Je vous l’aurais faite attendre, cette critique ! Il faut dire que ce livre m’a tué. À cause de lui, je vais rendre mes bouquins de la bibliothèque avec des mois de retard, tout ça parce qu’il n’y avait pas moyen de le finir. L’histoire m’est sortie par tous les trous, mais vraiment.

Et pourtant, je m’attendais vraiment pas à ça quand j’en avais vu une critique très positive sur Le culte d’Apophis. Critique que j’ai évidemment lue un peu trop vite, et que j’aurais mieux fait de considérer plus attentivement. Mais si le bouquin est ardu, complexe, et qu’il ne prend pas ses lecteurs pour des crétins, ça, je peux le comprendre. Simplement, là, ça va beaucoup trop loin en termes de complexité, au point de se retrouver dans des situations allant de l’absurde à l’incompréhensible qui ont de quoi laisser de marbre.

Le dragon ne dort jamais, de Glen Cook, c’est pourtant un roman de SF intelligent, avec un rythme effréné et bourré de bonnes idées ; mais laissez-moi vous expliquer un peu plus précisément pourquoi il m’a causé ce court-circuitage de cerveau cosmique.

Le fond

Commençons par les points forts : on nous présente un univers de space opera immense, où les humains ont établi un système politique semblable à la République romaine. Les grandes maisons marchandes ont le monopole d’à peu près tout et n’importe quoi (oligarchie, quand tu nous tiens…), et font la loi à travers l’univers. Si jamais une grosse nouille s’amuse à leur chercher des noises, aucun problème, elles leur envoient un de leurs Vaisseaux, vaisseaux spatiaux qui outre le fait de détenir une majuscule, sont des sacrés bestiaux : imaginez-vous une Étoile de la Mort, capable de se déplacer où elle veut par vitesse supraluminique, et maintenant dites-vous qu’il y en a vingt-huit comme ça, ça vous donne une idée de la sympathie des gonzes.

Ensuite, les vaisseaux sont nombreux et de toute sorte, ce qui ne signifie pas qu’ils  peuvent tout faire et qu’ils circulent tous n’importe comment. Non, il faut qu’ils empruntent des torons (traduisez : des espèces de tunnels en forme de spaghettis reliés entre eux par des « carrefours nodaux » ou s’arrêtant à des « terminaux nodaux ») pour atteindre la vitesse supraluminique. Ça, ça m’a plu, et j’ai eu l’impression que l’auteur n’avait pas réfléchi au concept à fond : est-ce qu’il pourrait exister des torons de différente taille, de différente utilité, des plus rapides que d’autres, des plus résistants ? Rien que pour ça j’ai envie de lui piquer l’idée : imaginez des nano-drones qui traverseraient des micro-torons à une vitesse supérieure plusieurs milliards de fois à celle de la lumière ; ou encore des macro-torons d’un diamètre de plusieurs parsecs et les engins monstres qui pourraient y circuler…

Parce que pour les riches et les soldats, c’est l’éclate, voyez. La médecine permet au quidam banal de vivre plus de mille ans ; si vous êtes suffisamment riche, vous pouvez également acheter la technologie nécessaire pour vous cloner plusieurs fois, en homme ou en femme si ça vous chante ; les généraux importants peuvent se faire déifier, traduisez transcender en IA apparaissant sous la forme d’un hologramme (référence à la déification de l’empereur romain après sa mort) ; les soldats peuvent se faire ressusciter après le combat, toujours par clonage ; et vous pouvez vous faire fabriquer des artificiels, soit des êtres vivants génétiquement modifiés, sur lesquels vous pouvez défouler tous vos fantasmes. Les pauvres ne sont bien sûrs pas de taille à lutter : pas d’éducation, pas de jugeote, tous des petits saligauds qui pensent qu’à se tabasser et à se vendre de la drogue en petits clans. Ma parole, cet univers, on dirait vraiment le Brési… SBLAF

Bref, cet ordre est établi depuis que l’humanité sait se déplacer à travers l’espace Canon (l’ensemble des torons lui appartenant) et tout va pour le mieux dans le pire des mondes. Sauf que… Une famille marchande pas tout à fait grande a envie de se faire sa part du gâteau. Sauf que… Un vieil extraterrestre qui a longtemps lutté contre l’humanité désire toujours venger sa race. Sauf que… Une race répugnante d’aliens respirant du méthane semble être hostile tandis qu’une autre métamorphe semble s’être réveillée… Ni une, ni deux, le Vaisseau VII Gemina et son équipage fonce affronter l’ennemi…

Donc, on a un sacré background, un space op’ militaire qui fait pas dans la dentelle, avec que des personnages pas franchement manichéens, le tout saupoudré d’un peu de space-péplum et de SF transhumaniste (mais pas assez pour qu’on les range dans ces catégories), ça devrait vous faire une sacrée claque, pas vrai ? Sauf que les choses ne sont pas aussi simples que ça.

