Livre lu pour le challenge de Ma Lecturothèque (16/48)

Le cycle des Xeelees raconte une épopée du début à la fin de l’univers, avec toutes sortes de créatures extraterrestres insolites dont certaines parmi les plus réalistes qu’on ait pu imaginer, des détournements des lois de la physique astucieux, de l’aventure, de l’action et du sense of wonder suintant par tous les trous. C’est du moins comme ça qu’on me l’avait présenté. Parce que le tome 1 commence avec un univers déjà bien vieux vu que l’humanité a visiblement colonisé l’espace depuis assez longtemps pour oublier presque la Terre. Au beau milieu de la Nébuleuse, dans la région de la Ceinture, Rees bosse avec 200 autres sales feignasses de pauvres à extraire pour les gens de bonne famille des minerais du noyau d’une étoile morte de la taille impressionnante de 100 mètres de diamètre (quoi ?), dont les sœurs vivantes font pas moins de 1,5 km parfois (attendez…) ; son petit monde en orbite est relié par un relais de vaisseaux vivants au Radeau, dont le trajet prend fréquemment plusieurs jours… (Non mais attendez, c’est de la hard-SF sur la planète Kwik-Kwok d’Ollie Rollie Pollie ou quoi ? Elles sont où les abysses démesurées de la hard science avec tout le gigantisme de l’Univers ?!!!)

Et puis viennent les explications : sautez allègrement la partie en rouge si vous ne voulez pas être spoilés, mais il s’agit d’un point crucial de la critique. Car c’est là que se situe tout le formidable intérêt du livre… une partie non négligeable du reste étant nettement un cran en-dessous.

Trip into the Bonsaï-Universe*

*Trip on the Moon, Dr Peacock (ft. Remzcore) (2016)

Le Vaisseau qui a amené là les ancêtres de Rees et ses petits copains s’est en fait scratché dans un autre Univers, où les lois de la physique ne sont pas tout à fait les mêmes. Et pour cause : la gravité est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus LOURDE, empêchant toute planète de se former et créant des étoiles nabotes avec une espérance de vie rikiki. Voilà tout ce beau monde à essayer de se dépêtrer pour survivre, sauf que les choses ne se passent pas comme prévu…

Je savais déjà le pot aux roses en commençant le bouquin, simplement blaireau que je suis, je pensais qu’il s’agissait d’un autre bouquin de Baxter. Voilà ce qui arrive quand on oublie une infinitésimale partie des articles du Culte d’Apophis… Mais pour mon cas, cette immersion soudaine dans une physique alternative qui m’avait fait rêver à l’époque et qui est restée une surprise au final s’est avérée salutaire : sans ça j’aurais considéré ce début de cycle comme très mal parti… Mais nous y reviendrons.

Rees décide donc un beau jour qu’il en a plein les pastèques et tente de se tailler une vie sur le Radeau. Nous découvrons en même temps que lui bon nombre de principes de la physique expliqués avec une simplicité déconcertante et en lien avec l’explication des lois de l’univers du livre. La science en s’amusant, et mine de rien, ça marche super bien avec moi, tant qu’il n’est pas question de chiffres en pagaille.

D’ailleurs, hésitez pas à passer ce bouquin à votre grand-mère : c’est de la hard-SF très accessible pour quiconque possède quelques bases en Sci-Fi, moins que Le Sultan des Nuages, mais les explications pour les deux-trois trucs qui nous échappent même les plus élémentaires finissent toujours par arriver, pour peu qu’on ait un peu de patience.

Bref, Gravité est un premier tome qui annonce bien la suite du cycle (pour autant que j’ai pu en lire, c’est-à-dire une novella qui déchire et une nouvelle plutôt pas mal) : de la hard, de la vraie, et pas de la gnognotte scientifique pour se la péter au bar avec juste une virée sur Mars, non, de la bonne cuvée avec des bollocks de deux kilomètres.

Gover ! Je sais où tu t’caches ! Viens ici que j’te bute, enc*** !*

*Philippe ! (remix par Massette) (2012) (si vous n’avez jamais entendu parler du film, préférez celui-ci, ou si vous êtes un gros bourrin de coreux, celui-là)

Le truc, c’est que le premier tiers ne m’a mais alors vraiment pas convaincu : si Stephen Baxter est incontestablement un maître en matière d’idées nouvelles, il peine parfois dans leur exécution. Rees est un larbin dans la de-mer, il se fait embaucher par un savant, et il se retrouve comme larbin dans la de-mer chez les savants. Et l’auteur en profite pour nous faire découvrir l’univers pendant que l’autre se fait harceler / martyriser / imbiber à son tour de bêtise humaine (particulièrement par l’insupportable personnage de Gover). Un synopsis qui m’a fait penser au Trône du Dragon, premier tome (que je déteste cordialement) selon le découpage français de L’Arcane des Épées de Tad Williams. Si l’exposition y est bien pire plus lente et que le héros mis en scène, Simon, s’avère d’une niaiserie absolue, on retrouve la même technique d’introduction : le protagoniste découvre l’univers en même temps que le lecteur (le coup du « poisson hors de l’eau ») et afin de maintenir l’intérêt ou de développer des trucs qui seront utiles 200 pages plus loin, il se fait pisser dessus à la moindre occasion. C’est en partie subjectif, je vous l’accorde, mais avouez que c’est plutôt pénible de devoir subir la tyrannie du réel quand la SFFF demeure un formidable moyen d’évasion.

