Et si Hitler s’était fait abattre en 1941 ? Et si ses successeurs avaient continué la guerre ? S’ils avaient fait pire que lui ? Et s’ils avaient eu l’idée d’une arme bactériologique ?

Ça fait un peu beaucoup de choses, mais ça reste très crédible pour l’instant. C’est comme ça que Brugeas et Thouloat se sont lancés dans ce roman graphique imaginant une dyschronie prenante et intelligente pour laquelle j’ai eu un vrai coup de cœur !

1953. L’Allemagne a anéanti les États-Unis, il ne lui reste plus comme ennemi que l’URSS. Elle est désormais partagée entre deux autorités menant une lutte intérieure : d’un côté Heydrich, qui s’est placé à la tête des SS, et de l’autre commandant au Reich et au Nouvel Ordre Teutonique un mystérieux inconnu, Zytek. Les technologies ont évolué pour l’effort de guerre au point que les deux camps sont exsangues et que les nazis ont même autorisé des femmes à rentrer dans leur armée. L’essentiel de ce qu’il reste à défendre se limite à des champs de ruines, mais voilà le fameux virus qui pourrait bien changer la donne… Capable en quelques jours de transformer un être humain en une sorte de goule assoiffée de sang, il finit par le tuer au bout de six mois. Le problème, c’est que des soldats allemands se font eux aussi contaminer, et qu’il semble agir beaucoup plus vite que prévu…

Alors oui, ça nous donne quelque chose d’assez trash, mais les contaminés ne perdent pas totalement leur humanité non plus. Et on est sur du bien plus haut level que Resident Evil : car si on pourrait considérer certaines scènes comme à la lisière de l’horrifique, à côté nous avons un univers fouillé et complexe sans qu’on y perde le fil, ce que je n’ai pas toujours croisé dans les BD pour adultes. Les deux régimes totalitaires s’affrontent alors qu’ils ont eux-même des luttes internes, et même les pires salauds de l’Histoire sont traités sans manichéisme. Surtout que Zytek semble n’être pas aussi monolithique qu’il n’y paraît à première vue : on se rend compte finalement qu’il est bel et bien humain, et le véritable cœur du récit sera de se questionner sur si ce qu’il veut pour l’Humanité est une bonne chose ou non…

L’histoire est fascinante de complexité, au point que le seul réel regret que j’ai est qu’on ne nous ait pas davantage montré le camp russe. Du reste, au niveau combats, vous êtes servis : il y en aura pour tous les goûts, au fusil, au sabre, et même en exosquelettes !

Ce qui nous donne au final un univers sombre mais qui sait faire dans la nuance, et si ce n’est pas franchement de l’uchronie « pure », tout y est parfaitement crédible (en-dehors d’un ou deux twists qui feront ciller plus d’un). Mais la fin se termine avec une bataille splendide et qui ne lâche pas la tension du début à la fin.

Un mot sur les dessins : ils sont vraiment bien fichus, que ce soit dans ce trait de type crayonné qui appuie le côté rétro de la BD, et l’utilisation de la couleur. C’est plutôt rare dans le roman graphique, au point que certains passages pourraient être considérés comme du franco-belge classique. Mais les 90% restent des contours en brun (la couleur du Reich) et gris, appuyés par un peu de rouge pour surligner le sang et le drapeau du Reich. On découvre ainsi une esthétique qui colle parfaitement au reste.

Block 109, c’est une BD dure et violente, mais avec des personnages crédibles, des situations politiques, des technologies plus vraies que nature et un rythme effréné desservi par un style superbe. Qu’on ait juste ça fait par des auteurs français montre que rien n’est perdu pour la SFFF française. À condition d’avoir les tripes, je ne saurais que trop vous recommander d’en obtenir un exemplaire, car une uchronie d’une telle qualité ne court pas les rues. Enfin bon, c’est pour votre culture…

D’autres contaminés sur : Le Bibliocosme

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