Livre lu pour le challenge de Ma Lecturothèque (32/48)

J’avais adoré Jusqu’au coeur du soleil, malgré quelques longueurs et autres cocktails hasardeux, et le tome 2 du cycle de l’Élévation était unanimement recommandé comme encore meilleur. Au point qu’il a totalement éclipsé son frangin et qu’on lui attribue ses idées les plus remarquables comme l’Élévation en question. Je me montrerais toutefois plus prudent que certains confrères en conseillant de lire le tome 1 au préalable : Virée dans le grand four à pizza s’était déjà montré très exigeant, Aventures en baignoire géante l’est encore plus (les informations importantes sont données, mais relativement tard dans la récit quand on nage dans les problématiques qu’elles soulèvent). Néanmoins, les deux livres peuvent se lire chacun de leur côté.

Bon c’est bien joli tout ça, mais qu’est-ce que ça raconte ? En route pour les profondeurs interstellaires… mais pas que !

De l’eau et du MÉTAAAL !*

* Justice – Heavy Metal (2018) (dites-vous bien que vous avez coupé à ça)

Nous sommes 200 ans après Jusqu’au coeur du soleil. Humains et animaux augmentés sont toujours dans le caca face au reste de l’univers, et v’là-t’y pas qu’un de leurs vaisseaux, poursuivi par les Galactiques, s’échoue sur une planète-océan. Comment vont-ils s’en sortir ? Dans quoi sont-ils armées se fourrer le nez ? Suite au prochain épisode.

Dans un premier temps, posons-nous la question suivante : David Brin a un univers flûtin de vaste, et pourtant il décide de nous faire un quasi-huis clos de 600 pages dans un vaisseau tout pété avec la météo de la Bretagne. Comment est-ce qu’il va s’en tirer ? Les premières dizaines de pages entament la besogne en nos prouvant une fois de plus sa maîtrise du worldbuilding : imaginez un océan tout ce qu’il y a de plus banal, mais dont la faune et la flore possèdent dans leurs composants chimiques davantage de métal, et c’est tout un spectacle de couleurs flamboyantes qui s’offre à vous. Ne nous mentons pas, le sense of wonder à grande échelle est moins présent dans ce tome plus mer-à-mer ; mais quand il y en a, on le sent passer : pour ne spoiler que le détail le moins extraordinaire, sachez que l’équipage découvre un vaisseau extraterrestre de au moins trente MILLIONS d’années !

Positionnement face au reste du cycle*

*Daft Punk – Harder Better Faster (2001)

Marées stellaires constitue également un formidable objet d’analyse dès lors que l’on s’intéresse au tome qu’il remplit au sein du cycle : le concept d’Élévation y est remis en question et poussé à ses propres limites. Une des races élevées qui auraient ainsi dû être délivrées de l’esclavage de ses « patrons » après être devenue une race mature continue à les servir docilement parce que ces petits filous en ont profité pour modifier leurs gènes de manière à ce qu’ils  deviennent accros à eux. On observe donc que les promesses de ce système sont loin d’être tenues, et que les plus puissants profitent de la moindre faille pour y tirer des avantages (étant donné les positions politiques de David Brin, il n’y a qu’un pas vers un parallèle avec le libéralisme que je ne ferais pas dans l’immédiat pour la bénéfice du doute). Vous comprenez aisément pourquoi dans un système aussi confortable pour les uns, les autres soient si mal perçus pour soutenir une espèce n’adhérant pas à cette politique. Des créatures qui n’obéiraient pas à d’autres extraterrestres plus puissants ? Mais c’est contre-nature, voyons !

L’auteur met également en scène des races entières chez qui cette croyance qu’un sophonte ne peut pas être autodidacte est si forte qu’elle vire au fanatisme religieux. Il n’en dépeint pas pour autant une caricature de dogme simplette, celui-ci étant lui-même divisé en différentes croyances. Enfin, les enjeux soulevés dans ce tome remettent fortement en question les croyances fondamentales des aliens et promettent un final explosif.

On remarque également une nette évolution de la complexité des points de vue : si le tome 1 était vu à 95% par les yeux de Jacob Demwa, ici on change de protagonistes à chaque chapitre, celui ou ceux que nous suivons étant aimablement indiqués par le titre du chapitre. David Brin tisse des relations complexes au sein de l’équipage tout en respectant la psychologie des néodauphins différente de l’homme et sans faire de ses personnages des marionnettes : citons Toshio et ses difficultés à s’intégrer à l’équipage, Dennie qui par le malheur d’être une femme et noire (et belle, avec ça) se fait harceler par une sorte de Christian Grey aquatique… Mais le mieux campé reste probablement le docteur Dart, savant néo-chimpanzé au sens de la démesure absolument fabuleux !