La forme

Et c’est là que s’écroule l’édifice : tout dans ce roman démarre in media res, ne s’arrête jamais, vous présente quasiment un nouvel élément à chaque chapitre (sachant qu’il y en a 151…), et ce sans glossaire ni dramatis personæ (ce serait trop facile). Alors roman exigeant, qui demande qu’on fasse des efforts pour l’apprécier, je veux bien. Mais vous êtes en permanence ensevelis sous des termes anglais, latins, anglo-latins, français, simili-polonais, extraterrestres et j’en passe. Ils jouent même avec les caractères de police, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Et quand l’éditeur fait des coquilles du genre XII Gemina au lieu de VII Gemina ou « Kez Mafaele » au lieu de « Kez Maefele », vous devinez comment j’ai dû me marrer ces trois dernières semaines.

Ce qui fait que c’est comme les montagnes russes : ou bien vous prenez votre pied, ou bien vous gerbez dans le sac plastique. De toute façon, moi, je vois mal comment j’aurais pu opter pour la première solution : les personnages qui meurent, de toute manière on sait qu’on les retrouvera le coup d’après parce qu’ils se seront faits cloner, ou qu’il restera leur double n°26, ou le frère jumeau du sosie maléfique de la belle-sœur de son bras droit. Du coup, les méchants meurent au compte-gouttes, et c’est souvent les meilleurs qui s’en vont les premiers.

Ce qui nous donne aussi quelques révélations toutes pétées que je vais vous spoiler dans ma grande bonté : à quoi ça sert de savoir que les Provik et Valerena qu’on croit être les vrais sont en fait des doubles qui ont pris leur place s’ils se comportent strictement comme eux, hein ? Ça complexifie juste le récit gratuitement et ça vous fait une tête comme un chou-fleur en reposant le livre.

Et pourtant, qu’est-ce que ça m’embête de parler mal de ce bouquin ! Parce que tout de même, l’auteur a un sacré sense of wonder qu’il n’hésite pas à nous réveiller quand on est sur le point de s’endormir. Rien que pour ça, je regrette pas d’avoir lu. Ensuite les personnages, qui, sans être riches et profonds (ça n’aurait servi à rien, à part rendre tout encore plus compliqué), sont incroyablement humains ; oui, même s’ils n’hésiteraient pas à déclencher un génocide. Et le style… Ah, le style ! Vif, pertinent, parsemé d’humour noir, et parvenant à conclure comme personne alors qu’avec autant de chapitres courts, on devrait avoir l’impression de lire quelque chose de complètement hachuré sans la moindre fluidité. Là, jamais. Glen s’éclate tout en terminant chacun d’entre eux avec brio. Si pour le côté contemplatif il faudra repasser, en revanche sa plume est la quintessence de ce que je recherche en terme d’efficacité (et j’en suis encore tellement loin…).

Rien que pour ces trois points, Le dragon ne dort jamais aura mon respect éternel et absolu. Mais de là à vous le conseiller, il y a un sacré pas…

Conclusion

Compliqué de toutes les manières possibles, et parfois de manière inutile, Le dragon ne dort jamais est le livre par excellence à éviter lors des gueules de bois. Mais son intelligence, son rythme, ses personnages et son worldbuilding sont d’une préciosité rare qui mérite d’être admirée. Au final, je me suis surtout retrouvé avec l’impression d’un rendez-vous raté avec un auteur de génie.

En tout cas, j’ai eu le malheur de le lire en même temps que le très médiocre tome 5 de Cavalier Vert, série de high fantasy bien trop peu original bien que doté de quelques légères qualités qui m’ont poussé jusqu’à ce point du cycle. Laissez-moi vous dire que je préfère des millions de fois un roman de space opera avec de l’ambition, aussi ardu soit-il, qu’un pavé de 700 pages aussi plat et téléphoné. Bref, grands fans de SF militaire, ce livre est pour vous, mais les autres, par pitié, lisez quelque chose de plus accessible si vous voulez avoir suffisamment de neurones non-grillées pour espérer pouvoir vous y attaquer un jour. Pourquoi vous n’allez pas lire le fameux cycle de la Compagnie Noire, du même auteur, sur lequel je lorgne depuis des années et qui est avec Elric la pierre angulaire de la dark fantasy ? Que tous les vieux briscards ici présents se ruent dessus en priorité, c’est pour leur culture.

Des gros canons lasers aussi sur : Le culte d’Apophis, Le Bélial, …

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