjà vu dans de nombreuses œuvres et qui souvent finissaient par tomber dans des préquelles ne faisant que relier entre eux les différents éléments, voire parfois avec une réelle paresse d’écriture (par exemple Le Secret de Croc Jaune pour La Guerre des Clans…).

Ce qui fait que j’ai trouvé ça long à démarrer (voire même long tout court), ce qui fait que j’ai eu du mal à rester accroché, ce qui fait que je prenais des vessies pour des lanternes. C’est pas un mauvais livre, loin de là ! Simplement, c’est pas le genre de SF vers lequel je me tourne. Gardez bien en tête qu’un tel réalisme sur la forme mérite d’être salué, tandis que sur le fond, on s’intéresse à des questions stratégiques de haute volée, comment diriger une troupe démoralisée, faut-il plus de technologie ou garder la même sachant que la nouvelle a encore pas mal de couacs (coucou la 4G…). Concernant les extraterrestres, j’avais eu peur qu’étant au troisième plan, ils soient bâclés, mais là non plus, rien à redire, eux aussi ont leur rôle géopolitique. Le système des trous de ver est lui aussi simple et efficace, bien pensé et cohérent. Pareil pour le système d’hyperespace ; alors d’accord, ça aussi c’est des pages d’exposition, mais toutes les particularités physiques bizarres mais en même temps très cohérentes, je trouve toujours ça passionnant.

Et puis en toute honnêteté, va falloir m’expliquer un peu pourquoi vous vous acharnez sur ce cycle : militariste ne signifie pas belliciste, puisque l’armée sert aussi à administrer l’ordre à travers un État (on en a un très bon exemple ici, vu qu’Honor fait gendarme la plus grosse partie du livre). Cet argument peut aisément être contredit si vous êtes de sensibilité anarchiste, mais même les anarchistes utilisent parfois des commandos paramilitaires afin de structurer leurs mouvements. Alors il va falloir un peu m’expliquer à quel moment les personnages s’écrient : « Ouais la paix et la diplomatie c’est trop d’la merde venez on fait tous une grosse baston avec des gros canons laser ! – Ouaiiiis ! » Mais bon, j’peux comprendre, c’est absolument pas comme si chaque année on allait pas voir au cinéma des guerres dans l’espace…

Et puis concernant les « relents réactionnaires », non, David Weber n’est pas un super-saiyan Fillon qui vient vous envahir avec son idéologie droitiste. Oui, pour lui l’armée n’est pas une mauvaise chose, mais qui pourrait l’en blâmer quand il y a une autre armée en face pas vraiment d’humeur à discuter ? Oui, il caricature volontairement Klaus Hauptman, un riche issu des basses classes sociales, ce qui pourrait être perçu comme une analogie 2.0 du sauvage qui tente en vain de se civiliser ; sauf que si vous vous posez cinq minutes, c’est pas les pauvres que Weber critique, c’est les mythes du libéralisme et de la droite américaine, et plus précisément celui du self-made-man : pour une seule famille sur trois planètes qui parvient à obtenir une fortune qui a dû prendre des générations à être accumulée, et dont l’héritier bien qu’il se revendique comme ayant travaillé durement pour s’extraire du peuple avait déjà un sacré pécule en commençant (c’est absolument pas comme si ça me rappelait certains présidents américains), vous allez quand même pas me dire que ça se moque du prolétariat des États-Unis ?!

Enfin, bref : je n’ai rien contre un univers complexe et élaboré et qui tire des intrigues de ses différentes lois (et je répéterais toujours que c’est la base même de l’Imaginaire), mais afin d’obtenir un truc digeste, pour moi il faut de l’action bien répartie, plus de psychologie (surtout quand les personnages sont nombreux), varier les plaisirs, quoi. David Weber y arrive des fois, d’autres non. C’est le genre de livres qu’il faut lire quand on est passionnés de sciences dures et d’Histoire militaire, donc pas vraiment mon domaine de lecture, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il est forcément peu recommandable, et il plaira sûrement à nombre d’entre vous (et d’où le fait que je n’aie pas fait de calembour infâme dans cet article du style : « Ça raque, Honor »). Ajoutons enfin qu’il peut se lire sans problème en one-shot. Je n’ai pas franchement aimé ce livre, mais je ne renie pas sa qualité et son intérêt. Loin de là. Très loin de là. À des années-lumières de là. Alors, jetez-y toujours un œil, parce qu’après tout, c’est pour votre culture…

On bricole aussi des croiseurs de 15 000 tonnes chez : Lutin, L’ours inculte, …

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