Quelques défauts qui subsistent*

*Joueur du Grenier – N’enc**ez pas les dauphins (2019)

Tout serait parfait, voyez-vous, s’il ne restait pas quelques mauvaises habitudes de l’auteur : les pouvoirs psioniques sont de plus en plus présents et peu crédibles dans un cadre aussi réaliste, rappelant davantage de la science-fantasy qu’une SF quasi ou carrément hard sur certains points. Certes, ça permet tout un tas de trucs chouettes (des combats par esprit, des créatures capables de tordre la réalité par leurs croyances), mais j’aurais bien aimé avoir au moins un embryon d’explication sur ce qu’est l’esprit au juste et comment peut-il influencer la physique.

L’auteur s’essaye également à imaginer les composantes de la langue delphinienne pour les insérer ensuite dans le texte. Mais pour désigner des êtres féminins, fem et monsieurfem par exemple alourdissent plus le texte qu’ils ne lui donnent du sens…

On va par contre passer très vite sur les incohérences : le fait que le Streaker ne se soit pas servi des bombes atomiques contre ses poursuivants n’en est selon moi pas une, étant donné qu’il s’agit d’armes de dissuasion et que les ET doivent en posséder des bien pires. Par contre, il faudra qu’on m’explique comment le personnage ayant censé avoir perdu toute faculté du langage puisse au début encore pouvoir s’exprimer en ternaire. Ce qui, cela dit, n’influe en rien sur le reste du récit.

Un petit problème qu’on rencontrait également dans le tome 1 : David Brin a tendance à tirer un peu à la ligne : le roman n’est pas vraiment sans temps morts ou inutilement prolongés, et on se dit qu’il aurait facilement pu être dégraissé de deux ou trois dizaines de pages.

Enfin, les extraterrestres ennemis, de par leur énorme nombre et la brièveté des chapitres qui leur sont consacrés, n’ont le temps d’être brossés à grands traits, sans que l’on puisse jamais s’immerger dans leur psychologie. Tous sauf peut-être le Thennanin sont relégués au rang de fanatiques débiles auxquels il est impossible de s’identifier. On félicitera néanmoins l’auteur d’avoir su brosser les traits de tant de civilisations en seulement deux-trois pages à chaque fois.

Eh oui, dit comme ça, ça a l’air beaucoup, mais dites-vous bien qu’au final ce sont des chipotages microscopiques qu’on remarque à peine. Le ton est épique et la fin l’est sans doute autant que celle du tome 1. Rien que la combat entre K’tha-Jon et Keepiru vaut les meilleurs moments du MCU, et il y aura même des poèmes structurés et des signes bizarres pour les fans de Damasio. L’ensemble donne un roman complexe où chaque pièce s’emboîte à la perfection tout en ménageant de grosses surprises, et où l’on regrette au final juste quelques légères baisses de rythme… pour repartir de plus belle.

Conclusion

Marées stellaires est une réussite quasi-totale, bourrée de moments d’action comme de réflexion, avec un cadre unique et qui surpasse pour ainsi dire Jusqu’au cœur du soleil. Autant vous dire que vous n’allez sans doute pas attendre longtemps avant que je chronique la suite… Alors lisez-moi la suite du cycle de l’Élévation, pour son univers, sa diégèse, ses personnages, sa dramaturgie, et tant d’autres choses encore. Après je dis ça, c’est pour votre culture…

On fait trempette aussi chez : Apophis, Lutin

PS : Carton rouge à Bragelonne, qui oublie des points au bas mot deux fois toutes les centaines de pages et les points de suspension par moments de manière quasi-systématique. Les correcteurs travaillent à la chaîne, dans une cale à l’eau et au pain sec ?!

PPS : Un vaisseau s’appelle Flamme de Queg, un autre Flamme de Krondor, et dans les remerciements est cité un certain Ray Feist… J’ai l’œil.

Et pour connaître le reste du cycle : tome 1

Ah oui, et annonce : Étant donné que l’utilité et l’appréciation des articles-guides n’est plus à démontrer, seriez-vous pour que j’en fasse sur des auteurs ou des genres musicaux que je connais particulièrement ?

2 commentaires sur « « Marées stellaires » : Aqualand a bien changé »

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