Livre lu pour le challenge de Ma Lecturothèque (11/48)

Vous savez ce qui me gonfle profondément en ce moment ? C’est quand je vois tous les beaux carnets que j’aimerais remplir, mais je sais pas de quoi. Manque d’idées, de temps, et puis la plupart sont pas assez épais pour écrire un roman en entier. Une novella, à la rigueur, mais qui publie des novellas, en France ? Quoique, il y a bien quelques petites maisons indés qui le font malgré tout, alors pourquoi pas… Bah tiens, prenez 1115, petite boîte sympa, inconnue au bataillon, qui dit privilégier la publication d’œuvres les plus originales possible (enfin bon, ils vont en faire une sur la colonisation de Mars, faut pas déconner non plus)… Et les voilà qui publient Les Jardins du Feu et du Vide, un space opera de nos campagnes françaises avec un taux d’ambition qui pose ses nouilles sur la table ; c’est court à lire, on en chante des louanges sur L’Épaule d’Orion, alors je regrette profondément de ne pas trouver le temps de le chroniquer sur ce blo… Comment, c’est à 7€ seulement ? Allez hop, bienvenue dans la PàL !

Quelques mots concernant ce que je sais de 1115 pour l’instant : il y a quelques coquilles dans ce texte que j’ai lu d’eux mais vraiment rien de rédhibitoire, le format n’est pas tout à fait celui standard mais pourquoi pas, le prix est très abordable et les couvertures énigmatiques et quasi-minimalistes déchirent. Bref : contrairement aux funestes éditions Créer, nous avons là tout à fait le genre de petites maisons méconnues que je veux encourager du fond du cœur. Mais le livre en lui-même… Eh bien parlons-en : si on a incontestablement là de la SF « à gros budget » avec plus d’audace que 90% de ce qui se fait, on reste loin du chef-d’œuvre promis. Et ça fout les boules…

Nous sommes des millénaires dans le futur ; l’humanité s’est dispersée non pas à travers le système solaire, non pas à travers la galaxie, mais carrément LANIAKEA, l’amas de superamas galactique auquel nous appartenons. Ceci grâce à un moyen de propulsion supraluminique pour le moins original : la NoireTrame, un réseau de tunnels spatiotemporels à travers les trous noirs dont très peu de ceux-ci peuvent rester stables, d’où le fait qu’on ne puisse pas aller où on veut et très peu de temps. Il y a un peu de bouillasse quantique là-dedans, mais soyons clairs : le transport dans l’espace, c’est comme un magicbuilding : pouvoir aller où on veut, c’est trop facile, surtout si votre scénario ne trouve pas d’explications au fait que votre héros peut aller à l’autre bout de son amas et pas à l’étoile d’en face ; avec des contraintes cohérentes et originales, ça a toujours plus d’intérêts.

À travers cet espace conquis par l’homme pourtant gigantesque, une seule trace d’intelligence non-humaine existe : l’Icosaèdre, un Big Dumb Object d’une taille purement démesurée où repose Odregan, un être inaccessible et immobile, un scrutateur de l’Univers, une figure idéale autour de laquelle fonder une mythologie ou une grande saga dessus.

Bref, vous l’aurez deviné : le background est ahurissant, tout là-dedans respire le gigantisme, l’épique, le démesuré, et je vous passe les descriptions splendides ou les particularités des robots mécagels mi-mécaniques mi-organiques, ce qui ne semble pas évident comme ça, mais trouve une explication très bien trouvée dans le récit. Bref, l’amateur de bonne science-fiction qui est en moi s’avère plus que satisfait ; mais celui de bonne fiction tout court trouve quand même pas mal à redire.

À peine l’univers nous est-il présenté qu’un attentat géant ravage plus de 99,9% de l’humanité : les mécagels tuent tout le monde en quelques secondes pour se suicider aussitôt après. Bienvenue dans le 93 du futur. Mais soit après tout, le space opera post-apo est un mélange de genres que j’aurais aimé voir plus tôt même si j’envisageais ça sous un angle davantage Mad Max. Le problème, c’est que ça ne sert quasiment à rien à travers le récit, à part à justifier quelques comportements d’ailleurs pas tout à fait raccords avec les personnages.

Parce qu’aussitôt on part en expédition dans l’Icosaèdre pour des buts mystérieux et incompréhensibles en compagnie de quelques clichés sur pattes survivants : Jod, le jeune adolescent qui a découvert qu’il n’était pas le fils à son père ; Thelli la jolie fille avec qui on devine dès la première phrase où elle apparaît qu’ils vont conclure ; DeQkus le chef de l’expédition tyrannique et manipulateur qui joue les gentils encore plus mal qu’Ambrosius dans les nouvelles saisons des Cités d’Or (et encore, celui-là a le mérite d’être un antagoniste original et de cacher un secret assez dingue) ; et enfin Vodenn l’acolyte soumis et inexistant (bien que, soyons honnêtes, la réalité soit pour ce dernier un peu plus complexe comme on s’en rendra compte). DeQkus commence à donner une explication de ses actes qui pourrait relier tout ça au massacre des mécagels, mais patatras, l’histoire part d’un coup dans la foire à la saucisse : des tas de gens se font (encore !) buter, Jod part trouver Odregan dans un délire incalesque et l’histoire se met à verser dans un dernier sous-genre de manière totalement inattendue que je tairais pour ne pas spoiler (les curieux n’auront qu’à regarder les catégories pour savoir). Certes on a quand même par-dessus tout ça un bon fusil de Tcheckov, Nicolas Le Breton esquive habilement le piège de la happy end mais ça ne me suffit pas : je veux en savoir plus sur DeQkus, je veux savoir d’où vient le massacre des mécagels, je veux savoir qui était le père de Jod et ce qu’il vient faire dans ce barouf. Mais non, baisser de rideau, par ici la monnaie et hop, petite scène de zizi dans l’espace.

Alors me faites pas dire ce que j’ai pas dit ! On a quand même un sacré boulot, et j’ai passé un très bon moment. Mais si les personnages sans personnalité ne me posent pas de gros problème, quel désarroi quand ceux-ci en ont une déjà vue mille fois, et surtout, que de pistes intéressantes dont l’histoire s’est détournée…

Les Jardins du Feu et du Vide ne sont pas pour autant une vraie déception, et c’est avec plaisir que je mettrais la main sur un autre titre de ces éditions. C’est tout à fait le genre de boîtes que j’aime soutenir, et vous aussi devriez vous pencher un peu sur ce qui se fait dans ces petits milieux-là. Parce qu’après tout, c’est pour votre culture…

On explore également l’énergie sombre chez : FeydRautha

5 commentaires sur « « Les jardins du feu et du vide » : Le nonsense of wonder »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s