Livre lu pour le challenge de Ma Lecturothèque (17/48)

J’avais vu cette BD dans Zoo. On m’avait parlé d’un univers extrêmement riche, d’une odyssée familiale qui se déroulerait sur un nombre de tomes indéfini, avec un imaginaire particulièrement florissant et des intrigues se télescopant en grand nombre. Saga semble en effet avoir sa petite fanbase dans le milieu comics indé, avec un univers tout beau tout neuf reprenant tout ce qu’on aime dans la bonne vieille SFF. Sauf que.

Une première moitié foutrement mauvaise*

*Hé non, désolé, j’ai pas réussi à vous retrouver la vidéo de Hervé c’est Bonnard des Inconnus. Dur, dur, l’article 13…

On commence au fin fond de la galaxie. La planète Continent et la lune Couronne sont en guerre, mais en raison de leurs enjeux terriblement destructeurs, le conflit est déplacé sur d’autres planètes, comme ça on envoie nos voisins se buter entre eux et on reste sur notre planète à s’astiquer la pilule (déléguer le travail, qu’on appelle ça). Vu comme ça, on a une idée prometteuse, mais vous n’apprendrez rien de plus sur le conflit. Qui est tel camp et qui est l’autre ? Quels sont ces fameux enjeux ? Peu importe, car on suit deux déserteurs typés Roméo et Julotte à travers leur cavale intersidérale (sur une seule planète, mais tout le monde s’en fout). L’univers est riche, soit ; mais tout le truc est là, il n’est absolument pas décrit. Certes il est bon de le voir s’élargir peu à peu, mais les rares informations qu’on en reçoit sont balancées à la va-vite. Côté sciences comme magie, quasiment rien n’est dit (en-dehors de la bonne idée d’expliquer la magie comme provenant de la matière exotique, ce qui n’est pas plus approfondi), et on ne sait pas non plus pourquoi certains peuvent devenir des fantômes ou non. D’ailleurs, tous les aliens ont l’air humanoïdes, à moins qu’ils ne soient tous génétiquement modifiés… C’est vague, beaucoup trop vague pour moi.

Et puis il y a les dessins, que je qualifierais de minimalistes, mais sans forcément trouver le maximum d’effets que le minimalisme cherche à produire (ce qui est un peu ballot, hein). Ainsi une double page semble être campée en quelques traits quand davantage l’auraient rendue bien plus immersive ou réaliste (pensez à Maestros pour rester dans les comics : ce que le gonze arrive à faire, niveau précision, ne peut que séduire les amoureux du détail comme moi). Pourtant, côté couleurs, avouons, ça donne des effets de flou plutôt pas mal, alors pourquoi pas. Si le scénario est bon…

Et c’est là que je commence à lever les yeux au ciel au point que les anges ont l’impression d’être fliqués. La plupart des intrigues sont somme toute déjà-vues, entre la planète-bordel, les gentils qui se font tanner la pêche melba par un méchant gouvernement dystopicoïde parce qu’ils transportent le symbole de l’espoir, la fuite par les égouts, la phase obligée du quoi-je-ne-suis-pas-la-première-que-tu-as-aimé dans toute histoire de couple qui se respecte, la voix off de l’enfant qu’ils ont eue qui vient gâcher tout le suspense de savoir si elle va survivre ou non…

Et puis les scènes de Q. Parce qu’on tue ses victimes à poil ou qu’on fornique à tous les coins de rue dans cet univers, en haut, en bas, en apesanteur, par-devant, par-derrière, avec des ailes, des griffes, et parfois de manière totalement gratuite quand la scène aurait pu débuter par, je sais pas moi, un peu d’explication des fondements de l’univers. C’est quand même la seule BD où j’aurais jamais vu des téléviseurs copuler ensemble, merci Vaughan pour ces découvertes exotiques.

Et c’est là que vous allez me dire : « Mais Scribouille, qu’est-ce qui te pose problème, dans le fait de voir des jeunes femmes en tenue… extrêmement peu encombrante ? ». S’il est vrai que j’ai, ahem, dessiné quelques jeunes Vénus sur les pages de ce blog, c’était avant tout dans des buts poétiques, et je ne vois pas l’intérêt de fourrer du sexe de partout quand celui-ci semble en grande partie inutile. Pareil pour les grossièretés, j’en dis moi-même beaucoup, mais c’est pas forcément pour autant une bonne idée de vouloir ainsi dirtyfier son univers à mort histoire qu’on comprenne bien que c’est destiné aux adultes (les gros mots, les enfants, c’est comme la clope : c’est très, très dur d’arrêter…).

Bref : un univers qui fait carton-pâte, du putaclic parfois franchement dégueulasse, et un message de fond qui sent bon les pissenlits bleus prémâchés par une horde de tranceux (oui, ode au racisme et à la tolérance dans une Amérique plus désunie que jamais, coucou Trump, mais je préfère quand c’est fait avec subtilité). J’étais prêt à balancer le bouquin, quand…

Une deuxième moitié foutrement bonne

Et puis, là, deuxième partie, c’est l’illumination. Le rythme, qui était déjà très soutenu, commence à dévoiler la suite de l’histoire avec un bon lot de mystères et de secrets. On commence à connaître les personnages, dont l’humour était parfois la seule chose qui vous donnait envie de rester, et pourtant ceux-ci nous surprennent, et il suffit d’un twist pour qu’on comprenne que même les plus gros salauds d’entre eux possèdent un côté vraiment humain. Les scènes de sexe s’arrêtent pour laisser place à l’aventure la plus pure et des trouvailles graphiques superbes.

Et tant qu’on y est, parlons du dessin : il a beau être simple, des fois trop à mon goût, il n’empêche qu’on découvre dans cette deuxième partie une incroyable justesse chez Fiona Staples pour camper les émotions des personnages à des moments charnières.

Et c’est tout ça qui différencie une bonne d’une mauvaise œuvre de dark fantasy (car je pense qu’on peut aussi classer ce tome 1 dedans ; tous les éléments y sont, aucun perso noir ou blanc, une réalité crue, des détails extrêmement matures) : son humanité. On a beau être un crevard fini, on conserve toujours cette part de bien en nous qui nous dit qu’on est peut-être pas complètement mauvais, et qu’on a droit autant que tout le monde à une rédemption. Les personnages se multiplient, et chacun d’eux s’avère extrêmement crédible et possède suffisamment de secrets pour qu’on ait envie d’en voir plus. Et je comprends du coup ceux qui adorent la série : on a envie de les suivre, de les voir évoluer… ou de savoir au moins à quel moment est-ce qu’ils mourront ?!

Bref, au final, Saga échappe de peu au flop prévu pour la fin d’année et semble reparti du bon pied (note : visiblement non, d’après les rumeurs depuis la rédaction de cet article, Vaughan a toujours tendance à virer au porno décomplexé). Ça m’étonnerait de lire la suite (15 balles les 200 pages, wowowôw, on va se calmer tout de suite), mais si vous recherchez des bons personnages avec de l’humour et pas mal d’intrigues, ce comic peut s’avérer honnête sur ce plan-là. Sinon, bah ça peut servir à votre culture…

Destination Vaginax aussi chez : Dyonisos, Bouddhica

2 commentaires sur « « Saga » : John Difool pré-gueule de bois »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s