Il y a quelques mois de ça, j’avais poussé une gueulante contre Arlo Finch, bouquin quinze fois trop long et bourré de problèmes inhérents à la litté jeunesse, tout en précisant bien que ce n’était pas pour autant un mauvais livre (du moins je l’espère). Les cinquante dernières pages avaient en effet réussi à (enfin !) me secouer les tripes au point que je me demande si au final je n’achèterais pas un jour le tome 2. Mais sans aller jusque-là, disons-le, il se passe en forêt trop de trucs excitants pour se concentrer sur un seul gamin quand on en trouve derrière tous les bosquets (comme le disait le curé du village). Enfin bref, tout ça pour vous parler d’un film avec des scouts et qui lui est une œuvre qui mérite tout autant sinon bien plus votre attention.

Si vous suivez un peu le blog, vous pourrez constater que j’ai pas été hyper-hyper-actif sur le blog la semaine dernière en-dehors du week-end et que j’ai mis du temps pour liker les articles de mes petits camarades. La réponse est que je suis parti en Espagne avec des collègues et des amis du lycée voir des musées et faire un vlog (et j’ai rencontré le fantôme d’Abdul Al-Azred sur une aire d’autoroute, mais ça faut pas l’dire). C’est sur le chemin du retour qu’on a décidé de se passer quelques DVD pour passer le temps, et c’est tout naturellement en bon adulte irresponsable que j’ai regardé à minuit deux films d’affilée. Le premier était Sleepy Hollow, ce qui me fait toujours un classique en moins à regarder, le deuxième Moonrise Kingdom, de Wes Anderson.

(Très) en vogue depuis quelques années, en particulier pour avoir réalisé L’Île aux Chiens, je n’avais vu de ce monsieur que Fantastic Mr. Fox, éloigné du roman et si je me fie à mes souvenirs ni un navet ni un chef-d’œuvre, et la merveilleuse vidéo d’une gauchiasse qui ne l’est pas moins. Et cette comédie dramatique fut une très bonne surprise comme je l’avais pressenti, preuve en est que j’ai fait l’effort de ne pas piquer du nez malgré le peu d’heures de sommeil que j’avais pu m’octroyer durant ce voyage éprouvant (essayez de dormir avec un Matthéo Farget en slip dans la même chambre que vous, et vous comprendrez que j’ai eu toutes les peines du monde à conserver mon pucelage).

L’histoire est extrêmement bête, et pourrait avoir été écrite par le premier français moyen venu sur une addition de snack-bar : Roméo aime Juliette, Juliette aime Roméo, les deux jeunes gens s’enfuient dans la nature, se font rattraper, se rebellent, se font à nouveau écraser par leurs familles, mais parviennent à faire percer l’espoir. Mais c’est du Wes Anderson, la réalisation est truffée de détails vieillots et de gags burlesques, et les deux tourtereaux s’avèrent être… des enfants. Il est scout, la risée de son campement, elle est fille de bonne famille, avec des sautes d’agressivité qui lui valent la peine d’être l’ovni de son petit clan cynique. Ils s’enfuient un beau jour dans la nature, et le Merveilleux n’est pas loin ; non pas artificiel, généré par des tonnes de créatures fantasques pour masquer un manque d’originalité sur le fond, mais partout : dans la nature canadienne, la foutraquerie de leur épopée au jour le jour, et – même si c’est extrêmement cliché – la bohème amoureuse. Tout dans la mise en scène nous donne une sensation d’irréel : de l’introduction extrêmement pince-sans-rire suivie par une rupture radicale du quatrième mur à la fin teintée d’un héroïsme naïf paré d’effets spéciaux nanardesques, en passant par le petit hommage à Mad Max refait par des gosses en pleine cambrousse.

Mais Moonrise Kingdom ne le fait pas pour simplement renforcer son esthétique au nom d’un gueulamour aveugle (comme dirait un regretté barbu qu’on aime beaucoup sur le blog) : ce détachement entraîne également le spectateur hors de sa zone de confort, l’amenant à se poser des questions sur un monde qui n’est finalement qu’un reflet grinçant du notre. Les parents de la jeune fille ne se communiquent que par haut-parleur, perdus dans une maison trop grande même pour eux et leurs quatre enfants ; le responsable du campement Ivanhoé s’enferme dans ses petits rituels de militaire tatillon sans songer même à en sortir ; à côté de ça, tous les petits jeunots ont un phrasé très élaboré et s’assument comme responsables de tous leurs choix voire se remettent en question (*sourire sardonique* ça ne se passe jamais comme ça dans la vraie vie !). Les adultes se révèlent plus puérils que leurs propres enfants ; n’est-ce pas un message qui résonne étonnamment bien avec les manifestations d’ados comme moi qui vont avoir lieu dans la semaine pour remettre un peu les idées de nos politiques en place ? Allons levons-nous camarades, LE SÉRIEUX A CHANGÉ DE CAMP ! Pardon, je m’emporte…

Tout ça pour vous dire que par ses expérimentations satiriques faussement légères, Moonrise Kingdom est un film réussi tant sur la forme que sur le fond, ne se contentant pas d’être un bel objet pour faire rêver nos grands-mères. Et il serait bon que vous puissiez le découvrir à votre tour, tant pour le divertissement qu’il procure que pour le contexte de visionnage qu’offre pour l’heure notre société postmoderne. Enfin bon, je dis ça, c’est pour votre culture…

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