Et puis excusez, mais le poisson hors de l’eau a tellement été sur-utilisé quand Herbert et Simmons (entre autres) ont démontré qu’on pouvait très bien s’en passer que le lecteur aguerri préférera plus facilement un récit rythmé avec un héros moins naïf et moins d’explications. À moins de révolutionner le concept (ou de tester des trucs genre durant tout le long tu te positionnes du point de vue de l’enseignant et pas de l’enseigné), on en tirera plus rien de bon.

Enfin, si encore c’était bien fait… Parce que si les personnages sont plutôt crédibles, à des moments ils font vraiment carton-pâte. Entre le monodimensionnel Gover dont la jouissance que l’on obtient lorsque ce salaud s’en prend dans la tronche devient un running-gag ou le jeune Rees pur et innocent comme Eusèbe le lapin mousquetaire, on a aussi les attentats qui sévissent sur le Radeau et les gens qui pour la plupart à peine traumatisés disent juste : « Et merde, les poulets vont nous fouiller pendant des heures… ». Désolé, mais tout le monde n’est pas aussi cynique et désabusé que moi quand je prends les transports en commun.

Et puis arrive le deuxième tiers, et là… Le défaut du poisson que je vous ai décrit disparaît suite à une ellipse de trois ans, et nous découvrons un Rees plus mature, plus fort, et qui nous en met plein les yeux avec des théories de dingue. On a un retournement de situation assez dingue, puis tout s’enchaîne dans un tourbillon de sense of doom / wonder, souvent dans le style de Moebius et Jodorowsky, mais en mieux : au lieu de véhiculer une symbolique mystique omniprésente et souvent obscure en dépit de la cohérence du récit, là pas un seul instant on n’a l’impression d’un partage en cacahuète en raison de la bête en explications scientifiques qui se trouve derrière. Il y a juste un point qui m’a un peu fait l’effet de « ta gueule, c’est psionique », et on ne sait pas à la fin du bouquin pourquoi exactement la Nébuleuse est mourante.

Quitte à être exhaustif, autant ajouter que j’aurais bien aimé savoir par quel élément hard-SF Baxter aurait pu justifier ce passage d’un univers à un autre, ce qu’on ne saura visiblement jamais étant donné que chaque tome du cycle peut se lire individuellement. Également, une mini-incohérence : Rees préfère sauver un télescope plutôt que des vies humaines… mais il en sauve une peu après. Cela dit, celui-ci est détruit entretemps…

Mais du reste, les amis, quelle merveille que le dernier tiers ! Il parvient à faire encore plus fort que le second avec (enfin !) l’apparition des Xeelees ou de bestioles s’en rapprochant dans un final spectaculaire. Le dernier chapitre est un peu too much avec encore de l’action et un cliffhanger pour une suite qui ne viendra jamais, mais il n’empêche qu’en refermant le livre, on se dit que ça valait bien un départ mal barré, et qu’on est vraiment passés à un iota du « lu et approuvé ».

Conclusion*

*We Are Planets, Fran (2013) (bon alors là c’est menu au choix : l’original qui avait tout pour me plaire mais qui tente peut-être pas assez de trucs – ou c’est juste moi qui chipote parce que je suis crevé et que je viens de me faire charcuter chez le podologue – ou le remix d’Oliver Koletzki plus accessible – comme quoi, même la deep house et la pop qui y ressemble, ça peut être varié !)

Imaginez un Univers mourant, qui n’a jamais vraiment existé, écrasé par sa propre masse, où la couleur bleue a disparu depuis des générations ; un univers agonisant, où les derniers humains s’apprêtent à s’éteindre alors que leurs mondes se fanent, alors que leur technologie se meurt, alors que le passé s’estompe dans les derniers murmures des tréfonds d’une nébuleuse. Baxter n’ait ni la prose de Arthur C. Clarke, ni les personnages de Vance ou Anderson, mais une fois plongés au cœur de l’action et du sense of wonder, on se retrouve avec une aventure scientifico-explosive pleine de bruit et de fureur atteignant des sommets que je n’avais pas vus depuis Jusqu’au cœur du Soleil. Je me demande même si je n’ai pas préféré celui-ci. Parce que mine de rien, autant d’ambition mérite d’être salué plutôt deux fois qu’une. Enfin, je dis ça, c’est pour votre culture…

On s’écrase (devant le maître) également chez : Le Bélial, Blackwolf, Xapur… Et on en parle aussi ici.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s