Livre lu pour le challenge de Ma Lecturothèque (14/48)

En bon fanboy de Nexus VI, j’ai remarqué que la chaîne se plaignait souvent que le cyberpunk ne faisait plus que tourner autour d’une esthétique blade-runneresque pompée et repompée, et je constate avec ça l’omniprésence du sempiternel héros-hacker matrixien qui se bat contre les méchants capitalistes, les cyborgs sexpistolo-eightesques, les armées des ténèbres et la taxe carbone. Le cyberpunk ne cherche aujourd’hui pas tant à refaire le même cocktail SF/film noir qu’à créer un corset auquel doivent s’adapter les univers pour ne pas perdre le lecteur. Alors forcément, ou tu pars dans un postcyberpunk plus nuancé sur notre avenir, ou bien tu rejoins une avant-garde old school obsédée par les mutilations et les fluides verts. Et le mouvement dépérit.

Et puis à côté de tout ce tumulte, il y a ce texte de Zelazny, redécouvert depuis peu par Une Heure-Lumière, et qui tente d’explorer le sous-genre dans une approche intimiste. Alors cyber et punk, ça l’est nettement moins ; mais les grandes thématiques, elles, restent contrairement aux futurs les délaissant juste pour la baston sur fond bleuté de ville nocturne.

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Je ne trollerais pas un film que je n’ai pas vu, je ne trollerais pas un film que je n’ai pas vu, je… Oh et puis zut c’est trop dur.

Mari a perdu son mari Kit. Elle fait un pèlerinage de deuil autour du mont Fuji. Seulement il n’est pas complètement mort et il semblerait que sa conscience ait été uploadée… et qu’il n’est pas tout à fait celui qu’on croit.

Le truc, c’est que le bouquin est parti pour décevoir certains accros au genre : le côté technologique étouffant ou agressif n’apparaît vraiment que dans la deuxième moitié, le thème-clé des grosses corporations qui pompent tout est relégué au troisième plan, au point qu’il y a vraiment eu des moments où j’ai hésité à classer le roman comme tel. Par contre, indéniablement, la novella tire de ce moins deux gros plus : le cheminement presque initiatique à travers un Fuji réaliste avec un penchant presque littérature blanche donne une porte facile sur l’accès à l’Imaginaire pour les néophytes, et l’idée de cette protagoniste en retrait, vieille, avec son histoire personnelle, face à des forces qui la dépassent, dépendante de ses médicaments et davantage destinée aux salons de thé qu’à jouer les tortues ninjas (on sent toute la finesse de ma connaissance pour la culture japonaise) renouvelle totalement l’archétype-phare du genre. D’autant plus que ce n’est pas elle la grande hackeuse qui peut tout résoudre… mais bien son adversaire.

Et puis mine de rien, si les idées de technologie ont vachement mal vieilli, les thèmes évoqués pour qui lit entre les lignes restent plus que jamais d’actualité, à commencer par la peur du transhumanisme bien sûr, mais aussi… la place de la femme. Comment vous faites si votre mari a la toute-puissance d’Internet, peut vous fliquer partout à travers le monde et vous harceler de toutes les manières possibles ? Le personnage de Mari, malgré toutes ses imperfections, se doit pour l’affronter d’être un personnage fort ; le travail en finesse sur ses failles et ses réflexions lui permet d’échapper au cliché de la nana-buteuse-castratice-de-mecs-qui-sont-forcément-tous-des-pervers, bref, j’appelle ça un vrai personnage féminin fort.

Enfin, ce texte d’Une heure-lumière, contrairement au premier que j’avais chroniqué, se révèle parfaitement adapté au format novella. En nouvelle, il n’aurait pas pu développer cet aspect contemplatif ; en roman, il serait vite devenu chiant. Car le tempo lent n’est pas fait pour plaire à toutes les carrures ; ici, il est juste dosé comme il faut, à condition d’être suffisamment exigeant avec soi-même pour continuer même après un chapitre où « lol il se passe trop rien ».

Bref, 24 vues du Mont Fuji, par Hokusai est un roman très personnel, intimiste, au détriment parfois de ses thèmes, mais pour mieux en servir d’autres et affiner sa forme. Alors, OK, il faut se forcer un peu par moments, mais on finit par y prendre goût. Allez citoyennes et citoyens, n’oubliez pas : la lecture, c’est l’aventure ! Et puis bon, c’est pour votre culture…

D’autres critiques aussi chez (par contre, désormais, je vais mettre que les blogs qui m’intéressent le plus car par moments ça devient vraiment chronophage) : ApophisL’ours inculteLutinBlackwolfDionysos, Yossarian, Nébal, FeydRautha

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